Conseil de Défense : comment éviter la désorganisation du pays ?

Paris, le lundi 27 décembre 2021 – Le Conseil scientifique l’a clairement énoncé : la contagiosité du variant Omicron, qui devrait bientôt être majoritaire dans notre pays, est telle que le risque est majeur d’une « désorganisation » de la société. Déjà, partout dans le monde, les conséquences des ravages socio-économiques d’Omicron ont été constatées avec la fermeture de nombreux établissements dans de multiples secteurs et l’annulation de différentes activités en raison des isolements liés aux contaminations et aux sujets contacts.

Isolement des sujets infectés et cas contact : vers une harmonisation entre Omicron et Delta

Prévenir ce chaos sera au chœur des discussions du Conseil de défense prévu demain, en amont du Conseil des ministres au cours duquel doit être présenté et validé le projet de loi instaurant un passe vaccinal, remplaçant le passe sanitaire. En ligne de mire : l’évolution des règles qui concernent l’isolement des personnes infectées et cas contact. Début décembre, l’identification des premiers cas d’Omicron en France avait conduit la Direction générale de la Santé (DGS) à adopter des mesures drastiques : les personnes infectées par ce variant devaient s’isoler 10 jours (et non 7 jours) et les personnes cas contact 17 jours pour celles partageant le domicile des sujets contaminés et 7 jours pour les autres quel que soit leur statut vaccinal (alors que concernant Delta, il n’y a pas d’isolement des sujets vaccinés cas contact). Compte tenu des données plutôt rassurantes concernant la dangerosité d’Omicron et surtout de la très forte contagiosité de ce dernier (plus de 100 000 cas ont été détectés ce 24 décembre), il apparaît difficile de maintenir de telles règles (sans compter qu’un test PCR classique ne permet pas de différencier entre une contamination par Delta ou Omicron). Aussi, s’orienterait-t-on vers une uniformisation des règles : isolement de 7 jours pour les personnes infectées quel que soit le variant et pas de quarantaine imposée pour les cas contacts vaccinés. 

Permettre aux professionnels de santé infectés mais asymptomatiques de continuer à travailler ?

Une marche supplémentaire sera-t-elle franchie pour les professionnels de santé, notamment ceux travaillant à l’hôpital et dans les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD). Depuis quelques jours, les alertes se multiplient, émanant par exemple du Pr Bruno Megabarne (chef du service de réanimation de Lariboisière) quant au risque d’une pénurie majeure de professionnels de santé en raison du nombre de sujets devant s’isoler. Cependant dans sa dernière note datée du 11 décembre et republiée le 24 décembre, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) ne préconise pas de changement des règles à suivre : « éviction de tout professionnel de santé infecté par le SARS-CoV-2 pendant une durée de 10 jours quel que soit son statut vaccinal ou ses antécédents de Covid-19. La réalisation d’un test de recherche de l’ARN viral par RT-PCR chez un professionnel de santé infecté par le SARS-CoV-2 et asymptomatique 7 jours à partir de la réalisation du test : si ce test est négatif ou que les valeurs de CT sont en faveur d’une absence de contagiosité (charge virale très faible), ces professionnels peuvent reprendre leur fonction. Dépistage de l’ensemble des professionnels contacts d’un cas positif (c’est-à-dire en l’absence de port de masque notamment lors des pauses ou des repas). Ce test est à réaliser à J7 en cas de contact professionnel et à J0 et J7 en cas de contact familial ou de découverte d’un cluster en milieu professionnel. Ces contacts ne doivent pas être mis en éviction mais doivent respecter strictement les mesures barrières en particulier lors des pauses ». Cependant, aujourd’hui, certains s’interrogent sur la pertinence de permettre aux personnes infectées mais asymptomatiques de pouvoir continuer à travailler, comme cela avait été le cas lors des périodes les plus critiques au printemps ou à l’automne 2020.

Couvre feu, télétravail, passe 2G+…

Changer les règles d’isolement doit permettre de limiter la désorganisation de la société et de l’hôpital et cette piste est rendue possible par les données rassurantes concernant la dangerosité d’Omicron. Cependant, face à la vague de contaminations, les risques d’une submersion de l’hôpital sont élevés (et signalés par beaucoup d’épidémiologistes) et l’accent doit également être mis sur le freinage des transmissions. Pour ce faire différentes pistes sont à l’étude et seront discutées. Si l’idée d’un confinement apparaît (presque) définitivement rejetée, celle d’un couvre-feu semble plus certainement envisagée. Une telle mesure pourrait notamment concerner la soirée du 31 décembre, comme le préconisent le Conseil scientifique et de nombreux épidémiologistes, dont l’ancien directeur de la santé, William Dab. Le Conseil de Défense se prononcera également sur l’opportunité d’imposer un passe vaccinal renforcé d’un test négatif dans certains endroits (appelé passe 2G+). Sera en outre évoqué le renforcement des sanctions pour les entreprises ne respectant pas les préconisations concernant le télétravail, préconisations qui pourraient elles-mêmes être durcies.

Troisième dose dès trois mois ?

Enfin le gouvernement devrait une nouvelle fois rappeler la priorité que doit encore et toujours représenter la vaccination. A cet égard certains s’interrogent : l’avis de la Haute autorité de Santé (HAS) ouvrant la voie à une troisième dose au bout de trois mois sera-t-il suivi d’une annonce officielle du gouvernement (qui très récemment s’est prononcé pour un délai de 4 mois) ? Le gouvernement par ailleurs se prononcera-t-il sur l’élargissement des indications d’une quatrième dose (qui aujourd’hui ne concernent que les personnes immunodéprimées). Sur tous ces points, les arbitrages sont une fois encore particulièrement délicats pour le gouvernement et reposent tout autant sur les données médicales que sur des considérations sociétales et politiques.

Nous y reviendrons après ce nième Conseil de défense.

A.H.

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