Alcool : l’Ecosse impose un prix minimal

Glasgow, le jeudi 3 mai 2018 – L’Ecosse fait partie des pays européens où les méfaits liés à l’alcool pèsent encore fortement sur la santé publique. Si de nombreuses actions et opérations de sensibilisation ont été déployées ces dernières années pour contrer ce fléau, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ainsi, en 2016, la mort de 1 265 personnes était liée à une consommation excessive d’alcool, soit une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente. Cette situation a accru la détermination du gouvernement d’appliquer une mesure en gestation depuis déjà 2012 : l’application d’un prix minimum par unité d’alcool.

Le réconfort des plus pauvres

Ce dispositif a été officiellement adopté il y a six ans par l’Ecosse mais demeurait non effectif, en raison des nombreux recours juridiques formés par les fabricants et distributeurs. Les procédures se sont succédées et ont finalement abouti à débouter définitivement les opposants à la mesure. D’autres réticences ont cependant également pesé : beaucoup considèrent que cette loi vise principalement les plus pauvres et se contente de corriger les symptômes sans soigner les véritables causes de la dépendance à l’alcool que seraient la précarité et le chômage. Cette position était encore défendue hier dans The National, pourtant habituellement proche du Parti nationaliste écossais (SPN) actuellement au pouvoir. Le chômage, les inégalités « la pauvreté tout en ayant un emploi et les pressions du cartel énergétique poussent des hommes et femmes désespérés à faire ce qu’ils peuvent pour trouver un peu de réconfort » décrivait l’éditorialiste Kevin McKenna très hostile à la disposition.

Pas de whisky en dessous de 15 euros

Le gouvernement n’a cependant pas cédé face à ces différentes pressions et fort de ses victoires juridiques a fait entrer en vigueur ce 1er mai un prix minimal fixé à 57 centimes par unité d’alcool. Concrètement, selon les médias écossais et britanniques qui proposent différents exemples, cette mesure empêchera que toute bouteille de whisky ne soit vendue en dessous de 14 livres (15,60 euros), une bouteille de vin de 75cl à 12,5 % en dessous de 4,69 livres (5,2 euros). L’augmentation qui bénéficiera directement aux distributeurs sera souvent importante : pouvant atteindre jusqu’à 6 euros pour le cidre et autour de 3 euros pour les alcools forts, le vin ou la bière. Des résultats rapides sont attendus de cette mesure : le gouvernement a déjà annoncé avec précision que 58 vies pourraient être épargnées dès la première année et jusqu’à 121 vies chaque année quand « cette politique aura atteint son plein effet ».

L’argent, le nerf de la drogue

Si les études manquent en la matière, différents indices plaident en effet en faveur de ce type de dispositif. D’abord, les états qui se sont engagés dans cette voie, telle la Russie, l’Ukraine ou la Biélorussie ont déjà enregistré des résultats encourageants. Ainsi, la Russie n’a jamais recensé des taux de décès liés à l’alcool aussi bas depuis qu’elle s’est dotée d’un arsenal plus complet, reposant notamment sur l’adoption d’un prix minimum. Par ailleurs, l’exemple du tabac rappelle que le levier du prix est un des meilleurs outils pour agir sur les addictions. Tandis que le contre-exemple de la diminution du coût de certaines drogues (telle la cocaïne) quasiment systématiquement associée à une explosion de la consommation finit de convaincre de l’utilité de ces mesures. La Cour des Comptes remarquait d’ailleurs dans son rapport sur les politiques de lutte contre les consommations nocives d’alcool en 2016 que « L’action par les prix et la fiscalité apparaît dans toutes les études récentes (…) comme l’une des mesures les plus efficaces pour la santé publique et la réduction des coûts sociaux de l’alcool. Le prix minimum vise essentiellement la consommation de boissons alcoolisées à bas coût par des buveurs réguliers excessifs, souvent issus des milieux défavorisés » remarquait la Cour des Comptes.

Quid en France ?

Forts de ces différents exemples et analyses, de nombreux spécialistes de la lutte contre les addictions militent en faveur de l’instauration d’un prix plancher en France. La mesure figurait d’ailleurs parmi les dix propositions formulées récemment par des spécialistes de santé publique pour renforcer l’efficacité du combat contre l’alcool. Ces derniers y voient la possibilité de mieux protéger les plus jeunes et les plus vulnérables, mais aussi d’accroître la visibilité des messages de prévention. Cependant, à la lueur des prises de position de plusieurs membres du gouvernement concernant notamment le vin et face au recul qu’a dû opérer sur le sujet le ministre de la Santé, rares sont ceux qui croient possible l’adoption d’un dispositif de ce type en France à court terme.

Mais si les exemples se multipliaient en Europe (et plusieurs autres pays dont le Pays de Galle et l’Irlande se montrent intéressés), la position de la France pourrait alors évoluer.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Alcool en hausse

    Le 06 mai 2018

    A mon sens, et connaissant assez bien les Ecossais, il est d'un côté heureux que cette décision ait été prise par leur parlement et non Londres car ils auraient probablement protesté vivement devant "l'ingérence", (Culloden est toujours présent) de Londres et de l'autre il est probable qu'un trafic va se développer entre la France et le RU car leur whisky est bien moins cher chez nous, jusqu'à ce qu'un éventuel Brexit ne change les taxes : déjà, les ferries retournent "chargés" d'alcool et de cigarettes.

    Dr Marc Lemire

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