Baclofène dans l’alcoolo-dépendance : le point final d’une saga de 30 ans

Paris, le mercredi 27 mai 2020 – 1993-2020 : il aura fallu 27 ans aux autorités françaises pour aboutir à un consensus sur le traitement de l’alcoolo-dépendance par le baclofène.

Ainsi, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), annonce « après avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché en octobre 2018, le médicament Baclocur (baclofène), indiqué dans le traitement de l’alcoolo-dépendance, sera commercialisé à compter du 15 juin 2020. Cette commercialisation mettra fin à la recommandation temporaire d’utilisation pour les autres spécialités à base de baclofène dans cette indication (Lioresal 10 mg et Baclofène Zentiva 10mg) ».

A compter du 15 juin, le Baclocur sera donc le seul médicament à base de baclofène autorisé et adapté au traitement de l’alcoolo-dépendance.

De longs atermoiements

La « saga » du baclofène s’est ouverte en Russie, en 1993, époque à laquelle l’équipe du Pr Krupitsky de Saint Pétersbourg testait pour la première fois dans l’alcoolo-dépendance le baclofène, une "ancienne" molécule agoniste des récepteurs gaba. Puis, d’autres études, menées en Italie, ont retrouvé au milieu des années 2000, des effets bénéfiques du baclofène contre l’alcoolisme. Ainsi, reposant sur différentes expériences et données, le recours au baclofène dans la prise en charge de l’alcoolo-dépendance a commencé à être documenté de façon ponctuelle dans plusieurs pays, des Etats-Unis à la Suisse.

Mais c’est avec l’expérience d’un patient que la "saga" commença réellement en France. En effet, ce sont les confessions du professeur de cardiologie Olivier Ameisen qui prit jusqu’à 270 mg de baclofène par jour pour lutter contre son addiction qui provoqua dans notre pays l’engouement (parfois déçu) pour ce médicament.

La bataille des 80 mg n’a pas cessé c’est sur

Entre 2008 et 2017, ce fut un long combat semé de tribunes, de contre tribunes, d’avis et de contre avis, d’expertises et de contre expertises pour aboutir finalement en juillet 2017 à une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Une RTU contestée par de nombreux médecins et associations en révolte contre la dose maximale autorisée de 80 mg/jour, bien que cela n’empêche pas les praticiens de prescrire des doses plus fortes sous leur responsabilité.

D’ailleurs, le Bacloclur conserve cette notion de posologie maximale de 80 mg/jour.

Notons, qu’une fois encore, certains regretteront probablement la faiblesse de la posologie retenue alors que les défenseurs de cette thérapeutique, à l’instar du Pr Philippe Jaury auprès du JIM en 2018, soulignent qu’en matière de Baclofène « il n’y a pas de faible ou de haute dose mais des doses sur mesure » pour chaque patient.

Et demain ?

En pratique quotidienne, le traitement par Bacloclur « ne devra s’envisager qu’après échec ou impossibilité d’utiliser les autres traitements médicamenteux disponibles, chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool et une consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes). L’objectif du traitement sera d’aider le patient à réduire sa consommation d’alcool. Ce médicament devra également être utilisé en complément d’un suivi psychosocial axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool ».

Baclocur devra être instauré progressivement, selon un schéma de titration dans le cadre d’une surveillance clinique rapprochée : « la posologie initiale pendant les 3 premiers jours est de 15 mg à 20 mg, répartis en 2 à 4 prises par jour. Les adaptations ultérieures de la posologie quotidienne s’effectueront par augmentation de 10 mg tous les 3 ou 4 jours, jusqu’à obtention de l’objectif thérapeutique, à savoir une réduction de la consommation d’alcool jusqu’à un niveau de consommation à faible risque (≤ 40 g d’alcool par jour chez l’homme et de ≤ 20 g d’alcool par jour chez la femme) ». « L’administration de doses asymétriques en fonction de l’intensité du craving (envie irrépressible de boire) selon le moment de la journée est possible » précise également Ethypharm.

Quelles que soient les indispensables précautions à prendre, nul doute que ce point final sera un soulagement certain pour de nombreux patients et leurs médecins.

F.H.

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Vos réactions (1)

  • Encore une exception française...

    Le 27 mai 2020

    ...et les exception en médecine ne profitent jamais aux malades
    https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/add.15109
    https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2
    https://academic.oup.com/alcalc/article-abstract/55/1/49/5625613

    Dr Alain Braillon

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