Emotion et interrogations après le suicide d’un chirurgien à l’hôpital Avicenne

Bobigny, le mardi 5 février 2019 – L’hôpital Avicenne a été dimanche le théâtre d’un drame qui a bouleversé l’ensemble des équipes. Le Professeur Christophe Barrat, âgé de 57 ans, chef du service de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis s’est donné la mort en se défenestrant. Immédiatement, la direction de l’établissement a rendu hommage à ce praticien réputé « respecté et apprécié de ses équipes ». Très vite, il a par ailleurs été indiqué de différentes sources que le médecin souffrait d’un cancer.

Cependant, à cette situation personnelle douloureuse, s’ajouterait également un contexte professionnel complexe comme a tenu à le rappeler le docteur Christophe Prudhomme de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). Ce dernier a esquissé les contours d’un contexte qui évoque celui mis en avant pour tenter de comprendre les circonstances du suicide du professeur Jean-Louis Mégnien à l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) en 2016. Ainsi, Christophe Prudhomme a rappelé que le service de chirurgie viscérale de Jean Verdier « l’un des meilleurs de France » que dirigeait le professeur Barrat a été fermé il y a quatre ans pour « être regroupé avec celui d’Avicenne ». A cette décision administrative qui a pu être difficile à gérer s’ajouterait un conflit récurrent entre le professeur Barrat et le chef de service de chirurgie générale, digestive, cancérologique, bariatrique et métabolique d’Avicenne. Compte tenu de ces éléments et alors que l’émotion soulevée par ce suicide a largement dépassé le seul cadre de l’hôpital de Bobigny, la CGT demande aujourd’hui la réalisation d’une enquête sur les risques psychosociaux au sein du groupe hospitalier. 

M.P.

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Vos réactions (3)

  • Les restructurations organisées par les administrations ?

    Le 06 février 2019

    Ce qui est peu connu, chez les réformateurs de nos hôpitaux à la recherche d’une révision des émoluments hospitaliers selon les jugements des patients, c'est que deux modalités d’exercice se présentent en concurrence ou en complémentarité:

    1-Première modalité : l’étude des maladies. C’est vrai pour la période des études de médecine, et c’est aussi vrai pour certains la période de réflexion sur l’exercice passé lors de la retraite. Certaines spécialités n’ont aucun contact avec les patients : anapath, biologie, administration, épidémiologiste.

    2-Seconde modalité d’exercice : soigner les malades. C’est la période de l’exercice hiérarchisé surtout en milieu hospitalier. Cette hiérarchie est plus ou moins supportable surtout si l’administration construit une équipe avec plusieurs médecins formés dans des CHU différents. Si certains migrent vers l’exercice libéral, c’est souvent (presque toujours) pour quitter une hiérarchie devenue insupportable.

    Les restructurations organisées par les administrations hospitalières sont à l’origine de très nombreuses démissions et même de quelques suicides. Ainsi Christophe Barrat, après la fermeture de son service Jean-Verdier pour une fusion avec Avicenne. Ainsi Jean-Louis Megnien à Pompidou. Lui aussi s’était jeté par la fenêtre de son bureau, suite à un conflit violent avec un autre professeur. Le chirurgien de Simone-Veil d'Eaubonne, lui, s’était pendu. Ils rare qu’un médecin se suicide. En général ils partent s’installer en privé là on exerce alors seul ou avec un associé mais sans aucune hiérarchie.

    Certains médecins tout en travaillant selon les deux modalités peuvent éprouver des préférences pour l’un des deux métiers : étudier les maladies et soigner des malades. La réforme de la rémunération devient, de ce fait, encore bien plus compliquée.

    Actuellement, les émoluments hospitaliers bruts (soins, enseignement, recherche) ne changent qu’au fur et à mesure de l’ancienneté. Ce sont les seuls qui puissent être modifiés non sans difficultés.

    Ces émoluments en échelons d’ancienneté nationaux ne changent pas selon la nature difficile ou non de l’exercice : les biologistes ont, sans nul doute, une vie plus calme que les chirurgiens.
    Mais leurs émoluments sont identiques. Personne n’y voit une possibilité de se diriger vers certaines spécialités.

    Ces émoluments en échelons d’ancienneté nationaux ne changent pas non plus selon l’emplacement géographique du futur exercice. Ce choix ne laisse pas indifférent. Entre Cannes ou Roubaix, les décisions sont vite prises par les conjoints. Dans d’autres pays les recrutements se font par annonces comportant les montants proposés par les conseils municipaux et qui varient selon les emplacements.

    Ces émoluments en échelons d’ancienneté nationaux ne changent pas selon non plus selon l’état des locaux hospitaliers plus ou moins désuets ou obsolètes. La visite préalable des locaux modifie sans nul doute les choix des nominés.

    De 90.009,89 euros annuels au 13ème échelon à 49.568,10 au premier échelon (auxquels s’ajoutent des indemnités d’engagement au service public exclusivement de 493,35 euros de 704,20 euros le cas particulier d’exercice dans plusieurs établissements :420,86 euros mensuels bruts).

    Encore plus compliquée cette usine à gaz de modifier les émoluments selon les avis des patients !
    Ne parlons pas du CS qui est identique dans les 32 spécialités. Les familles de médecins sont là qui conseillent les choix de carrière.

    Dr JD

  • Émoluments

    Le 09 février 2019

    Dans la fonction publique les salaires augmentent régulièrement avec l'inflation contrairement aux actes rémunérés en médecine de ville qui n'ont pas bougé ou si peu parfois depuis 30 ans! Si vous comparez l'évolution du prix d'une baguette de pain sur 20 ans et celui du CS chez les médecins libéraux vous comprendrez pourquoi la médecine est dans le mur...pour longtemps.

    Dr Marie-Odile Witz

  • Fréquence du suicide chez les médecins

    Le 16 février 2019

    Je suis étonné par la phrase "il est rare que les médecins se suicident".
    Je suis allé à une formation au cours de laquelle il apparaissait que le risque de suicide chez les médecins était supérieur à celui des salariés de France télecom.
    J'ai pour ma part été en contact direct avec 5 médecins qui se sont suicidés.
    Il semble que le suicide soit particulièrement fréquent chez les médecins, et peu "couvert" par les médias.

    JM Leveque

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