Dépistage du cancer colorectal : vers un envoi automatique des kits pour pallier la chute des tests ?

Paris, le mardi 30 juin 2020 – Le programme de dépistage systématique du cancer colorectal paraît comme banni. Les obstacles se sont en effet multipliés depuis sa mise en place empêchant une progression du taux de participation, alors que le sujet et les manipulations de selles nécessaires au dépistage sont déjà des freins importants. Après le retard pris en France de la mise à disposition du test immunochimique, après les annulations successives d’attribution du marché public qui ont entraîné de nouveaux dysfonctionnements, l’épidémie de Covid-19 et le confinement ont mis cette année un coup d’arrêt à la campagne annuelle qui se déroule en mars. Les lettres d’invitation à participer au programme ont ainsi été suspendues, tandis que les actions déployées habituellement par les hôpitaux, les pharmacies ou les laboratoires d’analyse ont été également stoppées.

Mammouth écrase les prix

Voulant croire aux résultats d’une enquête conduite par l’institut BVA révélant que 76 % des Français affirment vouloir « faire plus attention à leur santé suite à la crise liée au Covid-19 », tandis que 95 % s’affirment convaincus que « la prévention est un moyen très efficace », l’Institut national du cancer (INCA) vient de lancer une campagne d’incitation aux dépistages du cancer du sein et du cancer colorectal. Humoristiques, les visuels renvoient à des objets ou des slogans remontant aux années 1960 ou 1970 (une cassette audio, un téléphone à cadran, un mammouth censé écraser les prix) et constate que si ces spécimens d’un autre âge sont évocateurs pour vous, vous êtes un candidat pour les dépistages du cancer du sein et/ou du cancer colorectal. Cette campagne est déployée tout l’été sur les réseaux sociaux et sera réactivée cet automne ; elle sera également visible jusqu’à la fin janvier sur 550 écrans digitaux installés dans 226 maisons de santé.

Envoi direct des kits de dépistage ?

Concernant le cancer colorectal, cette opération pourrait se doubler d’une action plus directe. Dans son rapport établissant un bilan de l’activité de la première partie de l’année rendu publique la semaine dernière, l’Assurance maladie préconise en effet un envoi direct de kits aux sujets ayant déjà réalisé le dépistage et pour lesquels l’heure du rappel a sonné. Par ailleurs, une campagne de sensibilisation pourrait être menée auprès des médecins traitants afin qu’ils insistent sur l’importance de ce programme auprès de leurs patients concernés. La réponse du ministère de la Santé sur ces propositions (qui pourrait même décider d’un élargissement de l’envoi des kits à tous les sujets cibles) est attendue.

Des tests non lus

Tant les messages de rappel de l’INCA que les préconisations de l’Assurance maladie paraissent indispensables, mais de l’aveu même de cette dernière il paraît peu probable que le retard lié au confinement puisse être rattrapé. Ainsi, durant les premiers jours de l’année, entre 75 000 et 80 000 tests étaient analysés chaque semaine. Ce chiffre est descendu en dessous de 5 000 pendant le confinement. Il n’avait pas encore retrouvé les niveaux du début de l’année au cours de la semaine du 8 juin (avec un peu moins de 50 000 tests lus). Par ailleurs, outre la chute du nombre de tests réalisés et reçus, le confinement a empêché l’analyse de certains tests en raison de l’allongement des délais postaux : les échantillons ont parfois été acheminés plus de six jours après le prélèvement, ce qui est le délai maximum autorisé. Ces données sont d’autant plus inquiétantes que le dépistage du cancer colorectal connait déjà un taux de participation limité, qui ne dépassait pas 30,5 % en 2018/2019 selon l’INCA.

Aurélie Haroche

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