Assistants médicaux : la mesure qui attise la colère des infirmières

Paris, le jeudi 20 septembre 2018  - Emmanuel Macron a annoncé, ce mardi, sa « stratégie de réforme du système de santé », dont l’un des objectifs est de libérer du temps médical, notamment en créant des « assistants médicaux », profession encore mal définie à mi-chemin entre l’aide-soignant et le factotum, qui seront financés par la collectivité sous certaines conditions.

Si globalement les organisations infirmières, dont l’Ordre, ont regretté un plan « très médicocentré », leurs critiques se concentrent plus particulièrement sur ces futurs assistants médicaux.

Un grave retour en arrière

Ainsi, l’ONI, moins mesuré qu’à son habitude, fustige dans un communiqué publié mardi « un grave retour en arrière vers une médecine d’un temps révolu, celle d’une époque où les épouses des médecins travaillaient gratuitement au cabinet. Mais cette fois-ci c’est l’Assurance maladie, donc la collectivité, qui paie. Une telle mesure peut-elle inciter les médecins à s’ouvrir à une prise en charge coordonnée, à une logique de parcours de soins et à la prévention ? Constitue-t-elle une réponse aux enjeux de la prise en charge des maladies chroniques ? On peut sérieusement en douter ». 

Même son de cloche du côté de la FNI (Fédération nationale des infirmiers) qui redoute un retour de la « tutelle » des médecins sur les infirmiers libéraux.

Le SNIIL (Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux) souligne quant à lui que plutôt que de créer une « nouvelle fonction (…) qui nécessitera (…) un temps de formation, il eût sans doute été plus rapide de s’appuyer sur le métier d’infirmière libérale, garantie de qualité des soins et d’efficience ! »

MG France en rêvait… le Président Macron l’a écouté

Parmi ces critiques, la plus virulente est sans doute celle de Convergence infirmière.

« Des assistantes médicales pour faire des pansements ou un électrocardiogramme, mais aussi s’occuper de l’administratif. Le syndicat de médecins MG France en rêvait… le Président Macron l’a écouté en créant un métier ″low-cost″, un hybride entre l’infirmière et la secrétaire, une profession bâtarde, destinée à servir le médecin ! On se croirait revenu dans un autre siècle, celui des notables, acoquinés avec le pouvoir politique et grands bénéficiaires de privilèges de toutes sortes ».

Le syndicat de Geneviève Sicre relance même la vieille rivalité infirmier-médecin en ajoutant : « de plus en plus de médecins ferment leur cabinet entre 12h et 14h, leur journée de travail prend fin à 18h, ils ne travaillent pas le week-end (1 garde sur 10 !)… et on leur déroule le tapis rouge ! (…) La République est bien en marche… mais sur la tête ! »

Selon ses calculs, cette réforme couterait « un budget phénoménal de 2 milliards d’euros par an (…) bien loin des 40 millions alloués aux infirmières libérales par la CNAM ! ».

Convergence Infirmière conclut en un appel vibrant « à un grand mouvement des infirmières libérales et salariées pour protester contre ce projet », comparable au soulèvement de 1988.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (4)

  • Il y a des elections bientôt

    Le 20 septembre 2018

    Il y a des elections bientôt, ne l'oublions pas Messieurs Mesdames les Infirmières.
    C'est un énorme levier, nous sommes auprés des patients, des familles : il est temps de faire de la politique de destruction massive !

    Patrick Biancolli(IDE)

  • Une rivalité qui n'a pas lieu d'être

    Le 20 septembre 2018

    Tout médecin qui consulte seul, sait le temps que le ferait gagner une auxiliaire qui aiderait au deshabillage- habillage, installation, sortie de carte vitale du sac à main, rangement des radios, explication des modalités administratives et autres formalités qui ne relèvent en rien du métier d'infirmière surtout auprès des personnes âgées de plus en plus nombreuses, un peu sourdes, aux gestes lents. Une rivalité qui n'a pas lieu d'être tant les enjeux à venir sont grands.

    Dr AY Pasquier

  • Quand on parle de corporatisme ...

    Le 20 septembre 2018

    A moins que les infirmières acceptent de faire le boulot administratif des médecins généralistes, ce dont ils leur seraient très reconnaissants, je ne vois pas vraiment de recoupement entre le travail d'une infirmière libérale et celui des futurs assistants qui travailleraient dans les cabinets médicaux. De même que les aides soignants ne font pas une concurrence directe aux infirmières hospitalières.

    Dr Claude Krzisch

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