En France, l’immunité vaccinale plus rapide qu’ailleurs !

Paris, le jeudi 15 juillet 2021 – Dans les premières heures de la campagne vaccinale contre la Covid en France, une petite phrase du gouvernement avait suscité beaucoup d’ironie. Pour justifier la lenteur des premiers jours, il avait été asséné aux impatients qu’il ne fallait pas « confondre vitesse avec précipitation ». Aujourd’hui, avec l’instauration à marche forcée, en plein cœur de l’été, du pass sanitaire, il semble que le gouvernement ait oublié son propre conseil.

Des délais assouplis

Les dates annoncées par le Président de la République, Emmanuel Macron, lundi soir, soit un pass sanitaire s’imposant dans les salles de spectacle et les cinémas dès le 21 juillet, puis à partir du 1er août dans les cafés, restaurants, centres commerciaux et autres trains, sont rapidement apparues très ambitieuses. Tant et si bien que le gouvernement a dû accepter quelques souplesses. Il est demeuré néanmoins ferme en ce qui concerne l’application du pass sanitaire dans les restaurants dès le 1er août, malgré les demandes des représentants de ces établissements, de même que de guerre lasse, les professionnels du cinéma envisagent un recours pour protester contre le caractère très court des délais qui leurs sont imposés. Cependant, concernant les adolescents, pour lesquels la vaccination n’a été ouverte que le 15 juin, ce qui justifie une couverture encore restreinte (sans parler des considérations éthiques en jeu) et alors que la période des vacances rend la situation compliquée, le gouvernement a accepté de repousser au 30 août l’extension du pass sanitaire les concernant. De la même manière, pour les employés des lieux recevant du public, ils n’auront à commencer à présenter à leur employeur leur pass sanitaire qu’à partir du 30 août.

Une immunité importante une semaine après l’injection… mais pas encore optimale

Autre assouplissement, la vaccination complète ouvrira le droit au pass sanitaire une semaine après l’injection de la première dose et non plus deux semaines après. Cette petite particularité, qui différencie la France de ses voisins européens (et qui devrait probablement entraîner quelques couacs puisque pour voyager en Europe le délai de deux semaines continue à s’imposer même pour les Français !) n’a pas manqué de susciter une certaine ironie chez certains médecins. Sur Twitter, le journaliste et médecin, Jean-Daniel Flaysakier s’interrogeait ainsi faussement : « L’exception française : le monde entier dit que l’immunité atteint son maximum 14 jours après la deuxième dose… jusqu’à ce 13/07 chez nous on disait pareil. Mais ce soir nous passons à sept jours. Sans aucune étude étayant cette décision » commentait-il. Il corrigeait cependant quelques heures plus tard, en partageant le lien vers l’étude observationnelle de l’Institut Pasteur, publiée dans The Lancet ce 13 juillet*, qui a convaincu les autorités françaises de la possibilité de ce raccourcissement. Les travaux mettent en effet en évidence une efficacité des vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna sept jours après la seconde injection de 88 % contre la souche originelle, de 86 % face au variant Alpha et de 77 % face au variant Delta. Les autorités sanitaires françaises semblent considérer que la différence observée (l’efficacité des vaccins Pfizer/BioNTech, Moderna et d’AstraZeneca contre le variant Delta serait deux semaines après un schéma vaccinal complet de 90 %) n’empêche pas d’autoriser une certaine largesse. Bien sûr, certains verront dans ce choix un pragmatisme bienvenu mais d’autres regretteront que le gouvernement ait l’air de céder à une forme de précipitation dans sa volonté d’imposer le pass sanitaire ; ce que ceux qui restent encore réticents vis-à-vis de la vaccination pourraient estimer suspect.

Ce pass sanitaire accéléré fera cependant partie des différentes dispositifs du projet de loi qui vient d’être soumis au Conseil d’État et que les parlementaires examineront à partir du 21 juillet avec une certaine fébrilité. L’avant-projet dévoilé notamment par Le Parisien et Contexte prévoit évidemment l’obligation vaccinale des professionnels de santé et de plusieurs dizaines de professions (pompiers, aides à domicile…) en contact avec des personnes vulnérables. Les bénévoles intervenant auprès de ces dernières sont également concernés. Cette obligation, on le sait, entrera en vigueur à partir du 15 septembre et pourra en cas de non-conformité donner lieu à des sanctions qui pourront aller jusqu’au licenciement (… ce qui ne s’appliquera pas bien sûr aux bénévoles !). Le texte prévoit cependant qu’elle pourra être suspendue : « Un décret peut, compte tenu de l’évolution de la situation épidémiologique et des connaissances médicales et scientifiques, suspendre, pour tout ou partie de la population, les obligations prévues », signale le texte ; une précision qui bien sûr pourrait renforcer les suspicions de certains.

Quid du secret médical ?

