Donald Trump veut interdire les e-cigarettes aromatisées

Paris, le jeudi 12 septembre 2019 – Une épidémie. C’est le terme employé aux États-Unis. Non pas seulement pour évoquer les quelques centaines de cas d’atteintes pulmonaires sévères observées chez des utilisateurs d’e-cigarette, mais aussi pour décrire l’engouement des jeunes pour ce dispositif. Aujourd’hui, on estime qu’un quart des lycéens américains vapote régulièrement, contre un sur cinq en 2017-2018.

Cela ne sent pas bon pour les cigarettes aromatisées

Cette progression fulgurante suscite l’inquiétude à plus d’un titre. D’abord parce que cette attirance pour la cigarette électronique pourrait constituer une voie d’entrée vers l’addiction à la nicotine et parfois vers le tabagisme, dans un pays qui était pourtant parvenu à remporter des succès incontestables contre ce phénomène, fléau majeur jusque dans les années quatre-vingt. Surtout, la multiplication des signalements d’atteintes pulmonaires sévères (450 cas et 6 décès selon le dernier recensement mais un nouveau bilan est attendu en cette fin de semaine) suggère que la cigarette électronique représente (ces dernières semaines aux États-Unis) un risque aigu pour les adolescents n’ayant jamais fumé. Aussi, aux États-Unis, les pouvoirs publics sont aujourd’hui déterminés à agir. Donald Trump, soutenu par la Food and Drug Administration et les Centers for Disease Control and prevention (CDC) a ainsi observé hier : « Cela crée plein de problèmes (…). C’est un phénomène nouveau qui s’est développé tellement vite. Nous allons peut-être devoir décider quelque chose de ferme ». Son secrétaire d’État à la Santé, Alex Azar, a confirmé quelques heures plus tard : « Nous avons l’intention de faire sortir du marché les e-cigarettes aromatisées ». Un texte devrait paraître dans quelques semaines et s’appliquer dans les trente jours. Les liquides contenant de la nicotine, souvent utilisés dans le cadre de sevrage, pourront continuer à être commercialisés mais les fabricants devront déposer une demande d’autorisation sur le marché d’ici mai 2020.

Un marketing contesté

Si les cigarettes aromatisées, déjà dans le viseur de la FDA depuis plusieurs mois (en août elle a imposé le retrait de 44 recharges et liquides aromatisés) sont ciblées, ce n’est pas parce qu’elles sont suspectées d’être à l’origine des atteintes pulmonaires sévères (les huiles au THC ou à la vitamine E seraient plus certainement en cause, mais sans aucune certitude), mais parce qu’elles contribuent à séduire les jeunes. D’ailleurs, au-delà des parfums, ce sont également les méthodes marketing qui sont aujourd’hui l’objet de remontrances sévères. La firme JUUL est notamment particulièrement concernée, en raison de la diffusion de messages tendant à garantir l’innocuité des cigarettes électroniques par rapport au tabac classique ; des messages dont la teneur apparaît dérangeante au regard des événements récents.

Pire que la cigarette traditionnelle ?

L’inquiétude et la sévérité des autorités sanitaires et des pouvoirs publics sont partagées par la plupart des responsables de santé. Si en France, certains ont pu faire remarquer que le nombre de cas apparaissait limité compte tenu du nombre d’utilisateurs, au-delà du recensement des cas aigus et du nombre de décès, des signaux inquiétants confortent la position des spécialistes américains. La forte augmentation des admissions en réanimation d’adolescents et de jeunes adultes ces derniers mois dans certaines localités (comme le notent les auteurs d’une première étude publiée dans le New England Journal of Medicine concernant l’Illinois) et la possibilité d’une sous-estimation du nombre de cas (compte tenu de l'existence possible d'atteintes pulmonaires moins graves) dessinent en effet un tableau préoccupant. Aussi, alors que pendant des années, beaucoup ont été convaincus qu’en dépit de quelques  incertitudes, la cigarette électronique présentait une dangerosité moindre que la cigarette traditionnelle, un responsable du Comité contre le tabac de l’American Thoracic Society, le docteur Frank Leone remarque : « Pendant des années, nous savions que la cigarette était dangereuse, mais un usage à court terme n’envoyait tout de même pas les gens à l’hôpital. Désormais il existe des preuves de plus en plus importantes qu’une utilisation à court terme de la cigarette électronique envoie les enfants aux urgences ».

Silence

Alors que de telles déclarations ne peuvent que conforter les décisions politiques prises partout dans le pays contre les cigarettes électroniques, les investigations se poursuivent. En France, pour l’heure, les autorités sanitaires ne se sont pas exprimées sur ce sujet, mais aucun cas similaire ne semble avoir été identifié.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • E-cigarette: un parfum amer ?

    Le 13 septembre 2019

    Les cas recensés aux USA sont dus à une utilisation d'huile de cannabis vendue sous le manteau dans les "vapoteuses", l'huile n'est pas assimilable par les poumons.

    La soit-disant épidémie de vape chez les jeunes ... Le taux de tabagisme chez ses jeunes n'a jamais été aussi bas depuis 5 ans, en 1997, 25% des jeunes fumaient, en 2018, 2% !

    Le taux de tabagisme est en baisse constante depuis 2011 et la plus forte diminution est justement observée chez les 18-24 ans.
    La "vape" est à minima 95 à 99% moins nocive que le tabac fumé.

    Patrick Gillart

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