Confinement : le deuxième d’une longue série ?

Paris, le jeudi 29 octobre 2020 – « Quoi qu'il arrive, on ne pourra pas refaire un confinement généralisé en France » affirmait le Pr Delfraissy cet été. « Je ne crois pas du tout que nous ayons besoin de reconfiner le pays et je ne le souhaite absolument pas » assurait, quant à lui, Olivier Véran, il y a quinze jours. 

Pourtant, hier soir, Emmanuel Macron a tranché : toute la population française vivra de nouveau sous le régime du confinement à partir de vendredi, faisant fi des promesses, maintes fois répétées par Jean Castex, de riposte « au plus près des territoires ». « J’ai décidé qu’il fallait retrouver, à partir de vendredi, le confinement qui a stoppé le virus. Tout le territoire national est concerné, avec des adaptations pour les seuls départements d’outre-mer » a ainsi indiqué Emmanuel Macron.

Pour justifier sa décision, le Président de la République a écarté les différentes options sur la table, et notamment celle de laisser le virus circuler, ce qui signifierait, selon lui, « le tri des patients » et « au moins 400 000 morts ». Il a également refusé le confinement des séniors, bien qu’il ait appelé ces derniers à la plus grande vigilance.

En pratique, le nouveau confinement entrera en vigueur « dans la nuit de jeudi à vendredi » et durera « a minima jusqu’au 1er décembre ».

Il diffère du précédent sur trois points : les crèches, écoles, collèges et lycées resteront ouverts « avec des protocoles sanitaires renforcés », les résidents d’Ehpad pourront être visités et il sera possible d’aller travailler quand le télétravail est impossible (et que l’activité n’est pas rendue impossible par les fermetures liées au confinement). Ainsi, notamment, de nombreux services publics supposant des accueils seront maintenus.

Tous les quinze jours, le gouvernement fera « le point sur l’évolution de l’épidémie. Nous déciderons, le cas échéant, de mesures complémentaires et nous évaluerons alors si nous pouvons alléger certaines contraintes » a aussi annoncé le chef de l’État.

Les déplacements interrégionaux seront également interdits sans toutefois restreindre les voyages au sein de l’espace Schengen.

Ce matin, quelques autres précisions ont émané d’un entretien accordé par Gabriel Attal sur RTL : les marchés ainsi que les parcs et jardins resteront ouverts, ainsi que les fleuristes jusqu’à dimanche pour permettre au Français de fleurir les tombes pendant le week-end de la Toussaint.

Autre mesure forte annoncée ce matin, cette fois, par Jean Castex à l’Assemblée nationale : le port du masque sera "étendu dès l'âge de 6 ans" à l'école.

Vers le stop and go ?

La France n’est pas le premier pays à faire le choix du reconfinement : elle suit sur cette voie l’Irlande, le Pays de Galles, l’Australie ou encore Israël.

L’exemple de l’état hébreu est d’ailleurs instructif.  Dépassé par la progression de l’épidémie, Israël a ainsi reconfiné sa population un mois entre le 18 septembre et le 18 octobre. Une mise sous cloche qui semble avoir porté ses fruits. Ainsi, le 18 septembre, Israël identifiait 5 340 cas (soit l'équivalent de 40 000 pour la France) et 920 le 18 octobre et 10 jours après la levée des mesures les plus restrictives, cette tendance à la baisse semble se maintenir.

Avec cette alternance de périodes de confinement et de déconfinement se dessine, peut être, la mise en place à venir de la stratégie du « stop and go » (« arrêter et repartir »), imaginée par des chercheurs d’Harvard qui prévenaient dès le mois de mars qu’il faudrait probablement vivre avec des mesures restrictives par intermittence jusqu’à la découverte d’un vaccin ou d’une thérapeutique efficace.

Un stop and go qui pourrait même être préventif : un groupe d’épidémiologistes britanniques a ainsi avancé à la mi-octobre une idée inattendue : confiner régulièrement et brièvement la population de façon préventive, même en l’absence de flambée épidémique (par exemple quinze jours tous les deux mois). Cette solution permettrait, selon ces chercheurs, d’améliorer le suivi de l’épidémie et de réduire la mortalité due à SARS-CoV-2 tout en réduisant l’impact sur la société dans son ensemble.

Dernière station avant la mort économique ?

Quoiqu’il en soit de l’avenir, les réactions ont été vives dans les milieux économiques et au sein de l’opposition.