Pour pouvoir satisfaire l’obligation qui leur est imposée, les personnels de santé pourront s’absenter sans aucun impact sur leur rémunération ou leurs jours de congés. Une règle similaire concerne déjà les personnels des établissements accueillant du public lorsqu’ils se rendaient à la médecine du travail. Désormais, cette absence sans dommages vaudra également pour les vaccinations en centre. Cependant, dans ce cas, le respect du secret médical pourra être plus difficile : la présentation d’un justificatif émis par un centre de vaccination renseignera en effet immédiatement l’employeur. La préservation du secret a été davantage pensée en ce qui concerne la vérification par l’employeur du pass sanitaire. Les outils permettront uniquement de confirmer que le pass est valide et ne révéleront pas si la personne a été vaccinée ou si elle a été l’objet d’un test récent négatif (ou d’une infection récente). Si une telle confidentialité est indispensable, on imagine cependant que certains salariés vaccinés choisiront rapidement de présenter leur certificat de vaccination plutôt que d’être soumis deux fois par semaine à la vérification de leur pass sanitaire ! En tout état de cause, le texte de loi devra être suffisamment solide pour qu’il ne puisse pas être considéré comme une obligation déguisée de vaccination pour travailler, ce qui pourrait être l’objet de recours de la part de certains syndicats. Est-ce la raison pour laquelle la fin de la gratuité des tests de détection de SARS-CoV-2 non prescrits et non imposés par une autorité administrative ne figure pas dans l’avant-projet ? Le texte détaille en tout cas les sanctions qui pèsent sur les responsables d’établissements qui ne procéderaient pas au contrôle quotidien du public et régulier de ses employés : 45 000 euros d’amende. Enfin, il comporte également, on le sait des dispositions sur le renforcement du contrôle de l’isolement et une prorogation de l’État d’urgence en Martinique et en Guadeloupe.

Ce nouveau texte est on le sait censé être une réponse à la quatrième vague liée au variant Delta. Cette dernière se confirme par la forte progression de l’incidence avec notamment ces vingt-quatre dernières heures deux fois plus de tests positifs qu’il y a sept jours. Cependant, dans les établissements de santé, la situation reste parfaitement sous contrôle. Mais les modélisations publiées par l’Institut Pasteur invitent à la prudence. Elles dessinent des scénarios inquiétants. « Lorsqu’on analyse l’ensemble des données recueillies dans les différentes régions, le nombre de reproduction effectif moyen Rd du variant Delta est estimé à 2.0 entre le 15 juin et le 5 juillet. Cela signifie qu’il faut actuellement 5.6 jours en moyenne pour que le nombre de cas Delta double ». Dès lors, deux approches sont utilisées pour Nous « pour anticiper la dynamique des cas et des hospitalisations dans les semaines qui viennent : un modèle de croissance exponentielle simple (…) un modèle mathématique plus sophistiqué qui prend en compte l’immunité naturelle et vaccinale, l’augmentation à venir de la couverture vaccinale ainsi que les dynamiques de transmission et les risques par groupe d’âge (…). Dans tous les scénarios, le nombre d’admissions à l’hôpital reste relativement faible le 1er août. Cependant, dans certains scénarios, on observe une croissance importante des hospitalisations courant août/septembre. Dans le scénario avec Rd=2.0, le nombre journalier d’admissions à l’hôpital pourrait atteindre mi-août les valeurs observées lors de la deuxième vague (novembre 2020), avec un pic début septembre dépassant largement la taille de la première vague (mars 2020). Dans le scénario avec Rd=1.8, on atteindrait un pic d’hospitalisations similaire à celui de la première vague courant septembre, avec un nombre de lits occupés en soins critiques substantiellement supérieur au pic de mars 2020 du fait d’une population plus jeune de patients hospitalisés. Dans le scénario Rd=1.5, le pic serait fin septembre avec une amplitude nettement moindre que celle des vagues précédentes » indique l’Institut Pasteur dans une récente présentation, n’oubliant cependant pas de préciser les nombreux biais de ces modélisations. Modélisations qui cependant, comme l’illustre l’instauration à marche forcée du pass sanitaire, semblent continuer à avoir une influence majeure sur les décisions politiques.

*https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2021.100171

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • attention aux modelisations

    Le 15 juillet 2021

    Nous devions avoir 400 000 morts quoiqu'on fasse cet hiver ...je me réjouis de voir qu'il n'en a rien été. je me réjouirait aussi de bon cœur de voir qu'on utilise un traitement sur des volontaires avec autant de rapidité qu'on vaccine même les non volontaires.
    Dr Anne Levry

  • Le style Haroche...

    Le 16 juillet 2021

    Un style militant. Des données médicales parsemées d'allusions insidieuses antigouvernementales. Personnellement je me contenterai des informations médicales, les tribunes politiques m'effondrent...
    Dr Castaing

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