Covid long : l’étrange pratique du « lavage de sang »

Nicosie, le mardi 9 août 2022 - Une enquête publiée dans le BMJ (British Medical Journal) révèle que des médecins proposent à certains patients atteints de symptômes persistants de la Covid un traitement par « lavage de sang ».

Surtout pratiqué à Chypre, en Allemagne et en Suisse, ce traitement proposé à un tarif de 15 000 euros (!)  n’a fait l’objet d’aucune étude clinique publiée (des recherches seraient en cours).

Le protocole consiste en une aphérèse et la prescription d’anticoagulants oraux. En outre, la clinique chypriote à l’origine de cette technique protocole propose des séances d’oxygénothérapie hyperbare et des perfusions de vitamines.

Le BMJ rapporte que ces praticiens prescrivent : « un type d'aphérèse (précipitation extracorporelle des LDL induite par l'héparine ou aphérèse HELP) dans lequel le sang passe sur un filtre à héparine pour filtrer les lipides et les protéines indésirables, un processus qui, selon le centre, réduit la viscosité du sang et améliore la microcirculation. Ce traitement est normalement utilisé en dernier recours pour les patients atteints de troubles lipidiques qui n'ont pas répondu aux autres thérapeutiques. ».

Ces "traitements" sont loin d’être anodins et peuvent entrainer d’importants effets secondaires : hémorragie, infections et pneumothorax…

Le Dr Beate Jaeger, interniste allemande qui pratique cette technique à Müllheim rapporte avoir soigné des centaines de patients avec succès. Elle admet que la méthode est expérimentale, mais estime que les essais cliniques prennent trop de temps pour les patients désespérés.

« Toutes ces règles sur la médecine fondée sur les preuves passent à la trappe lorsque vous êtes confrontés à un avenir d'invalidité » estime-t-elle.

« L'Express », qui a recueilli plusieurs témoignages de patients, affirme que des dizaines de Français sont déjà partis à l'étranger afin de bénéficier de cette thérapeutique controversée.

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Questions

    Le 11 août 2022

    Qu'en pense le Pr Raoult, fervent défenseur de traitements non fondés sur les preuves ? Où s'arrête la possibilité de conflits d'intérêts ?
    Et dans ce cas d'un traitement assez risqué, comment envisager une étude prospective, voire rétrospective, permettant d'en savoir plus, en absence de possibilité de double insu... ? Au minimum, les autorités sanitaires allemandes ou suisses, devraient pouvoir enquêter sur le devenir de tous ces cas.
    Par ailleurs, fournir systématiquement le DOI ou un minimum de références des articles cités faciliterait la recherche de la source par vos lecteurs.

    Dr Pierre Blanié

  • Tentative de guérison individuelle en Allemagne

    Le 11 août 2022

    Sans prendre position sur le bien-fondé de la démarche thérapeutique, les références ci-dessous expliquent le cadre juridique allemand.
    Ces références, données en allemand, sont facilement accessibles en français, en passant par les services de traduction en ligne.
    "...En Allemagne, les tentatives de guérison individuelles ne sont pas réglementées par la loi. Ils ne sont pas à déclaration obligatoire et il n'y a pas de registre pour eux. Néanmoins, il est reconnu que la liberté de la thérapie médicale inclut également les tentatives individuelles de guérison et que toute violation factuelle associée des normes AMG peut être justifiée par la réglementation d'urgence de l'article 34 du Code pénal..." (1, 2).

    1.https://www.vfa.de/de/patienten/artikel-patienten/behandlung-mit-medikamenten-die-noch-nicht-zugelassen-sind.html
    2. https://www.gesetze-im-internet.de/stgb/__34.html

    Dr Johannes Hambura

  • Abus de faiblesse ?

    Le 12 août 2022

    La référence de l'article d'investigation de BMJ :
    Davies M. Long covid patients travel abroad for expensive and experimental "blood washing". BMJ. 2022 Jul 12;378:o1671. doi: 10.1136/bmj.o1671
    Comme souvent les 5 commentaires publiés par les BMJ sont aussi instructifs : droit de réponse respecté, le titre de l'article et son contenu pouvant paraitre à charge.
    Le site du promoteur allemand peut être consulté (en Anglais - Allemand) : https://beatejaeger.com/en/
    L'expérience acquise, publiée elle, sur la méthode dans d'autres pathologies (hypercholestérolémie réfractaire) ne préjuge pas du bénéfice/risque attendu dans une indication autre sur la base d'hypothèses physiopathologiques équivoques. Le "petit jeu" des analogies nous a aussi souvent égaré que renseigné.
    Voila autant d'éléments de réponse disponibles... si la question se pose en France parmi la patientèle.
    Affirmer que "les essais cliniques prennent trop de temps pour les patients désespérés" n'est pas sans rappeler le Barnum HCQ 2000, l'urgence avait pu échapper pour les patients non oxygèno-requérants.
    "Désespérés" : l'abus de faiblesse, populisme scientifique et le tourisme sanitaire lucratifs pointent à nouveau.
    Sans évaluation des résultats objectifs et subjectifs dans une population témoin, pas de preuve.
    Peu de "désespérés" sont à attendre dans le groupe témoin.

    Dr Jean-Paul Bonnet

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article