EHPAD : chronique de la maltraitance ordinaire

Guéret, le vendredi 22 décembre 2017 -  Parmi les crises sanitaires de l’année 2017, celle traversée par les EHPAD (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) aura été sans nul doute l’une des plus marquantes et il n’y a, semble-t-il, point de trêve des confiseurs en la matière.
 
Il vient en effet d’être annoncé par la CGT la tenue d’un mouvement de grève nationale dans les EHPAD le 30 janvier et la diffusion d’une pétition visant à interpeller le président de la République, tandis que l’on a appris que certains EHPAD appellent en renfort…les proches des patients à quelques jours des fêtes !

En marge de cette actualité chargée, la presse locale de la Creuse alerte, à son tour, sur la situation de ces établissements et dévoile, témoignages à l’appui, une chronique ordinaire de la maltraitance en EHPAD.

Quand le soin est chronométré

Les agents qui racontent leur quotidien dans La Montagne et Le Populaire du Centre « dénoncent l'impossibilité d'exercer leur métier en préservant la dignité et le bien-être des personnes dont ils ont la charge » comme le souligne Julien Rapegno, qui a réalisé ce reportage édifiant.

En premier lieu, revient sans cesse la dictature du chronomètre : « on ne peut consacrer que sept minutes à une toilette […] Le soir, on a quarante minutes pour faire manger dix à douze résidents, à deux agents. Il y a des risques de fausse route » comme l’explique un soignant anonyme.

C’était mieux avant ?

Les plus anciens soutiennent, quant à eux, « que les personnes âgées étaient bien mieux considérées et prises en charge il y a trente ans (…) que le niveau de dépendance des résidents, qui arrivent plus âgés, ne cesse de s'accroître et nécessite une plus forte prise en charge, sans qu'il y ait les moyens humains en face ».

Rappelons que dans son rapport, commandée en urgence après le conflit social historique des Opalines*, la députée Monique Iborra avait fait de l’inadaptation des EHPAD à sa « nouvelle » population, la cause profonde de leur malaise. 

« Je préfère retourner à l’usine »

Nathalie Teste, représentante CGT compare, quant à elle, dans les mêmes colonnes, les situations française et allemande. Chez nos voisins, on compte ainsi « un soignant par résident » contre un pour huit dans notre pays. Il en découle naturellement des dysfonctionnements : « on ne peut donner qu'une douche toutes les trois semaines […] certaines personnes sont couchées à 17 heures chaque jour et sont laissées jusqu’à 14 heures dans leur lit, ce qui favorise les escarres. On n'a pas le temps de leur parler pour les aider à s'endormir, la consigne c'est de leur donner des anxiolytiques ».

Enfin, ici aussi, les conditions de sécurité nocturne sont dénoncées, la plupart des EHPAD ne disposant pas d’infirmier et encore moins de médecin de garde.

A Nathalie Teste de rappeler et de conclure « on a deux fois plus d'arrêt maladie que dans le BTP. L'autre jour, une aide-soignante m'a dit : Je préfère retourner à l'usine », propos symbole d’un inquiétant « turnover » et du désarroi des personnels.

*EHPAD en grève pendant près de 3 mois entre avril et juillet pour dénoncer la dégradation des conditions de vie des pensionnaires et de travail des personnels.

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Deshumanisation

    Le 22 décembre 2017

    Bien sur...! Chaque établissement est un numéro du super trust gestionnaire..! (Korian..etc )
    Des employés, un responsable local, des décisions de groupe...etc.
    Plus aucune proximité entre un "patron" concerné et ses "clients" (à l'ancienne).
    C'est comme pour Vinci, Foncia...etc. C'est pas des magasins ou établissements d'état comme dans l'ancien bloc de l'Est mais c'est pareil ! Plus de "propriété privée" individuelle !
    Deshumanisation.

    Dr Xavier Rollin

  • Peur d'y aller...

    Le 26 décembre 2017

    Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai peur d'y être institutionnalisée... où que ce soit, dans ces "usines de "p'tis vieux" où j'ai exercé.

    J'ai connu les grandes salles communes avec 8 lits dans une salle commune, les chaises où on les asseyaient faute de fauteuils, les couches de draps à terre sous les chaises pour "absorber" car les "couches" étaient peu répandues. La lutte incessante contre des escarres qui les dévoraient.
    Et cette odeur qui s'impregne sur vous, vos cheveux, votre peau et vous reste dans les narines même les jours de repos. Seule une tartine à la moutarde vous donnait un peu de répit olfactif jusqu'à la reprise.
    Depuis le matériel a bien évolué... mais il coûte. Alors on baisse la présence humaine. A quand les robots ? Ils pratiquent l'euthanasie aussi ?

    " Ne vieillissez pas, c'est trop moche" m'avait dit un jour une veille dame. " Je ferais ce que je pourrai... ".

    Charlaine Durand

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