Ecartant les mesures les plus strictes ou reportant certaines décisions, le gouvernement joue les équilibristes

Paris, le mardi 28 décembre 2021 – Quelle que soit l’opinion que l’on puisse nourrir à l’égard de ses dirigeants, il est souvent réconfortant de constater qu’à un instant T, ils parviennent à partager le même état d’esprit général que la population. C’est ainsi que le Premier ministre Jean Castex a débuté hier son intervention sur les nouvelles mesures prises face à la nouvelle vague de Covid en observant : « Tout cela semble être un film qui n’en finit pas ».

Rejet des mesures trop « vexatoires » pour la société

Et le gouvernement n’en finit pas de jouer les équilibristes, essayant le plus possible d’éviter les mesures les plus dommageables pour la vie sociale et économique, tout en maintenant un haut niveau de vigilance vis-à-vis d’une circulation du virus particulièrement intense, susceptible d’entraîner un engorgement massif dans les établissements hospitaliers. Déjà, certaines régions connaissent en effet une situation critique, comme Provence Alpes Côtes d’Azur.

Écartés donc les dispositifs que certains épidémiologistes et politiques espéraient mais qui sont apparus impossibles à exiger des Français : le couvre-feu, y compris le 31 décembre et le report de la rentrée scolaire. Évitées également les nouvelles fermetures d’établissement, alors que les discothèques ont dû interrompre leurs activités début décembre pour quatre semaines.

Vacciner, vacciner, vacciner

C’est comme depuis plusieurs mois la vaccination qui est le pivot central de la politique du gouvernement face à l’épidémie. Pour encore renforcer ce rempart, qui connaît cependant quelques failles en ce qui concerne la réduction de la transmission des infections provoquées par le variant Omicron (et dans une moindre mesure Delta), Jean Castex, suivant l’avis de la Haute autorité de Santé (HAS) a indiqué qu’il serait désormais possible dès aujourd’hui de bénéficier d’une dose de rappel trois mois (et non plus quatre depuis quelques jours) après avoir reçu sa précédente dose. Concernant une possible quatrième dose, alors qu’une étude a été lancée en Israël pour évaluer la pertinence de cette stratégie, le ministre de la Santé a reconnu que c’était une « possibilité », tout en se montrant prudent. « Je n’ai pas la réponse à vous apporter à ce stade. Cette question viendra en son temps » a-t-il déclaré. Cependant, Olivier Véran a insisté sur le fait que la primo-vaccination demeurait la priorité du gouvernement. Ainsi, se félicitant que 200 000 primo injections ont été réalisées en une semaine, il a annoncé une revalorisation de l’acte vaccinal infirmier à domicile, ce qui devrait permettre une augmentation des opérations « d’aller vers ».

Passe vaccinal : en attendant les discussions parlementaires…

L’outil phare pour inciter à la vaccination reste également le passe sanitaire, dont on sait qu’il va se muer en passe vaccinal au début de l’année. Là encore, le gouvernement a cependant préféré écarter, pour l’instant, les mesures les plus controversées. Il n’a ainsi pas été de nouveau question de la possibilité dans certaines situations d’un passe renforcé (appelé 2G+) d’un test négatif, ni même de l’extension de l’application du dispositif à toutes les entreprises. Par ailleurs, pour l’accès aux établissements et services de santé médico-sociaux, la seule présentation d’un test négatif demeurera valable. Côté contrôles et sanctions en cas d’utilisation d’un faux passe, le chef du gouvernement a confirmé que le projet de loi du gouvernement s’orientait vers un durcissement. Cependant, sur la question de la vérification de l’identité des titulaires des passes par les gérants d’établissements, le Premier ministre s’est montré relativement prudent, signalant la nécessité d’attendre les discussions parlementaires sur le sujet, discussions qui débuteront dès demain.

Restez assis

Si les mesures les plus drastiques ont été écartées et que la vaccination demeure l’alpha et l’oméga de l’action du gouvernement, face à la déferlante que représente la fin de la vague Delta et surtout l’arrivée d’Omicron (plus de 100 000 détections d’infections ont par exemple été enregistrées samedi dernier), des dispositions supplémentaires étaient inévitables. Ainsi, un éventail de mesures a été annoncé : fin des concerts debout (ce qui a suscité la consternation d’une grande partie du monde de la culture), suspension des consommations debout dans les bars et les cafés (qui a entrainé une myriade de plaisanteries sur Twitter), interdiction de consommer des aliments et des boissons dans tous les transports (y compris pour les longs trajets) et dans les salles de spectacle et de cinéma, ainsi que des rassemblements de plus de 2 000 personnes en intérieur et de 5 000 en extérieur. Le gouvernement a par ailleurs voulu adopter la même position d’équilibriste vis-à-vis du télétravail : pas de généralisation totale, mais l’édiction d’une obligation de « trois jours minimum par semaine et quatre jours quand cela est possible », à partir du 3 janvier et pour « une durée de trois semaines ». Même acrobatie périlleuse à propos du masque en extérieur : pas de généralisation d’une mesure dont la pertinence scientifique a toujours été discutée, mais « l’obligation du masque déjà partout applicable à l’intérieur, sera étendue et mieux respectée, notamment dans tous les centres-villes. Les préfets adopteront les dispositions correspondantes en lien avec les maires » a martelé le Premier ministre.

Isolement : de nouvelles règles attendues à la fin de la semaine

Ces différentes mesures sont destinées à freiner la propagation du virus. Mais pour éviter la une désorganisation de la société liée à l’isolement des contaminés et de leurs contacts, la question de la réduction de la durée d’isolement se pose également. Car l’envolée du nombre de contaminations et des cas contacts a (et aura) un impact très négatif sur de nombreux secteurs économiques. Cependant, le gouvernement, sans doute pour éviter de prendre simultanément des décisions allant dans des sens apparemment contradictoires, a indiqué que des nouvelles d’isolement règles seraient présentées d’ici la fin de la semaine, après consultation des différentes autorités sanitaires. Ainsi en France comme aux États-Unis, les exécutifs délèguent certaines décisions difficiles, au Parlement et aux autorités sanitaires sur cette rive de l’Atlantique et aux États sur l’autre rive.

Surenchère

L’équilibre, bien que nécessairement fragile, de ces mesures a dans l’ensemble plutôt été salué par une grande partie de la classe politique. Cependant, des voix dissidentes se sont exprimées : Marine Le Pen a ainsi déploré le caractère liberticide de certaines mesures, telle l’interdiction de s’alimenter et de boire dans les transports ou encore la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal. On note également que certains ont regretté la timidité des dispositions : Valérie Pécresse, candidate LR à l’élection présidentielle, plaidait en effet pour un report de la rentrée scolaire.

A.H.

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