Comment soigner le syndrome du vacciné ?

Paris, le mardi 8 juin 2021 - La France connaîtra demain une nouvelle étape de son déconfinement avec notamment l’ouverture des salles intérieures des restaurants et un report de l’heure du couvre-feu. Les chiffres de l’épidémie, avec une diminution de 24 % sur une semaine du nombre d’infections détectées et de 16 % des personnes hospitalisées en soins critiques permettent sereinement d’envisager cette nouvelle étape, d’autant plus que les autorités comme de nombreux experts s’accordent pour confirmer l’influence positive des températures estivales sur l’épidémie. Enfin, en dépit de l’inquiétude suscitée par le variant Delta, la situation reste sans conteste sous contrôle en Nouvelle Aquitaine, où certains signaux suggèrent même une nouvelle baisse des indicateurs épidémiques.

Embrassons-nous, Folleville !

Cependant, la préoccupation de certains experts concerne le risque que ce déconfinement n’encourage un peu plus le relâchement, que l’on observe notamment aujourd’hui chez une partie des sujets vaccinés. C’est ce que d’aucuns appellent même le syndrome du vacciné. Quelques jours à peine après leur première injection (voire immédiatement après), ils s’embrassent, délaissent le masque et multiplient les rendez-vous. A mesure que des preuves plus robustes ont été disponibles concernant l’efficacité de la vaccination (à travers notamment l’exemple en vie réelle d’Israël ou de la Grande-Bretagne) et tandis que rajeunissaient les sujets vaccinés et raccourcissaient les nuits, ces attitudes ont pris de l’ampleur.

Des premières doses en réanimation

Elles ne sont pas toujours sans conséquences. Ainsi, plusieurs médecins signalent que des contaminations suivant l’administration d’une première dose de vaccin sont observées régulièrement. Dans le Parisien, Jean-Michel Constantin, secrétaire général de la Société française d'anesthésie et de réanimation, décrit : « Depuis le début de la vaccination, il y a un nombre considérable de contaminations et d'hospitalisations post-première dose. J'ai encore admis très récemment un malade dans ce cas. Il n'y a pas de vagues de réanimation, mais c'est révélateur d'un état d'esprit. Dès que l'on se pense a minima protégé, nous relâchons trop vite les gestes barrières »… « C’est assez fréquent de retrouver des primo-injectés. Les personnes pensent à tort qu’elles sont protégées après une première injection. Elles vont baisser la garde par rapport aux gestes barrières et augmenter leur probabilité de contracter le virus. Si elles ont un terrain fragile, elles s’exposent à des formes sévères et se retrouvent en réa. C’est une réalité », confirme dans le Monde Djillali Annane, chef du service de réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). Au sein de son unité Covid à Toulon, le docteur Clarisse Audigier-Valette affirme même recenser « 20 % de premières doses ».

Une couverture vaccinale trop faible pour se permettre les grands soirs

Pour ces praticiens, ce phénomène est la conséquence d’un défaut de pédagogie. Tant le discours public que les informations transmises aux nouveaux vaccinés n’insisteraient pas suffisamment sur le fait que les premiers anticorps n’apparaissent que quinze jours après la première injection ou n’apparaissent pas chez certains sujets dont la compétence immunologique est altérée, il est essentiel de patienter jusqu’après la deuxième dose. L’exercice pédagogique est cependant délicat et demande de pouvoir savamment équilibrer entre l’incitation à la vaccination (qui suppose de pouvoir mettre en avant ses avantages) et le rappel de la nécessaire prudence. En la matière, pour éviter que le discours ne crée un doute sur l’efficacité réelle du vaccin, il apparaît opportun d’insister sur le fait que la couverture vaccinale est encore trop restreinte. Or, sur ce point, certains praticiens fustigent également différentes déclarations qui entretiennent la « confusion » comme le note Vincent Rébeillé-Borgella, généraliste à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et président du conseil de l’ordre des médecins dans le Grand-Est. « Quand on dit qu’il y a 50 % des Français qui sont vaccinés, c’est faux. » « Ça, c’est de la communication politique. La communication sanitaire, c’est de dire que la couverture vaccinale complète ne concerne pour l’instant que 20 % de la population adulte » insiste docteur Clarisse Audigier-Valette.

Cependant cette dernière reconnaît que le mouvement de libération, outre la confirmation positive d’une confiance dans le vaccin, est une attitude tout à fait compréhensible après des mois de restriction et de limitation des liens sociaux. Les messages qui exhortent à la plus grande prudence doivent à l’inverse éviter de nourrir le sentiment particulièrement décourageant pour la population qu’un retour au monde d’avant n’est qu’illusion.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Influence positive de la température

    Le 09 juin 2021

    "Les autorités comme de nombreux experts s’accordent pour confirmer l’influence positive des températures estivales sur l’épidémie." c'est possible, mais dans ce cas comment expliquer que l'épidémie se développe quand même dans des pays où il fait très beau, très chaud et cela toute l'année? Martinique, Guadeloupe par exemple.

    Je m'interroge aussi sur la protection apportée par les différents vaccins? Les raisons invoquées pour expliquer des contaminations des personnes vaccinées sont de plus en plus nombreuses. Moins c'est clair, plus on doute.

    Anne Levry (pharmacienne)

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