En Martinique, la crise sanitaire révèle de fortes tensions dans la communauté médicale

Fort-de-France, le mardi 14 septembre 2021 – Même si elle n’est plus sous le feu des projecteurs en métropole, la situation sanitaire en Martinique demeure très préoccupante. La tension hospitalière, soit la proportion de patients hospitalisés atteints de Covid, connaît toujours des niveaux inégalés : 704 %, tandis que s’il a beaucoup diminué, le taux d’incidence demeure néanmoins élevé (297/100 000). Si le pic d’hospitalisation (avec près de 800 personnes) a été dépassé au tout début du mois de septembre, on compte encore aujourd’hui 608 personnes atteintes de Covid dans les établissements de l’Ile. Enfin, la mortalité du mois d’août a été dramatique avec 335 décès à l’hôpital, ce qui, « ramené à la population française, équivaut à plus de 60 000 morts » remarque la direction du CHU de Fort-de-France.

Vous n’êtes pas les bienvenues !

Pourtant, cette période dramatique n’aura pas été l’occasion d’une trêve, d’un apaisement des tensions qui traversent la Martinique. Ces tensions concernent tout d’abord son rapport conflictuel et complexe avec la métropole. Elles se sont manifestées la semaine dernière, quand le 9 septembre, des soignants venus de l’hexagone en renfort ont été accueillis par des insultes. « Vous n’êtes pas les bienvenus ! » et « Assassins » ont notamment été lancés, tandis que des manifestants ont brandi des drapeaux indépendantistes. D’autres protestataires ont encore dénoncé : « On nous dit qu'on est confiné pour que vous alliez sur les plages » faisant allusion au fait que certains responsables de mission ont invité les soignants en renfort à profiter des beautés de l’île pendant leur moment de repos. Bien sûr, immédiatement, l’Agence régionale de Santé et le préfet de la Martinique ont condamné ces propos, mais ont assuré qu’ils ne reflétaient pas la qualité globale d’accueil de la population martiniquaise.

L’Ordre accusé d’euthanasie

Cependant, si les manifestations d’hostilité vis-à-vis des soignants venus de métropole ont été effectivement rares, il existe sur l’île un climat délétère au sein de la communauté médicale. Les épisodes de tension se multiplient en effet autour de la parole médiatique de certains praticiens. Ainsi, la présence sur le plateau de Martinique La 1ère de médecins ayant tenu des propos décalés concernant la prise en charge des patients et la vaccination a récemment donné lieu à un rappel du Conseil de l’Ordre. Ce dernier a notamment estimé auprès de la chaîne que les débats contradictoires n’étaient pas les bienvenus sur ces sujets. Voilà qui a suscité la colère d’une dizaine de praticiens s’exprimant anonymement dans les colonnes de France Antilles. « Les débats contradictoires devraient être interdits ? Depuis quand les médias doivent-ils demander l’autorisation pour faire leur métier, dénoncer ce qui ne va pas ? C’est juste intolérable ! » se sont indignés ces médecins. Mais surtout, dans cette page que leur a ouverte France Antilles, ces médecins dénoncent la diffusion par l’Ordre des médecins d’un protocole qui rappelle les bonnes pratiques à suivre pour la prise en charge des patients en fin de vie à domicile atteints de Covid. Pour les praticiens qui s’expriment anonymement sous le titre sans nuance « Jamais nous n’aurions cru un jour recevoir du Conseil de l’Ordre des médecins un protocole pour faire mourir les patients ! », ce « protocole » s’apparenterait à de l’euthanasie. Par ailleurs, ils s’interrogent : « Pourquoi le Conseil de l’Ordre des médecins (COM) ne propose-t-il aucun protocole pour soigner les malades du Covid ? La seule pratique en cours consiste à prescrire du Doliprane aux malades puis à les renvoyer chez eux. Au mieux, ils guérissent seuls. Au pire : leur état de santé se dégrade et ils vont remplir les lits de la Meynard (…). Des traitements qui ont prouvé leur efficacité existent – l’ivermectine notamment – alors, pourquoi ne pas les utiliser ? Certains médecins ont eu le courage de les prescrire, ils ont été dénoncés par des pharmaciens ». Ils s’indignent encore « Pourquoi les protocoles proposés en Martinique ont-ils été décidés par le professeur Cabié (infectiologue au CHU de Fort de France, ndrl) alors que ce dernier ne fait même pas partie du bureau du COM ? ». Enfin, ils ne manquent pas de regretter que la stratégie vaccinale soit au centre de tous les discours officiels avant de conclure : « N’y a-t-il qu’un seul discours… le bon discours ? ».

