EHPAD : nouveaux témoignages accablants

Paris, le mardi 9 janvier 2018 – De nouveaux témoignages de soignants sont venus étoffer, ces derniers jours, le dossier déjà bien fourni visant à signaler l’état dégradé des EHPAD*.

Connaissez-vous la toilette VMC ?

Le 2 janvier dernier, Christine Renato, infirmière en EHPAD, a révélé sur France 3 l’acronyme étonnant qu’elle a lu dans des rapports internes établis dans l’institution où elle exerce : toilette VMC pour « visage, main, cul… ». Un nettoyage  « express » en lieu et place de la douche administrée, désormais, moins d’une fois par semaine.
Quelques jours auparavant, sur le site Infirmiers.com, une autre soignante livrait ce récit édifiant « nous n'avons plus le temps d'écouter les patients, de leur tenir la main (…). Le sac plastique et une double couche sous le patient pour éviter de changer tout le lit oui, je l'ai vu. La biscotte, le beurre, la confiture le tout dans le café et on mélange, ouvrez la bouche madame, oui je l'ai vu (…). On ne nous donne plus les moyens de travailler correctement (...). Aujourd'hui, je n'en ai juste plus la force ».

Une usine d’abattage

Enfin le 4 janvier, Mathilde Basset adressait une lettre ouverte au ministre de la santé après avoir « rendu sa blouse ».

« C'est avec dégout et la boule au ventre que je quitte ce radeau de la méduse (…). Au sein de l’EHPAD où j’exerce qui comprend 99 résidents sur trois niveaux, nous tournons à 3 infirmières (matin, journée et soir) en semaine, à deux (matin, soir) les week-ends, les jours fériés, les vacances et en cas d'arrêt. Bien que situé dans un hôpital [Centre Hospitalier du Cheylard en Ardèche NDLR], l'EHPAD n'embauche pas d'infirmière de nuit faute de budget (…). Je suis stressée donc stressante et à mon sens, maltraitante. Je ne souhaite à personne d'être brusqué comme on brusque les résidents. (…) Je suis dans une usine d'abattage qui broie (…) les vies qu'elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche ».

« J'ai peur Mme la Ministre. Votre politique gestionnaire ne convient pas à la logique soignante. (…)Venez voir, rien qu'une fois. Moi je rends mon uniforme, dégoutée, attristée » concluait-elle enfin.

Espérons que ces interpellations poignantes recevront, enfin, l’écho qu’elles méritent.

*Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes

Frédéric Haroche

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Vos réactions (2)

  • Aurez-vous la chance de vivre dépendant et de faire cette expérience ?

    Le 09 janvier 2018

    Oui le témoignage de l'infirmière ce dessus est plus que vrai. Et cela dure depuis que les EHPAD existent. Les conditions vont de mal en pis. J'ai fini par démissionner.
    Mais il ne faut pas s'inquiéter, les produits chimiques "tassent" les résidents et ainsi chacun y trouve son compte: les labos, le personnel et les actionnaires. Si un résident refusait de manger cette bolée si bien notée par ma collègue ci dessus et qui est au menu des 3/4 des EHPAD (café, biscottes, confiture et beurre, le tout mélangé et "avalez madame") ? En cas de refus, la soignante force et un résident qui recrache se voit insulter ou pire encore, il faut du rendement avant tout! Et lors de la visite du médecin cette résidente sera déclarée "violente" et on lui administrera un "petit calmant"
    LA HONTE et cela au dit et su de tous.

    Il ne sert à rien de redire, seule la personne résidente en souffre et ne peut s'exprimer.
    Aurez-vous la chance de vivre dépendant et de faire cette expérience ?

    Marie-Jo Thoraval

  • Ce qui est décrit est rigoureusement exact

    Le 10 janvier 2018

    Je suis hallucinée de ce que je constate à Korian où se trouve ma mère. Tout ce qui est décrit est rigoureusement exact. Je suis infirmière réfèrente en ehpad, à la retraite et je suis atterrée et impuissante à changer quoique ce soit. Ajoutez à tout cela les insultes le mépris les vols de vêtements ou de produits de toilette ! Et pas de possibilités de transfert car aucun n'accepte cette dame de 85 ans avec cognitif abîmé.

    X (IDE)

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