Bourguignon battue : la valse des ministrables reprend

Paris, le lundi 20 juin 2022 – Elle n’aura pas battu le record du Pr Schwartzenberg, qui était resté ministre de la santé 9 petits jours en 1988, mais la sanction est néanmoins rude. Brigitte Bourguignon a perdu les élections législatives dans la 6e circonscription du Pas-de-Calais en accusant un retard de 56 voix par rapport à la candidate du Rassemblement National Christine Engrand. Or, le Président de la République a confirmé la règle non écrite : les ministres vaincus dans les urnes doivent quitter leur fonction (même si dans le cas d’espèce un recours judiciaire semble possible compte tenu du très faible écart de voix).

Un mot aura marqué son passage éclair : concertation. La ministre entendait faire de ce leitmotiv une méthode de gouvernement, elle a d’ailleurs reçu nombre de représentants syndicaux.

Mais la politique est cruelle et déjà les téléphones des rédactions et des états-majors des partis crépitent : la valse des ministrables a repris.

A notre connaissance, 5 personnalités tiennent la corde pour prendre la suite de la ministre éphémère : le Dr Stéphanie Rist, le Pr Philippe Juvin, Frédéric Valletoux, le Dr Thomas Mesnier et Nicolas Revel.

Stéphanie Rist : la victoire éclatante, l’expérience solide…et l’atout féminin

Un premier point à souligner en faveur de l’hypothèse Rist : dans cette ambiance de repli pour la majorité présidentielle, Stéphanie Rist a été largement réélue hier avec 57 % des voix dans la première circonscription du Loiret. Rhumatologue (ancienne cheffe de pôle au CHR d’Orléans) et diplômée de Sciences po Paris, le Dr Rist a été très active comme députée durant la législature précédente. Membre de la commission des affaires sociales elle a largement contribué à porter sur les fonts baptismaux le plan ma santé 2022 et surtout la loi qui porte son nom et ouvre un accès direct à certaines professions paramédicales.

Elle a également l’avantage d’être une femme. En effet, la règle de la parité que s’est imposée le Président de la République aboutit à des combinaisons complexes et des équilibres subtils, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un remaniement. Remplacer Brigitte Bourguignon par un homme signifierait ainsi devoir nommer une femme à un autre poste laissé vacant par un homme. Or, au terme du scrutin, aucun des ministres masculins candidats ne restera à la porte du Palais Bourbon.

Philippe Juvin : la nécessaire ouverture à LR

Il manque 44 députés au Président de la République pour une majorité absolue, une ouverture au LR paraît donc nécessaire et la seule possible compte-tenu des options d’Emmanuel Macron (retraite à 65 ans, travail en contrepartie du RSA…).

Le Pr Philippe Juvin, figure désormais bien connue des Français, pourrait aussi devenir dans quelques heures le nouveau patron de la santé et l’un de ses ministres d’ouverture. Professeur de médecine, il a été élu hier, pour la première fois dans la 3e circonscription des Hauts-de-Seine avec 38 % des voix dans une des rares triangulaires du deuxième tour.

Il s’est surtout montré par le passé « macron-compatible » et favorable à une union LR/Ensemble. Le 2 mai, déjà, il déclarait sur France 2 : « J’ai proposé, depuis des semaines, qu’entre les gens raisonnables, c’est-à-dire les partis de gouvernement, il y ait un accord un peu à l’allemande ».

Autre personnalité qui serait un ministre d’ouverture : Frédéric Valletoux, le président de la FHF (Fédération Hospitalière de France). Elu hier dans la deuxième circonscription de Seine-et-Marne, Frédéric Valletoux est un homme issu du centre-droit (Agir). Mais ses positions tranchées vis-à-vis des libéraux à qui il réclame régulièrement davantage d’implication dans la permanence de soins et son entrée déjà accomplie dans la majorité (dans le parti Horizons) pourraient le disqualifier.

