Canicule : dans l’enfer des prisons

Lyon, le mercredi 20 juillet 202 - C’est une visite surprise qui permet de se rendre compte de l’ampleur de l’enfer carcéral en temps de canicule. Lundi 18 juin, le sénateur du Rhône, Thomas Dossus (EELV) faisait usage de son droit de visite des lieux de privation de liberté en se rendant à la maison d’arrêt de Villefranche-Sur-Saône.

Le récit proposé par Lyon Capitale de cette rencontre témoigne de l’impossible adaptation des prisons aux conditions extrêmes.

Il est vrai que par nature, les cours goudronnées, l’absence d’arbres, de rideau et de volets sont de nature à transformer une maison d’arrêt en un véritable four. Les normes anti-évasion rendent, du reste, impossible toute adaptation aux périodes de canicule. Tout au plus, les détenus ont obtenu le droit d’apposer aux fenêtres des serviettes mouillées pour amortir (de manière illusoire) le choc thermique.

Plan canicule activé

Alors que le thermomètre affiche plus de 38 degrés à l’extérieur, les détenus doivent faire face à la chaleur mais aussi à la promiscuité. Malgré l’adoption d’un plan canicule, les conditions (déjà difficiles) atteignent la limite du supportable.

Si les détenus admis en « module respect » pour bonne conduite, disposent de la possibilité d’accéder à des douches à volonté, le reste des détenus doit se contenter de trois douches par semaine. Les personnes incarcérées préfèrent rester dehors en promenade plutôt que d’affronter l’étuve des cellules.

Le directeur de la maison d’arrêt de Villefranche a mis en œuvre un système de distribution de crème solaire, d’eau mais aussi de bobs. Malgré la mise à disposition de ventilateurs, le danger reste les échauffourées et la tension palpable lié à la chaleur extrême.

Double peine ?

La prison de Villefranche-Sur-Saône n’est pas la seule à affronter la vague de chaleur. Alors que certaines maisons d’arrêt affichent un taux d’occupation de 200 %, l’extrême vétusté de certains lieux conduit à la mise en danger de certains détenus.

D’après Le Parisien, à la maison d’arrêt de Fresnes, certains détenus ont uniquement accès à de l’eau chaude pour leurs boissons et se voient interdits de porter des shorts ou des casquettes.

Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, souligne les difficultés connues par les centres de détention. Lors de la vague de chaleur de juin dernier (moins extrême que celle qui vient de frapper la France) la température dans les cellules du centre pénitencier de Carcassonne dépassait les 50 degrés, avec plus de trois détenus par cellule.

Pour Charline Becker, coordinatrice pour la région sud-est au pole enquête de l’Observatoire international des prisons (OPI), les dispositifs « plan canicule » des prisons sont totalement insuffisants, lorsqu’ils ne sont tout simplement pas ignorés par l’administration.

Responsabilité de l’Etat en cause

La multiplication des épisodes de chaleur extrême provoque la mobilisation des acteurs judiciaires. Dans une tribune publiée le 12 juillet dans le journal Le Monde, deux avocats du barreau de Montpellier, Marc et Paul Gallix, invitent l’Etat à prendre ses responsabilités pour faire face au réchauffement climatique et ses conséquences en milieu carcéral.

« Pour les plus fragiles d’entre eux, le risque de mourir d’un coup de chaud est bien réel. Il s’agit ici de la responsabilité de l’Etat, et tant que l’Etat n’engage pas une vraie politique de rénovation et de construction des prisons afin de les adapter à ces épisodes climatiques, des mesures doivent impérativement être prises dans l’urgence » soulignent les auteurs de la tribune.

Au 1er avril, les prisons françaises comptaient 71 053 personnes incarcérées, un chiffre en hausse de 9,1 % sur un an. Cinquante établissements sont aujourd’hui occupés à plus de 150 % de leur capacité, dont six dépassent même les 200 % comme le centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan et la maison d’arrêt de Nîmes.

C.H.

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