Des toilettes pour tous, un besoin pressant

Paris, le lundi 20 novembre 2023 – Près de la moitié de la population mondiale n’a pas accès à des installations sanitaires sûres, un manque de toilettes propres responsable de nombreux décès prématurés dans le monde.

La prochaine que vous irez aux toilettes (et peut être même lisez vous cet article aux toilettes !), rappelez-vous de la chance que vous avez. Vous faites aux effets partie de ces individus qui ont accès un système d’assainissement efficace des eaux usées, ce qui signifie que vos toilettes sont reliées à un système d’évacuation efficace qui stocke, traite et élimine les excréments. Presque un privilège, puisque les associations humanitaires, ainsi que l’Unicef et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) nous ont rappelé, à l’occasion de la journée mondiale des toilettes dimanche dernier (un évènement organisé tous les ans depuis 2001), que l’accès à des toilettes sûres est loin d’être universel.

Ce sont ainsi 3,5 milliards d’individus, soit 44 % de la population mondiale, regroupés essentiellement dans les pays les plus pauvres de la planète, qui n’ont pas accès à un système efficace d’assainissement des eaux. On compte également près de deux milliards de personnes (25 % de la population) qui n’ont pas d’installation à leur domicile leur permettant de se laver les mains et plus de 400 millions de personnes qui n’ont aucun accès à des toilettes et doivent déféquer en plein air. 42 % des eaux usées domestiques dans le monde sont rejetés dans la nature sans aucun traitement adéquat et au moins 10 % de la population mondiale consomme des aliments provenant de cultures irriguées avec ces eaux usées.

Un manque de toilettes aux conséquences désastreuses

L’absence d’accès à des toilettes reliées à un système d’assainissement efficace a des conséquences sanitaires désastreuses. Le manque de traitement des eaux usées favorise le développement de nombreuses maladies comme le choléra, la typhoïde ou la dysenterie. On estime qu’environ 1,2 millions de personnes décèdent chaque année dans le monde de maladies liées au contact avec des eaux usées non traitées, dont des centaines de milliers d’enfants de moins de cinq ans.

L’absence de toilettes peut également avoir d’autres conséquences indirectes lourdes, notamment en freinant le développement économique des nations les plus pauvres. Les organisations humanitaires considèrent que l’absence de toilettes nuit particulièrement aux femmes et aux filles, qui peuvent par exemple être victimes d’agressions et de harcèlements lorsqu’elles doivent se rendre dans des toilettes publiques.

Fort heureusement, des progrès sont constatés dans ce domaine qui, s’il prête à sourire, constitue bien pour autant un sujet de santé publique majeur. Selon l’ONU, depuis 2015, 900 millions de personnes de plus ont accès à des services d’assainissement des eaux efficaces et 300 millions de personnes en moins sont réduits à déféquer en plein air. Mais l’objectif de développement durable que s’est fixé l’ONU de permettre un accès universel à des toilettes sûres d’ici 2030 semble hors de portée. A l’occasion de la journée mondiale des toilettes, l’ONU appelle de nouveau les nations les plus riches à mettre la main au portefeuille pour aider les plus pauvres à faire leurs besoins en toute sécurité.

La loi toilette passera-t-elle en grosse commission ?

En France bien sûr, le problème est marginal, tout le monde ou presque ayant accès à des toilettes reliées au tout à l’égout. Mais des députés LFI, qui ont un certain talent pour politiser n’importer quel sujet, ont cependant déposé ce mercredi une proposition de loi visant à assurer un meilleur accès aux toilettes publiques. Le texte propose en premier lieu de recouvrir le territoire français de toilettes publiques, à raison d’une toilette pour 2 500 habitants. Certaines communes sont pour le moment loin du compte, comme Marseille où l’on ne compte que 18 toilettes publiques pour 900 000 habitants. La proposition de loi vise également à obliger les lieux accueillant du public à garantir l’accès gratuit à leurs toilettes, sans imposer aucune condition d’achat.

Si la proposition de loi n’a pour l’instant pas été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale, ses auteurs espèrent dégager un large consensus, puisque a priori tous les députés, du RN à LFI en passant par LR et Renaissance, ont parfois besoin d’aller aux toilettes.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Toilettes pour tous

    Le 25 novembre 2023

    Bonjour et merci pour cet article.
    Vous auriez pu signaler que l'usage des toilettes sèches supprime le problème du traitement des eaux usées et la contamination des eaux de consommation et que le recyclage des matières fécales est un excellent amendement des sols notamment pour les cultures vivrières.
    Sans parler du lobbying des compagnies mondiales de l'assainissement de l'eau qui s’enrichissent grâce à la dépendance au réseau de distribution de l'eau.

    Dr B. Stree

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