Covid-19 : la situation catastrophique des prisons américaines

Paris, le lundi 13 juillet 2020 - C’est une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association qui met en lumière une situation dramatique largement évoquée dans les médias américains.

Entre le 31 mars et le 6 juin 2020, l’université John Hopkins et le programme COVID-19 Behind Bars Data Project de l’UCLA ont comptabilisé l’ensemble des cas et décès liés au coronavirus dans les prisons américaines.

Surmortalité

Au total, plus de 42 107 cas de Covid-19 ont été répertoriés dans les centres pénitenciers américains et au moins 510 décès. Rapportée à la population étudiée, l’étude estime que la mortalité dans la population carcérale américaine s’élève à 325 morts par million de prisonniers.

Mais ce chiffre (déjà considérable) cache une réalité beaucoup plus préoccupante dans la mesure où la population carcérale est bien plus jeune que la population générale. Les personnes de plus de 65 ans représentent seulement 3 % de la population carcérale pour 16 % de la population américaine (et, aux Etats-Unis, 81 % des décès de Covid-19). Au final, l’étude estime que les prisonniers sont 5,5 fois plus susceptibles de contracter la Covid-19 et ont trois fois plus de risque d’en mourir que les autres personnes résidant sur le territoire américain. 

Une distanciation impossible, une situation précaire

Récemment, c’est l’animateur et humoriste John Oliver qui tentait d’alerter l’opinion publique américaine sur la situation dans son émission Last Week Tonight. Il est vrai que le pays possède un triste record : 2.3 million d’Américains sont actuellement derrière les barreaux (soit près de 0,9 % de la population américaine). Outre des conditions d’incarcération rendant impossible la mise en place de mesures de distanciation physique, les prisons font face à un manque criant d’équipements de protection allant même jusqu’à une pénurie générale de savons. D’autres experts pointent la situation d’une population déjà exposée à d’autres facteurs de risques cardiovasculaires et respiratoires.

Négligences coupables

La propagation du virus est parfois fulgurante : dans le centre carcéral de Neuse en Caroline du Nord, plus de 65 % des prisonniers ont été atteints de Covid-19. D’autres récits alarmants témoignent d’une gestion catastrophique de la crise. Ainsi, dans un article publié le 7 juillet dans la revue Nature, Amy Maxmen fait le récit de l’épidémie survenue dans la prison de San Quentin dans la baie de San Francisco, devenue en quelques jours un cluster géant.

Plus d’un tiers des prisonniers (et membres du personnel pénitentiel) ont été testés positifs. Malgré les propositions de plusieurs laboratoires, les autorités en charge de la prison ont refusé de mettre en place des politiques de test en amont. L’épidémie est survenue au moment du transfert, mené sans aucune précaution, de prisonniers en provenance d’une prison voisine de Chino, précisément en raison de la multiplication de cas dans l’institution.

Face à ces situations, Stefano Bertozzi, expert de santé publique à l’UC Berkeley demande aux décideurs de mettre en place des campagnes pour éviter la multiplication des cas, dans des établissements vétustes datant parfois du début du siècle dernier. Ce dernier déclare « ce qui arrive ici est tragique, mais aussi prévisible ».

C.H.

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