Canicule : l’hôpital à bout de souffle

Paris, le lundi 18 juillet 2022 – Une quinzaine de départements de l’Ouest de la France ont été placés en vigilance rouge face à la canicule, niveau d’alerte qui n’a été activé que cinq fois depuis la création de ce dispositif en 2004 et qui est déclenché pour la deuxième fois cet été. Par ailleurs, une cinquantaine d’autres départements sont en vigilance orange.

Il faudra attendre mercredi au petit matin pour que des températures plus respirables reviennent sur la France, même si les 30°C devraient continuer à être dépassés dans un grand nombre de localités pendant longtemps. Or, le maintien de températures à un niveau élevé durant des périodes prolongées affaiblit les organismes, notamment les plus fragiles et rendent plus difficilement supportables les nouveaux pics de chaleur.

Un système d’alerte bien rodé

En France, chaque épisode caniculaire fait revenir le spectre de la vague de chaleur de 2003 qui avait emporté plus de 14 000 personnes, notamment des sujets âgés. Depuis, notre pays s’est doté d’un système d’alerte, réactivé chaque été. L’ensemble des recommandations est ainsi systématiquement rappelé, à travers tous les médias, tandis que les mairies mettent en place des systèmes de surveillance des personnes isolées et leur proposent l’accueil dans des espaces frais.

Par ailleurs, tous les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) comptent désormais au moins une pièce climatisée, qui permet d’accueillir tous les résidents quand les températures sont trop élevées.

Enfin, au niveau orange et rouge, les préfets peuvent prendre des mesures pour annuler certaines manifestations ou faire évoluer les horaires de certains secteurs très exposés à la chaleur (bâtiments notamment).

Bon sens populaire vs catastrophe

Les Français sont donc bien informés, les autorités vigilantes et des efforts ont été faits dans les EHPAD, mais notre pays pourrait être davantage armé. D’abord, la climatisation (même si elle n’a pas bonne presse d’un point de vue écologique !) pourrait être davantage utilisée. Par ailleurs d’autres méthodes demeurent sous-utilisées.

Tel est le message d’une tribune signée par les professionnels membres du Collectif Santé en Danger dans Marianne. « Certes, le plan Canicule 2022 est activé depuis le début du mois de juin. Mais ce plan s'appuie juste sur le bon sens populaire : rester au frais, se protéger du soleil, fermer les fenêtres et les volets côté ensoleillé et boire le plus possible… Chacun appréciera la haute valeur ajoutée de ces préconisations ! L'urgence climatique impose le tempo et le rythme s'accélère. L’installation de films anti-chaleur aux fenêtres, qui rejettent 85 % des rayonnements, voire de panneaux réfléchissants pour renforcer l'isolation des murs doit être généralisée aux endroits les plus exposés » écrivent les auteurs qui ajoutent encore : « En ces temps de reprise épidémique, et alors que l'aération des locaux relèvera de l’impossible, les purificateurs d'air devraient être la norme évidente dans tous les lieux recevant du public ».

Solidarité

Dans nos hôpitaux, la situation s’est considérablement dégradée depuis 2003. Pas nécessairement bien armés face aux fortes températures (le collectif relève : « souvent plus de 28 °C dans des bâtiments non écoconçus »), les établissements doivent surtout faire face à une pénurie de soignants. Or la canicule accroit nécessairement la charge de travail, en raison d’une part des mesures de prévention à mettre en place et d’autre part des urgences à prendre en charge (coups de chaleur, décompensation, etc…).

En outre, l’épisode caniculaire coïncide avec une augmentation des admissions en réanimation liée à l’épidémie de Covid. Le collectif remarque : « Fatalement, le recours à la solidarité et au bénévolat sera encore nécessaire ces prochaines semaines pour assurer un besoin vital auprès des plus vulnérables ». Mais bien sûr, en ville comme à l’hôpital « Encore une fois, les soignants répondront présents ».

Bilan provisoire dramatique en Espagne et au Portugal

Au-delà des inévitables tensions dans les hôpitaux et le déclenchement sans doute localement des plans blancs (ce qui est notamment possible en cas de vigilance rouge), quel sera le bilan de cette vague de chaleur ?

Déjà, l’Espagne et le Portugal écrasés depuis dix jours par des températures accablantes ont recensé respectivement 360 et 238 décès. Le niveau d’alerte a pu être redescendu d’un cran au Portugal grâce à une légère diminution des températures mais la vigilance reste de mise, notamment pour les sans abris premières victimes de ces périodes de surchauffe.

Léa Crébat

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Vos réactions (2)

  • Climatisation ?

    Le 18 juillet 2022

    Hors les réanimations et les blocs opératoires, quels sont les services pourvus de climatisation ?
    Alors que j'étais chef de service, mon bureau (ancienne chambre patient) orienté est/sud/ouest affichait régulièrement des températures supérieures à 40°.
    A tel point que j'y ai fait installer a mes frais la climatisation...

    Pr André Muller

  • Canicule à l'hôpital

    Le 18 juillet 2022

    Des couloirs d'EHPAD à 40 degrés, en moyenne des températures impropres aux soins.
    Que fait l'État ? Rien, aucune anticipation.
    Le pourrissement de nos institutions publiques est engagé depuis longtemps.
    Comme la fable de la grenouille plongée dans l'eau et que l'on fait cuire de sorte qu'elle ne saisit plus l'inacceptable...

    Christel Baldet, IDE

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