Déserts médicaux : près de la moitié des patients ont déjà renoncé à voir un dermatologue

Paris, le vendredi 15 septembre 2023 — Soigner ses problèmes de peau n’a jamais été aussi dur en France, et la situation ne semble pas prête de s’améliorer.

46 % des patients ont déjà renoncé à faire traiter leurs problèmes de peau chez un dermatologue, selon une étude réalisée par Sanofi/IFOP et publiée hier.

Un accès aux soins dermatologiques difficiles pour une majorité de Français

Selon les auteurs de l’étude, cette tendance est en forte hausse depuis une douzaine d’années, notamment à cause des délais trop longs pour consulter un spécialiste de la peau. 73 % des Français estiment ainsi « difficile » l’accès aux soins assurés par les dermatologues (+27 % depuis 2011).

De plus, il faut en moyenne plus de trois mois (104 jours) pour avoir un rendez-vous chez un dermatologue — il ne fallait que 41 jours en 2012.

L’étude souligne d’ailleurs que le sentiment de difficulté d’accès aux soins dermatologiques est encore plus fort « chez les patients qui en ont le plus besoin », à savoir les personnes atteintes de problème de peau en général (72 %) et les patients souffrant d’eczéma (65 %).

Pour ces derniers, alors qu’ils devraient avoir un suivi médical « plus encadré », notent les auteurs de l’étude, 43 % d’entre eux déclarent pourtant attendre plus de 3 mois pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue.

Les raisons de renoncement aux soins sont variées, mais logiques : délais trop longs (42 %), disponibilités du professionnel (22 %), éloignement géographique (21 %). Les délais sont la cause principale du renoncement aux soins pour les personnes atteintes d’eczéma sévère (90 %).

Une chute spectaculaire du nombre de praticiens

« En 20 ans, on est passé de 4 000 dermatologues en France à moins de 3 000 », regrette Gaëlle Quéreux, cheffe du service de dermatologie au CHU de Nantes, auprès de Radio France. « Cela nous inquiète énormément. […] Cela génère des retards dans la prise en charge dans les cancers cutanés. C’est une énorme problématique. C’est un retard dans la prise en charge des dermatoses inflammatoires, et un défaut d’accès au soin pour certains patients », ajoute-t-elle.

D’autant que le problème n’est pas près de s'améliorer, avec une profession malheureusement vieillissante. « Plus de la moitié des dermatologues actuellement en exercice ont plus de 55 ans », fait remarquer, dans une tribune publiée dans Le Monde en mars dernier, un collectif d’associations de malades, de sociétés savantes et de dermatologues. « Or, le nombre d’internes en formation ne permettra pas de stabiliser la densité de dermatologues avant 2041 au mieux, soit dix ans après les autres spécialités », poursuivent les auteurs de la tribune.

Former davantage, y compris les médecins généralistes

Pour pallier ce problème, ces derniers proposent donc notamment de « former plus de dermatologues et inciter les dermatologues à maintenir leur activité professionnelle au-delà de la retraite par des incitations concertées » et de « retrouver une offre hospitalière accessible, en incluant la dermatologie dans le dialogue de gestion entre agences régionales de santé (ARS) et hôpitaux ».

Même son de cloche du côté de la société française de dermatologie, qui préconise d’augmenter le nombre d’internes formés chaque année à la dermatologie et de renforcer la formation des médecins généralistes en la matière, afin qu’ils détectent plus efficacement des pathologies potentiellement sévères.

Cette nécessité est renforcée par une statistique inquiétante, rappelée par les auteurs de la tribune dans Le Monde : « il faut en moyenne compter huit ans et demi de délai, d’errance diagnostique et de souffrances avant de recevoir un diagnostic de la maladie de Verneuil ». Et de souligner que les abandons de soins dermatologiques peuvent avoir des « souffrances physiques et psychologiques parfois terribles pour les malades et leurs proches ».

Raphaël Lichten

Copyright © 2023 JIM SA. Tous droits réservés.

Réagir

Vos réactions (1)

  • Pénurie dermatologues

    Le 16 septembre 2023

    Il est surtout à déplorer que beaucoup de dermatologues se consacrent désormais à la dermatologie esthétique et ont abandonné la dermatologie médicale qui certainement est moins lucrative. Personnellement je trouverais des disponibilités aisément pour du laser ou autre acte équivalent mais pas pour un nævus suspect.

    Dr Patricia Momblano

Réagir à cet article