Après Transparence Santé, Pharma Papers lavera-t-il encore plus blanc ?

Paris, le mercredi 14 novembre 2018 – Ces derniers mois, la révélation au grand public d’informations confidentielles sur différents sujets controversés (des stratégies de Monsanto aux tractations dans le monde du football en passant par l’évasion fiscale) est proposée au grand public par des consortiums de journalistes. Des documents importants et nombreux sont ainsi mis en lumière permettant de révéler des mécanismes parfois frauduleux et en tout état de cause méconnus du grand public. Ce nécessaire travail d’investigation n’est cependant pas toujours exempt d’une tonalité politique.

Une plateforme officielle peu exploitable

L’industrie pharmaceutique ne pouvait échapper à cette entreprise de "démystification". Le journal Basta ! et l’Observatoire des multinationales en partenariat avec le collectif EurosForDocs proposent ainsi sur le site du magazine un dossier baptisé Pharma Papers. Derrière cette appellation est prévue pendant plusieurs semaines en novembre et décembre la diffusion d’informations sur les stratégies des laboratoires pharmaceutiques destinées à accroître leur influence, stratégies également développées par l’ensemble des secteurs économiques. Si les trois structures ont jugé ce travail essentiel, c’est notamment parce qu’elles considèrent que la plateforme mise en place par le gouvernement dans le cadre de ce que l’on appelle le « Sunshine Act » à la française est difficilement exploitable et peu propice à la transparence souhaitée. « La base de données créée par le gouvernement pour rassembler les informations sur les cadeaux et autres rémunérations versées par les labos à la profession médicale « Transparence Santé », semble conçue pour décourager les meilleures volontés » écrivent-elles. Or, elles considèrent qu’une parfaite connaissance des méthodes des industriels est essentielle face à l’importance des enjeux (prise en charge par la Sécurité sociale des médicaments et sécurité des produits notamment).

Des cas pas forcément d’école

Pour l’heure, leur dossier ne révèle pas pour la grande majorité des faits de pratiques frauduleuses (si ce n’est qu’une partie des déclarations, mais certainement pas toutes, pourraient avoir été omises). On relèvera par ailleurs que leurs données étaient en grande partie déjà accessibles : elles se basent ainsi par exemple sur le registre de transparence des « représentants d’intérêts » (tous secteurs confondus) ou encore sur la base Transparence Santé en dépit de ses limites. Les articles publiés rappellent par ailleurs des faits déjà révélés comme le récent retrait d’une recommandation de la HAS sur les statines en raison d’une non-conformité parfaite des déclarations d’intérêts des signataires ou encore le fait qu’un des conseillers santé d’Emmanuel Macron pendant sa campagne travaillait également pour les laboratoires Servier. D’une manière générale, cette première série d’articles épingle les liens entre de nombreux médecins (qui sont parfois également députés, ce qui n’empêche pas le secteur du médicament d’être le premier vivier d’économie des dépenses de santé à l’heure de l’adoption des lois de financement de la sécurité sociale) et l’industrie pharmaceutique. Pour les auteurs, ces liens empêchent toute crédibilité : c’est à travers cette grille de lecture qu’ils jugent par exemple les prises de position de nombreux experts dans l’affaire du Lévothyrox en constatant que plusieurs d’entre eux ont entretenu des relations professionnelles avec Merck. Que l’épreuve des faits donne raison (pour l’heure) à ces spécialistes de la thyroïde ne nuance par leur sévérité !

A suivre

Ces Pharma Papers multiplient également les chiffres : 3,5 milliards d’euros ont été versés aux médecins par des laboratoires pharmaceutiques au cours des six dernières années. Par ailleurs, deux-tiers des sommes déclarées sur le registre des « représentants d’intérêts » concernent l’industrie pharmaceutique. Ce qui rappelle principalement l’importance économique de cette industrie et ce qui suggère éventuellement également son effort de transparence !

Alors que d’autres volets sont attendus, les trois organisations annoncent déjà la création par le collectif EurosForDoc d’un nouvel outil en ligne permettant une exploitation facilitée et élargie des données transmises à la base Transparence Santé.

Léa Crébat

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Vos réactions (1)

  • Transparence santé accessible mais à quel prix?

    Le 17 novembre 2018

    "Pour l’heure, leur dossier ne révèle pas pour la grande majorité des faits de pratiques frauduleuses (si ce n’est qu’une partie des déclarations, mais certainement pas toutes, pourraient avoir été omises). On relèvera par ailleurs que leurs données étaient en grande partie déjà accessibles : elles se basent ainsi par exemple sur le registre de transparence des « représentants d’intérêts »"

    Oui c'est indéniable.

    Je vous livre mon expérience personnelle.
    Il m'a fallu plus de 2 heures pour faire la synthèse des rémunérations d'une consœur, 2 heures!
    En 2 clics, j'ai obtenu avec EurosForDocs, une information plus détaillée que ma recherche de 2 heures ne m'a permis!

    "La plateforme mise en place par le gouvernement dans le cadre de ce que l’on appelle le « Sunshine Act » à la française est difficilement exploitable et peu propice à la transparence souhaitée."
    C'est une évidence pour qui a cherché à faire la moindre recherche.

    Il parait évident que nos autorités ne favorisent en aucun cas la transparence.
    Tout est fait pour que l'opacité persiste et la loi sur les secrets industriels est faite pour cela.

    Que nos autorités ne nous disent pas qu'ils ont à cœur la défense de l'intérêt des patients.
    Une réflexion de simple bon sens nous montre que c'est faux.
    Je pourrai développer plus avant ne serait-ce par les coûts de médicaments anticancéreux peu utiles.


    Dr Marc Gourmelon


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