Transparence contre anonymat de la désinformation

Le CHU de Martinique, ainsi visé à travers la citation du professeur Cabié, n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué qui en réponse à l’anonymat de la tribune de France Antilles décline le nom de tous les signataires dont ceux des médecins de l’unité de soins palliatifs, le CHU rappelle avec force : « que ces protocoles sont destinés à soulager la souffrance et améliorer le confort des patients ayant de graves problèmes respiratoires. Ces protocoles sont des protocoles nationaux, issus de la Société Française de Soins Palliatifs, publiés lors des retours d’expérience de la première vague de Covid. Ils ont été transmis au Conseil de l’Ordre des médecins de Martinique suite à de multiples questions des médecins généralistes aux équipes du CHU de Martinique ». Considérant le niveau de désinformation atteint comme calomnieux et alors qu’un signalement a été fait auprès du Procureur de la République, le CHU poursuit : « La Martinique endeuillée se réveille encore tous les matins par la litanie tragique des noms de personnes décédées du Covid, par la souffrance des familles, des amis et alliés. (…) Une poignée d’anonymes (médecins ?) opposés à la vaccination ignorent volontairement, derrière ces noms et ces chiffres, les derniers instants de ces personnes qui meurent dans les affres atroces de la sensation d’étouffement, quand ils respirent 40 fois par minute en détresse respiratoire asphyxique évoluant ensuite vers l’encombrement agonique. Jamais nous n’aurions cru lire un tel degré de désinformation, car en soins de ville comme à l’hôpital, l’accompagnement des personnes en fin de vie est une exigence morale, un impératif à l’apaisement des souffrances qui reste le devoir du médecin ». 

L’impasse de la vaccination obligatoire des soignants

Ces échanges témoignent de l’exacerbation des conflits et des grandes difficultés à transmettre une information cohérente et claire sur l’épidémie et sa prévention.

Dans ce contexte, la question de vaccination cristallise toutes les crispations. D’ailleurs, à l’aube de l’entrée en vigueur de la première étape de la vaccination obligatoire des soignants, les tensions ne sont que d’autant plus vives en Martinique où pas plus de 30 % des « acteurs » hospitaliers ont reçu une première injection. Si le 26 août, le ministre de la Santé avait laissé entendre la possibilité d’une dérogation pour les Antilles, l’Agence régionale de la Santé réfute l’idée d’une exception pour la Guadeloupe ou la Martinique et préfère parler d’adaptation. Aujourd’hui comme demain, des manifestations sont prévues aux abords du CHU.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • Haine racialiste

    Le 14 septembre 2021

    Ces manifestations sont le produit des mêmes ressentiments sociaux qu'en Métropole, exacerbés par la haine racialiste entretenue à l'encontre des Blancs, de ceux qui adoptent leur point de vue et de tout ce qui vient d'eux.

    Dr Raymond Arnoux

  • A pleurer

    Le 14 septembre 2021

    Le communiqué du CHU est un modèle du genre car il décrit très clairement et sans langue de bois la tragique réalité de certaines morts par COVID par asphyxie face à une poignée de soi-disant médecins courageusement anonymes, anti-vax et adeptes de l'Imervectine.

    Ces soi-disant médecins confondent euthanasie et protocoles de soins palliatifs destinés, non à tuer le patient, mais à soulager au maximum ses souffrances avant le décès en cas d'asphyxie intolérable.
    Je pense que ces soi-disant médecins n'ont jamais eu à gérer une fin de vie à domicile.

    FranceAntille est une SARL privée, mais Martinique Première est une chaine du service public. Problème !
    Par ailleurs, l'article nous apprend que pas plus de 30 % des acteurs hospitaliers sont vaccinés.
    Il me semble que la situation exige une réponse forte, très forte, des pouvoirs publics.
    S'il n'est pas possible, face à ces chiffres catastrophiques de vaccination du personnel de santé d'appliquer les normes métropolitaines à partir du 15 septembre, peut-être serait-il possible de trouver d'autres solutions localement comme une diminution significative de la rémunération mois après mois en l'absence de preuve de vaccination.

    Dr Thibault Heimburger

  • In Viro Veritas

    Le 15 septembre 2021

    Si j'étais avocat commis d'office pour défendre la colonisation dans les procès qu'on lui fait (à juste titre mais souvent à mauvais escient), j'insisterai sur son seul bienfait incontestable que représente la vaccination. Je citerai les Antilles françaises en contre-exemple. Enfin, je dénoncerai les manipulateurs d'opinion que l'on peut considèrer comme étant les complices du virus dans ces morts du COVID.

    Dr Pierre Castaing

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