Le Groupement national des cafés, bars, restaurants et hôtels indépendants, par exemple, a déploré « le dernier stade avant une mort économique » quand Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef a estimé que ce nouveau confinement allait « provoquer des dégâts économiques et humains considérables ».

Du côté des politiques : Les Républicains dénoncent un « échec cinglant » de la gestion de la crise et un mépris de la représentation nationale. « Voter jeudi ? Cet exercice ne rime à rien. On va voter sur quoi ? Le parlement est fait pour légiférer, pas pour émettre un avis sur la prestation télévisée d’un président de la république », a raillé Christian Jacob, le patron des députés LR.

Malgré tout, le mot d’ordre semble de respecter les mesures adoptées.

Ainsi, Marine Le Pen du Rassemblement National a affirmé « Nous respecterons bien sûr les consignes » quand Olivier Faure a appelé à « une rigueur absolue pour respecter le confinement » et que Jean-Luc Mélenchon a fait valoir : « l’épidémie est hors de contrôle (…) Nous respecterons la discipline sanitaire. Mais sans cautionner ce pilotage incohérent. »

F.H.

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Vos réactions (9)

  • Confinement acte 2

    Le 30 octobre 2020

    Dès avril, la conjonction de 3 simples constatations m'avait amené à envisager un très probable re-confinement à court terme :

    - l'évidente thermo résistance du covid19 (pandémie parfaite : nous savions donc qu'il s'agissait très tôt d'un "virus 4 saisons")

    - l'extrême contagiosité, par nature très difficile à maîtriser (voie aérienne)

    - mais également cette désolante incapacité à nous français à obéir à des instructions de simple bon sens ! (et pourtant nous avons été assommés d'incessants messages d'alerte !)

    J'avais en particulier été choqué, une fois le déconfinement décidé que l'Etat n'impose pas la poursuite de l'obligation du masque (avec évidemment punition à l'appui pour les récalcitrants). La période estivale arrivant, il était parfaitement prévisible que les français (les 20/40 ans tout particulièrement) "se lâchent" (ils le revendiquaient haut et fort) : combien de scènes vues dans les media qui rapportaient d'effarantes soirées à risque maximum !

    Résultat : reprise galopante de l'épidémie dès août car c'est alors le virus qui fût à la fête...et pour longtemps si les français (on a bien dit "tous !") ne comprennent toujours pas.

    Quant au vaccin ? attendons encore qqes mois (combien alors d'autres confinements ?) en priant le ciel qu'une (vraie) mutation ne vienne anéantir les projets en cours.
    Alors M Raoult : une banale grippette qui ne devait pas durer plus que le printemps ?...

    Alain Cros (pharmacien)

  • Des indicateurs qui ne veulent rien dire

    Le 30 octobre 2020

    Une fois de plus on affole la population en parlant de "cas" alors que ce ne sont que des tests positifs, tests dont il faut rappeler qu'ils ne détectent que des chaînes d'ARN viral et non le virus lui-même. Dans l’immense majorité de ces "cas" les sujets testés ne présentent aucun symptôme ! Souvent ils ont été contaminés sans le savoir et ont développé une immunité. Cessons d'utiliser des indicateurs qui ne veulent rien dire. Ce n'est pas en confinant tout le monde qu'on parviendra à un taux suffisant de personnes immunisées. Protégeons les sujets fragiles (et on les connaît parfaitement) et laissons les autres vivre normalement, notamment pour avoir une activité physique et pouvoir se faire soigner pour toute autre chose car ce n'est plus le cas actuellement. Quant au nombre de patients hospitalisés en réa, il faudrait savoir combien sont réellement ventilés... De toutes façons on avait 6 mois pour augmenter les capacités d'accueil, faut-il le rappeler ?

    Dr Franck Boutault

  • Inquietude ou serenité ?

    Le 30 octobre 2020

    Il y a quelques mois, j'étais inquiet. Mais quand j'ai compris dès le début des vacances que nos concitoyens partaient en vacances pour solde de tout compte en considérant le problème comme réglé, j'ai vite compris et il ne faut pas être très intelligent pour arriver à cette conclusion, que les carottes étaient cuites à court terme! Elles sont bien plus que cuites, c'est une soupe! Maintenant, je suis serein, pas grand chose à attendre de quiconque, mais la question reste passionnante!
    Bien à vous!

    Dr Jean-Paul Vasse

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