Covid : la piste du clofoctol avance…comme celle de beaucoup d’autres traitements

Lille, le mardi 7 mai 2021 – Sur les réseaux sociaux, beaucoup veulent faire croire que rien n’aurait été fait pour trouver un traitement contre la Covid, dans l’intention délibérée de vendre des vaccins. La pléthore d’essais en cours et les traitements déjà disponibles prouvent certainement le contraire.

Le clofoctol et le molnupiravir dans les starting-blocks

Dernière molécule à avoir alimenté la chronique : le clofoctol (Octoféne).

L'Institut Pasteur de Lille a annoncé, hier, avoir recruté son premier patient pour la deuxième phase de l'essai clinique de ce potentiel traitement contre la Covid-19, découvert grâce à la méthode du repositionnement. L’Institut dit rechercher "entre 350 et 700 patients" supplémentaires, afin d'évaluer l'efficacité de ce médicament dans la prise en charge précoce des malades du Covid-19 et la prévention des hospitalisations. Cet essai est labélisé priorité nationale de recherche par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament).

Si le recrutement des volontaires a été compliqué par les vacances d'été, les progrès de la vaccination et le profil très précis recherché (des patients de plus de 50 ans, non-vaccinés, et présentant au moins un symptôme), le Pr Xavier Nassif, patron de l’Institut de Lille se veut optimiste : « On va perdre quelques semaines, mais le principal, c’est d’avancer » dit-il dans la Voix du Nord. « Dans tous les tests réalisés, cette molécule inhibe la réplication du virus. [...] C'est une molécule qui est très peu utilisée et qui ne présente pas de problèmes particuliers en termes d'effets secondaires. Donc elle pourrait être administrée sans risque ».

Auprès de France 3, il souligne que cette molécule n’est en rien rendue obsolète par les vaccins « Les antiviraux n’affectent pas les mêmes composés du coronavirus que les vaccins. Ils sont insensibles aux variants parce qu’ils s’attaquent aux constituants fondamentaux qui permettent la réplication du virus. Eux ne varient pas, ou très peu ».

En pratique, le clofoctol doit être administré aux patients sous forme de suppositoire, à raison de deux par jour pendant cinq jours. « Particulièrement efficace pour inhiber la réplication du virus » selon l'Institut, la molécule est déjà commercialisée en France et dans d'autres pays européens, dans une autre indication que celle de la Covid-19.

Autre traitement pour lequel des essais débutent : l'antiviral molnupiravir initialement développé contre la grippe par le laboratoire Merck, dont l’intérêt va être évalué en prophylaxie post-exposition.

L'étude recrutera plus de 1300 participants âgés de 18 ans ou plus et résidant dans le même foyer qu'une personne atteinte d'une infection par SARS-CoV-2 confirmée en laboratoire, présentant au moins un signe ou un symptôme du COVID-19 et n'ayant pas présenté ces signes et symptômes depuis plus de cinq jours.

Les participants seront divisés en deux groupes, molnupiravir contre placebo, et recevront un comprimé toutes les 12 heures pendant 5 jours. L'essai ne portera pas sur les personnes vaccinées, celles qui ont déjà eu la COVID-19 ou celles qui présentent des signes ou des symptômes d'infection.

L’espoir venu des anticorps monoclonaux

Après l’espérance déçue du remdesivir, du lopinavir, de l'interféron bêta et de l'hydroxychloroquine, on a assisté au formidable progrès de l'oxygénothérapie à haut débit et à la confirmation des bénéfices des traitements par corticoïdes qui se sont imposés dans la prise en charge des formes graves de la Covid.

Les anticorps monoclonaux sont également une classe thérapeutique très prometteuse. Fin novembre 2020, deux médicaments étaient validés par la FDA (Food and drug administration) :  le bamlanivimab et le cocktail casirivimab/imdevimab qui ont fait l’objet d’une autorisation en urgence. Ce dernier (casirivimab/imdevimab) a également été autorisé en France en traitement préventif pour les patients immunodéprimés début août et est désormais utilisable dans les formes sévères.

