Approche territoriale de l’épidémie : véritable cap ou stratégie d’attente ?

Paris, le mardi 23 février 2021 – « Il y a dix jours, avec l’ensemble des maires de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD) devant l’accélération de l’épidémie, nous avions proposé à l’État une série de mesures de prévention qui nous paraissaient adaptées à la situation de notre territoire (…). Il y a dix jours, notre appel n’a pas été entendu… », déplorait dans un récent communiqué le maire (Divers gauche) de Dunkerque, Patrice Vergriete. Le gouvernement semble désormais plus attentif : le Premier ministre, Jean Castex a reconnu ce matin que la dégradation de la situation dans la CUD imposait de nouvelles mesures : le taux d’incidence atteint en effet 901 cas pour 100 000 habitants (soit un niveau supérieur à celui de la métropole niçoise).

Dunkerque n’est pas Nice

Ce message pour autant laisse planer de nombreuses incertitudes sur les dispositions qui seront prises et sur le moment de l’annonce, même si une visite d’Olivier Véran, ministre de la Santé, est programmée demain. Rien ne dit en effet que le gouvernement impose comme dans les Alpes-Maritimes un confinement le week-end. D’une part, le maire de Dunkerque lui-même n’a jamais demandé un confinement local, d’autre part la situation de la CUD diffère quelque peu de celle de Nice et de son département. D’abord, le taux d’incidence dans le Nord est plus limité que dans les Alpes-Maritimes (293 cas pour 100 000 habitants contre 577 dans les Alpes-Maritimes) ce qui se répercute également sur la pression hospitalière qui peut être plus facilement répartie dans les différents établissements du département.

Par ailleurs, les flux de voyageurs à Dunkerque sont moins importants qu’à Nice et dans les Alpes-Maritimes.

Approche territoriale : jusqu’à quand ?

Mais au-delà des spécificités locales, on ne peut écarter la probable réticence du gouvernement à multiplier sur différents points du territoire des mesures trop restrictives. Officiellement, les pouvoirs publics assurent vouloir privilégier une approche territoriale comme l’illustre l’exemple des Alpes-Maritimes et bientôt probablement celui de Dunkerque. Olivier Véran a même assuré hier sans sourire que telle avait toujours été l’inspiration du gouvernement. Dans les faits, si une stratégie localisée avait bien été décidée cet automne, elle avait rapidement été dépassée par la réalité épidémique et par la volonté jacobine d’une uniformisation des mesures. L’histoire pourrait bien se répéter.

Nice et Dunkerque partout en France ?

En effet, les Alpes-Maritimes et Dunkerque ne sont pas les seuls territoires à susciter l’attention. Hier, treize départements dépassaient le seuil d’alerte de 250 cas pour 100 000 habitants, soit un département de plus que vingt-quatre heures auparavant. La vigilance est ainsi notamment particulièrement aiguisée dans les Bouches du Rhône (346/100 0000), en Moselle (283/100 000 habitants) ou encore dans l’Aisne (262,3/100 000), sans parler de Paris, du Val d’Oise, du Val-de-Marne, des Hautes-Alpes… ou encore du XV de France dont les membres s’étaient entraînés à Nice (même si ce matin, les derniers tests étaient tous négatifs au sein de l’équipe qui doit disputer dimanche un match contre l’Écosse). La progression de ces différents « foyers » pourrait peu à peu limiter la pertinence de mesures très localisées. Par ailleurs, dans tous ces territoires, la pression des variants accentue encore la préoccupation des pouvoirs publics. Ainsi, le variant 20I/501Y.V1 (britannique) représente 72 % des cas à Dunkerque (selon des données présentées jeudi dernier par le ministre de la Santé), tandis qu’en Moselle plus « d’un tiers des cas en circulation » serait lié au variant 20H/501Y.V2 (Afrique du Sud). En Ile-de-France, le patron de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) estime que le variant britannique représente désormais 45 à 50 % des cas. Et que dire enfin des départements apparemment épargnés : là aussi, les indicateurs ne sont pas nécessairement encourageants. Ainsi, en Bretagne, où la pression hospitalière n’a jamais connu de niveaux inquiétants (elle demeure aujourd’hui toujours inférieure à 30 %), les tendances récentes sont cependant observées avec attention. Le taux d’incidence qui ne dépassait plus les 100 cas pour 100 000 habitants a de nouveau franchi ce seuil. Tous les départements de la région sont par ailleurs désormais au-dessus de 50/100 000, tandis que le variant britannique y représenterait trois contaminations sur cinq.

Tout est possible, sauf le Zéro Covid

Cependant, à l’échelle nationale, aucune hausse brutale n’est encore à déplorer. Ainsi, le nombre de personnes en réanimation après avoir régressé la semaine dernière ne croît que de 1 % (sur une semaine), tandis que la tension hospitalière reste globalement stable (66,1 %) et que le R est toujours inférieur à 1.

Autant que les situations locales particulières, ce sont ces données qui guident le gouvernement.

Aujourd’hui, comme toujours, peu de stratégies sont exclues, y compris celle d’un confinement total, incluant la fermeture des écoles et on sait qu’Emmanuel Macron devrait prendre de nouvelles décisions dans quelques jours (voire s’exprimer ?). Néanmoins,  l’idée de s’engager dans une stratégie Zéro Covid, préconisée par certains spécialistes, est clairement rejetée. Il faut dire que l’exemple de l’Allemagne cité par Matignon ne plaide guère en faveur de la pertinence de cette orientation. De même sur le territoire national, à Mayotte, le confinement n’a pas empêché une dégradation de la situation. Dans le département qui ne compte que 16 lits de réanimation pour 400 000 habitants (pas plus qu’ailleurs en France, ce très faible quota n’a été augmenté au cours des mois écoulés), la saturation est proche, même si 16 lits éphémères ont pu être déployés. Aujourd’hui, certains évoquent l’hypothèse inédite et qui suscite des réserves d’évacuations sanitaires vers l’hexagone. Elles seront d’autant plus complexes s’il est lui aussi l’objet d’une alerte épidémique et/ou d’un confinement.

Aurélie Haroche

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