Confinement partiel le week-end dans les Alpes-Maritimes et une France entre inquiétude et espoir lié à la vaccination

Paris, le lundi 22 février 2021 – Le Préfet des Alpes-Maritimes a annoncé ce midi la mise en place de nouvelles mesures dans l’ensemble du département pour freiner une circulation très importante du virus. Le taux d’incidence atteint en effet plus de 700 pour 100 000 habitants, ce qui est trois fois et demie supérieur à la moyenne nationale (190) et trois fois le taux observé à Paris. Un confinement s’appliquera ainsi au cours des deux prochains week-ends sur tout l’espace littoral urbain (soit 90 % du département) : les déplacements ne seront possibles que de façon dérogatoire dans les mêmes conditions que ce qui prévalait au mois de mars, si ce n’est que les promenades pourront s’effectuer dans un rayon de 5 kilomètres (et non un kilomètre). Par ailleurs, dès demain dans l’ensemble du département, les commerces et galeries commerciales de plus de 5 000 mètres carrés seront fermées (en dehors de la grande-distribution alimentaire) et dans l’ensemble des établissements le respect des mesures d’hygiène et de distanciation sera renforcé. Par ailleurs, le préfet a annoncé un durcissement des contrôles aux frontières.

Enfin, déprogrammations partielles et évacuations sanitaires sont à l’œuvre pour permettre d’alléger la pression hospitalière.

Bientôt d’autres départements concernés ?

L’adoption de telles mesures était attendue, bien que particulièrement sensible. D’abord, au niveau local, même si le préfet Bernard Gonzalez n’a pas manqué de louer l’esprit de concertation qui avait précédé l’adoption des mesures, on sait que certaines voix dissidentes se sont fait entendre, telles celle du maire d’Antibes opposé au confinement au cours du week-end. Ensuite, parce que le signal envoyé à l’ensemble de la France est celui d’un possible nouveau durcissement (et notamment aux territoires qui connaissent aujourd’hui une incidence largement supérieur à la moyenne [douze départements dont quasiment toute l’Ile-de-France sont au-delà de 250 cas pour 100 000]).

La tendance n’est pas bonne

En tout état de cause, l’optimisme de ces deux dernières semaines a cédé la place à un regain d’inquiétude chez plusieurs responsables du gouvernement ce week-end. « La tendance sur les trois derniers jours n'est pas bonne, elle n'est plus bonne. Hier les chiffres de l'épidémie n'étaient pas bons à l'échelle du pays. Il y avait plus de 3000 cas supplémentaires par rapport au vendredi de la semaine précédente » analysait ainsi samedi, le ministre de la Santé, Olivier Véran, alors que d’autres pays proches font des constatations similaires (suggérant une fois encore la plus grande influence des changements de température sur l’évolution épidémique que celle des différents types de mesures).

La baisse fait-elle long feu ?

Tant en ce qui concerne le nombre de cas que celui des personnes hospitalisées, les diminutions sur 7 jours, parfois très significatives, constatées la semaine dernière ne s’observent plus. L’augmentation du taux d’incidence apparaît très clairement dans les départements du Nord (entre +30 et +40 % en une semaine) et de façon un peu plus modérée en Ile de France (entre +5 et +10 %). Cependant, des éléments signalent que la situation est encore loin d’être explosive. Dans la majorité des départements de France, l’incidence a reculé au cours des sept derniers jours. Par ailleurs, dans les hôpitaux, la tension reste stable et ne dépasse pas les 65,8 % (les disparités locales sont cependant toujours très fortes), tandis que malgré la pression des variants, le R est inférieur à 1 (0,92).

Trop tôt pour s’alarmer, comme il était trop tôt pour se réjouir ?

L’évolution d’indicateurs sur quelques jours apparaît insuffisante, tant pour décider d’assouplir des mesures (et le gouvernement s’en est bien gardé ces deux dernières semaines) que pour choisir de les renforcer. En effet, comment être assuré que ce ralentissement de la baisse soit durable, voire qu’il annonce une brutale dégradation ? Ainsi, même dans les Alpes-Maritimes, la hausse du nombre de cas ne pourrait constituer qu’une bosse et non une inexorable progression. Concernant les mesures à adopter, le doute est également majeur. Le confinement est-il le rempart absolu contre une dégradation de la situation ou la circulation des variants : les récentes tendances allemandes permettent d’en douter, tandis que la diffusion des variants dans des Pays-Bas pourtant confinés montre qu’il paraît illusoire de vouloir espérer empêcher leur progression. Enfin, ce qui pourrait changer la donne dans le choix des pouvoirs publics est l’impact de la vaccination.

Premiers effets de la vaccination en France ?

Selon les données compilées par Guillaume Rozier et son équipe à travers son remarquable site CovidTracker, on constate en effet une diminution du nombre de personnes de plus de 80 ans contaminées.

Aussi, entre le 15 janvier et le 20 février, la part des personnes hospitalisées de plus de 80 ans a diminué, quand les autres tranches d’âge demeurent stables. On retrouve une tendance similaire en ce qui concerne les décès hospitaliers des plus de 80 ans. Cette évolution intervient dans un contexte où 24 % des plus de 75 ans ont reçu une première dose de vaccin en France. Enfin, la très légère augmentation du nombre de cas de ces derniers jours ne semble pas concerner les plus de 80 ans. Effet de la vaccination ? Certains considèrent que compte tenu du retard du lancement de la campagne de vaccination en France, il serait trop tôt pour y voir une corrélation. Cependant, s’il se confirmait réellement que l’épidémie perde de sa virulence chez les plus âgés et donc les plus vulnérables, les répercussions pourraient être importantes concernant les mesures adoptées. Néanmoins, cette évolution n’a pas d’incidence immédiate sur les réanimations, puisque les sujets très âgés sont moins fréquemment admis dans ces services de soins aigus.

Des dilemmes éternels et sans cesse renouvelés

En tout état de cause, l’ensemble de ces données devraient en théorie imposer au gouvernement d’exposer de façon claire l’objectif des mesures de restriction : éviter la saturation des établissements de santé pour que les équipes n’aient pas à renoncer à admettre en réanimation une personne qui manifestement aurait bénéficié de tels soins ainsi que des déprogrammations trop massive ou obtenir une circulation minimale du virus ce qui est préconisé par de nombreux experts. C’est sans doute la première voie qui aujourd’hui est privilégiée en France mais une plus grande transparence serait sans doute nécessaire pour offrir aux Français plus de lisibilité. Il est en tout cas probable que la France mettra en avant son souhait d’une accélération de la vaccination. Dans les Alpes-Maritimes, Bernard Gonzalez a ainsi évoqué une arrivée « massive » de vaccins AstraZeneca pour protéger les sujets de 50 à 64 ans souffrant de comorbidités.

Cependant, certains font valoir que la vaccination n’exclut pas les fermetures et autres mesures de type couvre-feu et/ou confinement, notamment parce que la circulation du virus favorise l’émergence de variants pouvant amoindrir l’efficacité de la vaccination. Sans surprise, la semaine qui débute est une fois encore depuis le début de l’année, celle de tous les dangers pour le gouvernement !

Aurélie Haroche

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