Diamond Princess : une quarantaine très critiquée

Tokyo, le mercredi 19 février 2020 – Sur la carte de l’épidémie de coronavirus (Covid 19), deux foyers majeurs se remarquent instantanément. Le premier concerne la province de Hubei en Chine et le second un minuscule point au large du Japon. Il s’agit d’un bateau de croisière, le Diamond Princess. Sur ce navire comptant 3 711 personnes, chaque jour a été marqué par l’identification de nouvelles contaminations par SARS-CoV-2 depuis son placement en quarantaine le 5 février, décidée après la mise en évidence d’un premier cas, débarqué à Hong Kong. Selon le dernier décompte rendu public hier, 542 infections ont en effet été recensées.

Échec sans précédent

Cette explosion du nombre de cas en dépit de l’adoption de mesures d’isolement et alors qu’une partie de la quarantaine s’achève aujourd’hui pour au moins 500 personnes testées négatives et n’ayant été (en principe) pas en contact avec des sujets malades est à l’origine de violentes critiques visant la gestion de la situation. « La mise en quarantaine à bord du navire est un échec sans précédent », constate ainsi sans détour le professeur Kentaro Iwata (spécialiste de maladies infectieuses à l’Université de Kobe).

Des règles pas toujours appliquées

Parmi les multiples imperfections qui pourraient avoir empêché le dispositif de limiter les risques de contamination, les commentateurs japonais citent de nombreuses entorses aux règles initialement établies. Ainsi, alors que le confinement dans les cabines était prévu et le port de masques obligatoire lors de courtes promenades sur le pont, certains voyageurs ont pu être vus en train de déambuler sans protection. Par ailleurs, les membres d’équipage n’ont pas été placés à l’isolement et ont continué à interagir avec la plupart des passagers. Les critiques concernent également la lente mise en œuvre des tests : les derniers n’ont été réalisés qu’hier, soit à la veille de la fin de la quarantaine. Le gouvernement a notamment tardé à faire appel au secteur privé pour faire face à la pénurie de kits d’examen.

Faut-il encore mettre les bateaux en quarantaine ?

Certains invitent à considérer qu’au-delà des probables failles dans les mesures d’isolement, le cas du Diamond Princess suggère que la transmission du virus a peut-être été facilitée par les dispositifs d’aération. « Nous devons comprendre comment les mesures à bord ont été mises en œuvre, à quoi ressemble la filtration de l'air, comment les cabines sont connectées et comment les déchets sont éliminés » énumère ainsi le Dr. Nathalie MacDermott, épidémiologiste au King’s College de Londres. Pour elle, l’échec apparent de la quarantaine du Diamond Princess étant donné le nombre de cas recensés ne signifie pas l’inutilité ou l’impossibilité de telles mesures. A noter également que les infections pourraient avoir eu lieu avant la mise en place des mesures d’isolement compte tenu de la période d’incubation. Cependant, tous ne partagent pas cet avis et jugent au contraire que cet exemple doit inviter à reconsidérer l’opportunité de décréter une quarantaine sur un bateau, d’autant plus que le respect de certains droits élémentaires peut être rendu difficile.

Optimisme de l’OMS

En tout état de cause, comme nous l’évoquions hier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne juge pas que le cas du Diamond Princess, pas plus que celui du Westerdam, ne doivent conduire à suspendre les croisières. Elle se montre d’une manière générale hostile aux mesures de restriction trop drastiques, et désapprouve la décision prise aujourd’hui par la Russie d’interdire l’entrée sur son territoire aux ressortissants chinois. Pour elle, l’évolution de l’épidémie en Chine où l’on a enregistré hier le plus faible nombre de nouveaux cas depuis le début du mois (1 749 dont seulement 56 en dehors de la province de Hubei) doit au contraire inviter à une lecture plus optimiste de la situation.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Juste avant les antibiotiques...

    Le 19 février 2020

    Avant 1945, les médecins français pratiquaient largement l'accouchement à domicile.
    Raison : les risques pour la parturiente de contracter à l'hôpital une redoutable fièvre puerpérale.
    1963, il était enseigné aux carabins qu'il fallait être très vigilant à l'hospitalisme des enfants en service de pédiatrie.
    Double sens : la régression du développement psychomoteur ET le risque de contamination grave durant le séjour hospitalier.
    Un peu de mémoire éviterait de se faire berner par nos inévitables compagnons de vie toujours bien plus malins que nous. Virus et bactéries sont tellement plus vieux que nous, il n'ont jamais cessé leur lutte pour ne jamais périr.

    Dr François-Marie Michaut

  • Quels "tests" pour dépister le coronavirus ?

    Le 19 février 2020

    Merci pour votre article, très informatif et clair comme d'habitude.
    On y parle de "tests" pour détecter si les passagers du paquebot sont infectés par le coronavirus. Mais quels sont ces tests ? On ne le précise jamais...
    1) Sûrement pas une recherche d'ADN viral par lavage broncho-alvéolaire. Alors quoi ?
    2) Une recherche sérique de virus par PCR ? Mais ce test existe-t-il ? Combien de jours après la contamination la virémie devient-elle positive ? Avant ou après l'apparition de signes infectieux cliniques ?
    3) Une recherche d'anticorps ? Ils n'apparaissent, je suppose, que tardivement (quand la guérison est acquise ?
    Merci de) ces précisions !

    Dr Etienne Robin

  • Tests (réponse de la rédaction)

    Le 20 février 2020

    Les tests réalisés sont une recherche du virus par PCR à partir d'un prélèvement par écouvillonnage naso-pharyngé. Ce sont les kits de prélèvement qui semblaient manquer à l'appel au Japon et qui auraient retardé les dépistages.

    La rédaction

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