Eliminer les hépatites B et C en France : ambitieux mais possible

Paris, le mardi 8 février 2022 – Dans son dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire consacré aux hépatites B et C, Santé Publique France estime que ce deux maladies sont en voie d’éradication.

En mars 2018, en adoptant son plan Priorité prévention, le ministère de la Santé se fixait comme objectif d’éliminer l’hépatite C d’ici 2025 et de réduire fortement l’incidence de l’hépatite B d’ici 2030. Près de quatre ans après, à travers son dernier Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, Santé Publique France se propose de faire un premier bilan d’étape et se montre plutôt optimiste. « L’élimination du virus de l’hépatite C (VHC) en France d’ici 2025 est un objectif de santé publique ambitieux, mais atteignable ; le contrôle durable du virus de l’hépatite B (VHB) dans les mêmes délais est possible, mais exigeant » résume le Pr François Dabis, épidémiologiste à l’université de Bordeaux.

Chute de la morbidité liée aux hépatites chroniques B et C

Ainsi, quasiment tous les chiffres relatifs à l’incidence, à la morbidité et à la mortalité des hépatites B et C sont en forte baisse ces dernières années. Environ 0,3 % des Français étaient porteurs du VHB ou du VHC en 2016, contre 0,65 % de contaminés par le VHB et 0,53 % par le VHC en 2004. Santé Publique France a procédé à une analyse des causes d’hospitalisation et de décès hospitaliers entre 2005 et 2020 pour évaluer l’importance des hépatites chroniques B (HCB) et hépatites chroniques C (HCC). Durant cette période, 0,4 % de tous les patients hospitalisés en France souffraient de HCC et 0,2 % de HCB, avec une baisse constante tout au long de la période.

L’étude de Santé Publique France distingue les personnes hospitalisées avec une HCB ou une HCC et ceux qui sont admis pour une HCB ou une HCC, c’est-à-dire ceux pour qui l’hépatite ou une de ses complications est la cause première de leur hospitalisation. Entre 2005 et 2020, 37 600 patients ont été hospitalisés pour une HCB, avec une nette diminution depuis 10 ans (4 700 en 2009 contre 1 350 en 2020). Sur la même période, 85 700 sujets ont été hospitalisés  pour une HCC avec ici une baisse encore plus marquée : ils étaient 14 700 en 2006 contre 1 700 en 2020 (diminution de 88 %). Les hospitalisations pour HCB et HCC diminuent plus nettement chez les hommes, même s’ils restent majoritaires parmi les malades : 71 % des sujets hospitalisés pour HCB et 63 % pour HCC sont des hommes.

Le vaccin et les AAD, armes principales contre les hépatites B et C

Au total, 2 133 personnes atteintes de HCB sont décédées à l’hôpital entre 2005 et 2020. Le nombre de morts hospitaliers annuel par HCB a diminué de 43 % sur cette période, mais moins vite que la morbidité, ce qui a provoqué une hausse de la létalité (4,1 % en 2005 contre 6,2 % en 2020). Même constat pour les victimes d’HCC : le nombre de morts a fortement diminué (526 morts en 2005 contre 220 en 2020), mais la létalité a fortement augmenté (3,6 % en 2005, 12,9 % en 2020). 96 % des personnes mortes de HCB ou HCC présentaient une complication comme une cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire (CHC).

Cette baisse importante de la morbidité et de la mortalité due aux hépatites est le fruit du renforcement du dépistage mais surtout de la vaccination contre le VHB (90,5 % des enfants nés en 2019 étaient vaccinés) et de l’arrivée en France en 2014 des antiviraux à action directe (AAD), qui présentent une efficacité de 95 % pour guérir l’HCC.

A l’occasion des premiers « États généraux » de l’hépatite B en 2019, plusieurs propositions ont été formulées pour améliorer la prise en charge des malades et accélérer l’éradication de la maladie, notamment le renforcement de la vaccination, avec un rattrapage à l’adolescence. Doit également être accentuée la collaboration avec les pays en voie de développement, pour leur donner accès au dépistage et aux vaccins. Pour le Pr Dabis, « la route est encore longue, mais les perspectives de réussite sont sérieuses ».   

Quentin Haroche

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