On attend, également en France, pour fin septembre, les résultats du Xav-19, un anticorps polyclonal développé par l'entreprise nantaise Xenothera.

En outre les publications encourageantes concernant d'autres types de molécule se multiplient : on pourra citer en particulier celles concernant le baricitinib  et le tofacitinib.

Et l’ivermectine dans tout ça ?

Cette revue (non exhaustive) ne peut se passer de citer l’ivermectine, mais le traitement (controversé) n’a pas fait la preuve de son utilité (cependant certains résultats ont pu être discutés et des travaux sont encore en cours). Selon l’Agence Européenne du Médicament et son homologue américain, la Food and Drug Administration (FDA), l'efficacité de ce médicament contre la Covid n'a pas été prouvée. L’agence met aussi en garde vis-à-vis d’effets secondaires graves, décrits en particulier chez des patients s’étant automédiqués en recourant aux formulations réservées à l’usage vétérinaire.

« Les données actuellement disponibles ne montrent pas que l’ivermectine est efficace contre la Covid-19. Des essais cliniques évaluant l'efficacité des comprimés d’ivermectine pour la prévention ou le traitement du Covid-19 chez l’homme sont en cours » résume l’autorité américaine.

En Europe, l’Agence européenne du Médicament (EMA) a abouti aux mêmes conclusions que la FDA, en précisant que la Tchéquie et la Slovaquie ont autorisé temporairement l’utilisation de l’ivermectine dans le traitement de la Covid-19.  L’EMA estime que « l’utilisation de l’ivermectine pour la prévention ou le traitement du Covid-19 ne peut actuellement être recommandée en dehors d'essais cliniques contrôlés. D’autres études randomisées sont nécessaires afin de tirer des conclusions quant à l'efficacité et la sûreté de ce médicament dans la prévention et le traitement du Covid-19 ».

À suivre…

Xavier Bataille

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Vos réactions (5)

  • Questions et réponses

    Le 07 septembre 2021

    Les essais contrôlés randomisés alla farmaceutica sont des barrières infranchissables à l'entrée en général, et surtout si la substance n'a pas de parrain qui peut faire de ces offres qu'on ne peut refuser, c'est à dire financer plusieurs millions d'euros.
    C'est du reste pour cela qu'on les a inventés.
    Dans le cadre de l'émergence d'une nouvelle pathologie, et/ou dans un contexte épidémique, et pour ces raisons ils sont majoritairement inopérants.
    Celui du clofoctol se perdra dans les sables, à mille contre un. Ceux des médicaments sponsorisés auront plus de chance.
    L'asymétrie demeurera, indépendamment de toute interprétation complotiste, et méritera d'être abordée.
    Les interrogations lancées persisteront, même en l'absence des troublions qui les ont mises sur la place publique.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Octofene

    Le 07 septembre 2021

    Médicament en suppositoire anciennement utilisé contre les infections virales des VAS et tombé en désuétude. Intéressant et pas cher du tout. Reste à voir s'il est efficace in vivo.

    Dr Pierre-André Coulon

  • 2 poids, 2 mesures

    Le 07 septembre 2021

    il est étrange de constater que les produits peu coûteux ne déchaînent pas l'enthousiasme des labos... cf le clofoctol comparé aux anticorps monoclonaux. Et plus on attend, moins on trouvera des patients non vaccinés pour les essais cliniques. On ne s'y prendrait pas autrement pour enterrer tout traitement potentiel.
    En ce qui concerne l'ivermectine une étude intéressante est parue dans Medrxiv qui compare la mortalité en Afrique selon que les pays utilisent ou pas l'ivermectine. https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2021.03.26.21254377v1.

    Les chiffres sont là (en anglais) juste factuels.
    Attendre des essais randomisés et mépriser les résultats de terrain, si la pandémie est grave c'est comme hésiter avec un extincteur à la main parce qu'on n'a pas lu le mode d'emploi.

    Anne Levry (pharmacien)

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