Contention en gériatrie : un déficit de formation et d’information

Paris, le mardi 10 décembre 2019 - L'enquête nationale Pratiques et usages en gériatrie et en gérontologie (PUGG) de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) s’est penchée sur l'usage, les indications et les pratiques de la contention physique dans les établissements gériatriques.

Réalisée par mailing entre juin et septembre, cette étude a reposé sur la description des pratiques un jour donné.

« Pour des raisons de limitation de la durée de l’enquête, l’usage d’une contention en vue de la réalisation d’un examen complémentaire ou d’un geste diagnostique ou thérapeutique et strictement limité à celui-ci ne fait pas l’objet de cette étude. En revanche, la pose d’une contention pour maintenir la continuité des soins (perfusion en cours pour hydratation ou thérapie IV, sonde urinaire déjà posée pour rétention chronique…) entre bien dans le champ de l’enquête » notent en préambule les coordonnateurs de ces travaux, le Dr Olivier Drunat (Hôpital Bretonneau), le Pr Dominique Somme (CHU de Rennes) et le Pr Marc Verny (Pitié-Salpêtrière, Paris).

90 % des contentions pour prévenir les chutes

Au total, 107 structures ont répondu à l’enquête correspondant à 3 829 lits d’hospitalisation. Les répondants sont prioritairement des établissements de médecine, chirurgie, obstétrique (MCO) court séjour gériatrique (CSG), suivi des établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD), des soins de suite et de réadaptation (SSR) et des soins de longue durée (SLD). Le risque de chute est de très loin le premier motif cité, à plus de 95% par les EHPAD, suivis par les SSR, les SLD (un peu moins de 90%), puis les MCO-CSG et les unités cognitivo-comportementales et les unités d'hébergement renforcé (UCC/UHR) (70%).

Tous les établissements sont plus de 90% (sauf les EHPAD, juste sous la barre des 90%) à mettre à disposition des équipes un matériel spécifique. Le matériel le plus utilisé, dès lors qu'est décidée une mesure de contention, est la double barrière de lit, puis la ceinture avec maintien pelvien.

Plus de 60% des SLD et des établissements MCO-CSG utilisent la double barrière, près de 55% des SSR et 50% des EHPAD. Quant à la ceinture avec maintien pelvien, elle est utilisée en cas de contention dans 60% des SSR et des UCC-UHR, un peu plus de 50% des établissements MCO-CSG, et un peu moins de 50% des EHPAD.

Ainsi, 100% des SSR, plus de 90% des EHPAD et des SLD, et même plus de 80% des structures MCO-CSG, disent avoir formalisé leur politique sur le sujet.

Si ces données mettent en évidence un recours raisonné à la contention en gériatrie, principalement pour éviter les chutes des patients, en revanche, « les programmes de formation sont très largement insuffisamment mis en œuvre » souligne le Pr Dominique Somme. Puisque entre 30 et 50 % des établissements n’en disposent pas.

Autre lacune, l'information aux patients et aux familles. « C'est très mauvais, avec des taux de 10% dans les SLD, moins de 20% en SSR. Il y a vraiment là un gros travail à faire pour informer sur les raisons pour lesquelles on a recours à ce type de stratégie » note encore le Pr Somme.
« Il faut vraiment développer cette politique d'information  (…) On est un peu dans du non-dit; on l'a toujours fait, donc pourquoi on aurait besoin d'expliquer. On ne peut plus se passer de cette explication » insiste le Pr Somme auprès de nos confrères de Geronto news.

L’enquête met également en évidence que 10 % des contentions ne font pas l’objet d’une prescription systématique.

Ces travaux seront approfondis dans les mois à venir par un mémoire de Fabien Ory étudiant infirmier en pratique avancée (IPA) en gériatrie.

F.H.

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