Comment la vaccination contre la variole pourrait encore sauver des vies

Paris, le jeudi 5 avril 2018 - Depuis un peu plus d’un an se propage sur un grand territoire d’Afrique subsaharienne une maladie peu connue qui n’avait pas resurgi depuis des décennies. Cousine de la variole (la petite vérole, smallpox en anglais, la terrible virose éradiquée depuis 1980) l’orthopoxvirose simienne (monkeypox) inquiète l’OMS qui lui a consacré plusieurs pages de son REH*.

Pourquoi cette zoonose suscite-t-elle une inquiétude croissante au point de figurer dans la liste des maladies prioritaires 2018 de l’OMS, comme pathologie émergente exigeant une évaluation rapide du potentiel de riposte ? 

Probablement parce que les lacunes sont grandes à son sujet. On sait qu’elle se manifeste surtout dans les forêts tropicales humides d’Afrique de l’Ouest et centrale et que la transmission se fait par les gouttelettes respiratoires ou les lésions qui contiennent le virus. On connait sa clinique, proche de la variole, mais on ne lui connait pas de traitement curatif. Si smallpox avait une transmission exclusivement interhumaine, monkeypox a probablement de multiples réservoirs animaux mais ils ne sont toujours pas identifiés : le virus n’a été isolé que chez un rongeur (funisciure) et un singe (mangabay) respectivement en RDC et Côte d’Ivoire.

La maladie peut être confondue avec la varicelle par les professionnels de santé qui la  connaissent très peu ou pas du tout et ne savent pas comment éviter sa propagation. Dès lors, en cas d’épidémie, comment éviter les réactions inadaptées des populations comme celles qui ont aggravé l’épidémie d’Ebola ? 

Afin de préparer la riposte, outre les progrès sur la connaissance de la maladie, l’OMS préconise des formations locales, le renforcement des capacités de détection avec l’appui de centres de référence et le suivi des cas confirmés.

Un monde, une santé

Après son éradication en 1980, on a cessé de vacciner contre la variole. Or le vaccin conférait une protection croisée vis à vis du monkeypox : on constate aujourd’hui 10% de létalité parmi les sujets non vaccinés. La réutilisation du vaccin antivariolique est donc une des pistes envisagées par l’OMS.

La collaboration transfrontalière et entre les secteurs de la santé humaine et animale sera indispensable et plus globalement, les facteurs évoqués étant également la déforestation et les mouvements de populations, l’approche "un monde, une santé" (One word, one Health) qui reconnait les liens entre santé humaine, santé animale et environnement. Ces actions renforceront la lutte contre d’autres zoonoses localement et le partage d’expérience bénéficiera in fine à la sécurité sanitaire mondiale, gage l’OMS.

*Relevé épidémiologique hebdomadaire http://www.who.int/entity/wer/2018/wer9311/en/index.html


Dr Blandine Esquerre

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