Thomas Mesnier : un connaisseur des dossiers foisonnant d’idées

Le Dr Thomas Mesnier, le rapporteur de la commission des affaires sociales de la précédente législature est à n’en pas douter lui aussi à quelques encablures de l’Avenue de Ségur. Il a ainsi largement contribué à plusieurs réformes du quinquennat : le service d’accès aux soins, le plan Ma santé 2022, etc.

Il serait un ministre foisonnant d’idées, un atout incontestable dans une période de crise, il intervient ainsi régulièrement dans le débat pour faire part de ses propositions. Dernière en date ? Créer des SMUR infirmiers pour pallier au manque de praticien dans les services d’urgence.

Reste qu’il pâtit d’une certaine hostilité du corps médical et de ses syndicats libéraux. Il est en effet un chaud partisan des transferts de compétences et de l’accès direct.

Nicolas Revel : le choix de la sécurité

Considéré comme un très proche du président, diplômé de l’ENA, Nicolas Revel a dirigé la CNAM pendant 6 ans avant d’être nommé directeur de cabinet de Jean Castex. Il avait même été pressenti pour remplacer Gérard Collomb comme ministre de l'Intérieur en 2018 mais avait décliné pour « raisons personnelles ». Il est en réserve de la république depuis le départ de l’ancien Premier ministre.

Il a pour handicap de ne pas être médecin, et l’expérience Brigitte Bourguignon, qui a paru parfois hésitante, a peut-être quelque peu échaudé le Chef de l’Etat.

Quoiqu’il en soit, Nicolas Revel souhaite-t-il s’exposer ainsi ? Rien n’est moins sûr et il est déjà pressenti pour remplacer Martin Hirsch à l’AP-HP, fonction qui correspondrait davantage à ses appétences de haut-fonctionnaire.

On aurait pu encore citer beaucoup de noms, par exemple celui du Dr François Braun, ou de la patronne de la HAS, le Pr Dominine Le Guludec qui pourraient également occuper le poste. Il est néanmoins plausible que dans l’urgence actuelle, pour la majorité et pour le système de santé, la Cheffe du gouvernement, déjà en difficulté, ne se permette pas de choisir un ministre qu’il faudra former à l’exercice…

Mais peut-être qu’Olivier Véran place déjà ses pions pour reprendre sa place et du service, mais cette hypothèse parait douteuse.

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Du mensonge en temps de paix ...

    Le 26 juin 2022

    Que la guerre demande de faire appel au Diable , voir le chant de la légion, est un fait. Mais dans un service public et en temps de paix, les données concernant le taux de maladies nosocomiales soit intentionnellement masqué, cela c'est aux Etats Unis, la preuve : Les responsables de Biden vont garder privés les noms des hôpitaux où les patients ont contracté le Covid:

    https://www.politico.com/news/2022/06/25/biden-officials-to-keep-private-the-names-of-hospitals-where-patients-contracted-covid-00042378

    Ce serait bien de demander à la personne qui veut assumer la fonction de ministre , en temps de paix, son regard sur la transparence en terme de démarche qualité hospitalière ... Il a été évoqué plus d'une fois la non neutralité, par "conflit d'intérêt " potentiel de certaines structures. Si je n'ai aucun avis à émettre envers toutes les personnes citées, je souhaiterai leur regard sur la question posée. Je pose cette question, car à ce stade, la confiance envers les autorités est plus qu'atteinte.... respectueusement.

    Dr Bertrand Carlier

  • Indiscutablement

    Le 26 juin 2022

    Il faut une personne qui a une expérience médicale, et qui sait ce que veut dire "ramer" pour faire son boulot.
    Pourtant il y a eu des "anciens" médecins comme ministres de la santé. Mais s'éloigner trop longtemps du terrain et de la vraie vie médicale est un handicap. A croire que faire de la politique est un autre monde...

    Pr André Muller

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