Drame de Lariboisière : un symptôme de la crise des urgences ?

Paris, le mardi 11 juin 2019 – Le journal Le Monde révèle les dernières avancées de l’enquête judiciaire ouverte après la mort, en décembre dernier, de Micheline M., 55 ans, qui avait été découverte sans vie sur un brancard dans les couloirs des urgences de l’hôpital Lariboisière à Paris, douze heures après son enregistrement.

Méningite et dysfonctionnements

Si les observations réalisées lors de l’autopsie sont « compatibles » avec un diagnostic de méningite, certains témoins auditionnés par les enquêteurs mettent en cause la « saturation » des urgences pour expliquer ce décès.

L’enchaînement des faits a ainsi été reconstitué : le 17 décembre 2018, la patiente souffrant depuis la veille de douleurs aux mollets et de maux de tête, se rend au centre médical Stalingrad dans le XIXe arrondissement de Paris. Il est 18 heures quand elle fait un malaise devant l’établissement, sur le point de fermer et elle réclame d’être reçue par un médecin, mais en vain.

Alors qu’elle émet le souhait de rentrer se reposer chez elle, un agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent sur place vers 18 h 20. A ce moment, la patiente qui n’avait pas consulté de médecin depuis février 2017, « semble souffrante, mais pas plus que cela », explique le pompier qui l’a prise en charge.

Arrivé à l’hôpital vers 18 h 50, le chef d’équipe des pompiers transmet sa fiche d’intervention, réalisée sans qu’aucune pièce d’identité n’ait été demandée.

C’est de ce premier manquement que découlerait une série de « dysfonctionnements ».

Ainsi, l’infirmière chargée d’enregistrer Micheline M. se fiera aux seules informations transmises par les pompiers. « Comme ils ne m’ont pas donné de pièce d’identité, j’en ai déduit qu’il n’y en avait pas », s’est justifiée l’infirmière auprès des services de police, précisant que cette façon de procéder est devenue « un automatisme » dans des services d’urgences saturés.

Vers 19 heures, la patiente est brièvement examinée par une infirmière qui constate une fièvre de 40,1° et lui administre un Doliprane. Lorsqu’on lui demande de décliner son identité, Micheline M. prononce « quelque chose d’inaudible », avant de confirmer, par erreur, en « hochant la tête » que le nom inscrit sur le bracelet d’admission est le bon.

Micheline M. est alors orientée en « circuit court » et est classée au niveau trois d’une échelle de "tri" qui en compte cinq. En théorie elle doit alors attendre moins de 60 minutes pour être vue par un médecin. Or, ce jour-là, il y avait « un délai de prise en charge de cinq heures » selon les personnels auditionnés qui rappellent que les faits sont survenus un lundi, jour où l’affluence est la plus forte aux urgences.

Ainsi, ce n’est qu’à 23 h 55, soit près de cinq heures après le premier examen infirmier, que la patiente est appelée, sous une mauvaise identité, pour une consultation avec un médecin. Une infirmière l’appelle alors une première fois en salle d’attente, puis à l’accueil, avant de répéter son alerte dans la « salle du circuit court ». Faute de réponse, Micheline M. est alors inscrite dans le logiciel comme « ne répondant pas à l’appel ». A 1 h 18, elle est déclarée « en fugue » par un membre du personnel médical.

A 4 heures du matin, une infirmière la classe comme « définitivement sortie ». Pourtant, pour entériner un tel constat, il aurait fallu la solliciter à trois reprises à vingt minutes d’intervalle et vérifier systématiquement tous les bracelets des patients présents dans les zones de surveillance, ce qui n’a pas été fait.

A 6 heures, la patiente est découverte inanimée. Après quinze minutes de tentatives de réanimation, elle est déclarée morte. En regardant dans ses affaires, les membres du personnel constatent alors que la victime avait été enregistrée sous une mauvaise identité.

Un soignant anonyme témoignant auprès des journalistes du Monde réfute la thèse « d’une erreur humaine » et met plutôt en avant un problème structurel du service des urgences, « saturées en permanence ». La direction de l’hôpital estime, pour sa part, que le personnel était « en nombre suffisant » ce soir-là.

Reste que cette enquête revêt une résonance particulière en plein mouvement de grève des urgences semblant en effet illustrer de manière singulière comment les dysfonctionnements de ces services peuvent affecter directement la prise en charge des patients.

Xavier Bataille

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Vos réactions (2)

  • Diagnostic?

    Le 11 juin 2019

    D'autres medias parlent d'embolie pulmonaire. On aimerait savoir.

    Dr Bernard Albouy

  • Succession de malchances

    Le 13 juin 2019

    Un drame est souvent une succession de "malchances" ou de dysfonctionnements qui, individuellement, ne sont "pas graves".

    ELdM, sage-femme

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