Déconfinement : le gouvernement est-il trop optimiste ?

Paris, le mardi 4 mai 2021 – Tous les indicateurs sont en baisse. Le nombre de cas d’infections par SARS-CoV-2 détectés quotidiennement a ainsi reculé de 20,5 % en une semaine, tandis que le taux de positivité qui avait connu avant la réouverture des écoles primaires une hausse (en raison peut-être du ralentissement de l’activité de dépistage) connaît de nouveau une baisse. L’embellie concerne également le nombre d’hospitalisations qui a diminué de 6,5 % en une semaine. Selon les données du site Covid Tracker : dans 73 départements tant le nombre de cas que les admissions à l’hôpital sont en recul. On observe également une diminution de 6,2 % des hospitalisations en soins critiques ou encore de 8,6 % des décès.

Se concentrer sur la dynamique

Cette cartographie ne peut que forcer à l’optimisme. Le ministre de la Santé a ainsi martelé tant hier interviewé par des étudiants de Sciences Po qu’aujourd’hui à l’antenne d’Europe 1 : « L'épidémie baisse de 20 à 25 % par semaine. Dans quinze jours, nous devrions être quelque part entre 10 000 et 15 000 cas par jour ». Et à ceux qui lui font remarquer que les données épidémiques actuelles auraient il y a quelques temps conduit à « confiner » le pays, il rétorque que « ce qui compte n'est pas le niveau de contaminations mais la dynamique épidémique ».

Une pression hospitalière encore très forte

La tendance est certes encourageante mais elle pourrait être fragile. Les derniers jours d’ailleurs ont été marqués par un possible diminution du ralentissement (ce qui pourrait cependant n’être qu’un artefact). Par ailleurs, beaucoup redoutent que la réouverture des collèges et des lycées et la levée des restrictions de circulation hier ne conduisent à un coup d’arrêt de cette dynamique. Surtout, la situation actuelle dans les hôpitaux conduit à relativiser l’optimisme d’Olivier Véran. Ce matin, sur Europe 1, il calculait : « On sait que la réanimation d'aujourd'hui correspond à la contamination d'il y a trois semaines, donc on sait que dans trois semaines il y aura moins de malades en réanimation et qu'on aura pu reprendre la programmation des soins ». La décrue sera-t-elle réellement suffisante ? Le niveau actuel d’occupation des lits de soins critiques par des patients atteints de Covid atteint en effet encore 109,2 % soit un niveau qui empêche toute perspective de reprogrammation rapide. Par ailleurs, la situation aujourd’hui est moins favorable que les prévisions pourtant souvent pessimistes de l’Institut Pasteur qui tablait sur 5 100 lits de réanimation occupés par des patients atteints de Covid le 3 mai (contre 5 600 en fait).

Reprogrammations rapides illusoires

Cette situation explique les appels à la prudence qui depuis plusieurs jours émanent de responsables hospitaliers. Hier, ainsi, la Fédération hospitalière de France (FHF) a indiqué qu’une partie de la déprogrammation engagée l’année dernière n’avait pas encore pu être rattrapée. Or, la situation actuelle ne permet pas d’envisager une reprise rapide. Pour la FHF, le diagnostic est en effet clair : « La réalité épidémique en France ne permet pas d’envisager un desserrement à court terme ».

La France peut-elle rivaliser avec la Californie ?

La France n’est pas la seule à faire le choix d’un desserrement alors que les niveaux de contamination et de pression hospitalière restent élevés en se reposant sur une dynamique positive. En Europe, plusieurs pays, comme la Belgique et les Pays-Bas ont opté pour des orientations proches. Outre-Atlantique, l’exemple de la Californie ne manque pas également de susciter l’attention. L’état américain avait en effet fait le choix fin janvier de desserrer une partie des mesures adoptées alors que l’incidence était encore très élevée (autour de 420 cas /100 000) et d’appliquer des restrictions plus localisées (à l’échelon du comté). Or, aujourd’hui, l’état américain peut s’enorgueillir d’un nombre de cas très bas (moins de 10/100 000). Cependant, outre une campagne de vaccination bien plus soutenue qu’en France (et des conditions climatiques également différentes), le déconfinement de l’État a été très progressif avec notamment une reprise de la vie scolaire en mars et avril et de façon encore parcellaire (la réticence des enseignants et de certains parents, malgré un an d’interruption, a notamment conduit à un délai de plusieurs semaines entre le feu vert des autorités et la reprise réelle). Ce n’est finalement qu’à la mi-juin que la réouverture sera complète. Cet exemple devrait-il inspirer le gouvernement français tant en ce qui concerne la possibilité d’un assouplissement en dépit d’indicateurs élevés mais également quant à la nécessité d’une plus grande progressivité ?

Aurélie Haroche

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