Exclusif : Juppé serait le grand vainqueur de la primaire chez les professionnels de santé

Paris, le mercredi 26 octobre 2016 – Inédite, la primaire de la droite et du centre est une étape majeure de la campagne présidentielle compte tenu du paysage politique actuel, le vainqueur de cette primaire ayant de grande chance de s'installer à l'Elysée. 

L’électorat médical est comme l’ont mis en évidence des enquêtes successives plutôt marqué à droite (même si des nuances existent en fonction des modes d’exercice) et n’est presque jamais tenté par l’extrême droite. Les pharmaciens partagent cette tendance, tandis que les infirmières présentent une diversité plus marquée. Au-delà des différences, une large partie du monde médical, à l’instar d’une grande partie de la société, nourrit une déception profonde pour l’action menée au cours des cinq dernières années. Chez les libéraux, la rupture est entière avec la majorité actuelle. A l’hôpital, le regret de ne pas avoir vu les promesses faites il y a cinq ans pleinement appliquées est vif, tandis que la dégradation des conditions de travail n’a donné lieu à aucune réponse satisfaisante. Dans ce cadre, les primaires de la droite et du centre ne peuvent qu’interpeller la sphère de la santé, quelles que soient les convictions politiques de chacun.

Nicolas Sarkozy, le grand perdant

Les médecins sont longtemps apparus des fervents soutiens de Nicolas Sarkozy. Les enquêtes réalisées en 2012 sur le JIM et d’autres sites professionnels avaient ainsi mis en évidence que le chef de l’Etat conservait auprès des professionnels de santé une aura comparable à celle de 2007, tandis qu’il était clairement préféré à François Hollande. Cinq ans plus tard, la chute est vertigineuse. Le sondage réalisé sur notre site du 10 au 23 octobre auquel 740 professionnels de santé ont participé révèle que pas plus de 9 % des personnes envisageant de participer à la primaire accorderaient leur voix à Nicolas Sarkozy. Les enquêtes conduites auprès de la population générale illustrent également une déperdition de l’ancien Président de la République : le dernier sondage en date met ainsi en évidence que l’écart qui s’amenuisait entre Alain Juppé et lui se creuse à nouveau et ce même chez ceux que l’on considérait comme les noyaux durs du Sarkozysme (ceux qui se sentent proches du parti Les Républicains).

Copé inexistant, Fillon deuxième homme

Le faible pourcentage de professionnels de santé enclins à accorder leur voix à Nicolas Sarkozy est un reflet de leurs caractéristiques socio-professionnelles. Les sondages conduits dans la population générale ont ainsi mis en évidence le fait que les sujets diplômés sont davantage séduits par le maire de Bordeaux tandis que les non diplômés se tournent préférentiellement vers Nicolas Sarkozy. Cependant, la désaffection des professionnels de santé pour l’ancien chef de l’Etat va au-delà de celle que l’on devine dans les enquêtes d’opinion générale. Il faut noter de plus que chez les médecins, infirmières et pharmaciens, Nicolas Sarkozy n’est pas le deuxième homme de la primaire, mais le quatrième, ex-aequo avec Bruno Le Maire. C’est François Fillon qui joue le rôle de challenger d’Alain Juppé, avec cependant un très large écart avec ce dernier, puisqu’il n’est crédité que de 18 % contre 42 % pour le maire de Bordeaux. On notera encore la belle performance de Nathalie Kosciusko-Morizet créditée de 11 % (contre 4 % dans les enquêtes d’opinion générale) et la contre-performance de Jean-François Copé (2 %) devancé par Jean-Frédéric Poisson en dépit d’une proximité avec l’extrême droite habituellement rejetée par les professionnels de santé. Il est cependant possible que la bonhommie du personnage et ses divergences avec ses challengers aient pu séduire.

Les infirmières séduites par Le Maire, les pharmaciens par Kosciuszko-Morizet

Quelques différences se font jour en fonction des professions. Deux éléments invariables se confirment : la préférence pour Alain Juppé chez les médecins (41,5 %), les pharmaciens (44 %) et les infirmières (32 %) et le rejet de Nicolas Sarkozy (respectivement 10,2, 8,4 et 10,7 %). Mais des variations concernent la hiérarchie des autres candidats . Chez les médecins Nicolas Sarkozy est également dépassé par Jean-Frédéric Poisson crédité de 12,8 % des intentions de vote. Chez les pharmaciens, Nathalie Kosciusko-Morizet apparaît très appréciée (en raison de ses différents discours sur le numérique ?) et talonne François Fillon avec 15 % des intentions de vote. Enfin, chez les infirmières, l’enthousiasme pour Alain Juppé est plus modéré, ce qui profite à Bruno Le Maire qui recueille 21 % des "suffrages ".

Juppé : les mauvais souvenirs balayés

Ainsi, Alain Juppé apparaît comme le grand vainqueur de ce sondage, affichant une très large avance sur ses concurrents. Un tel score était inimaginable pour ceux des praticiens qui en 1995 laissaient exploser leur colère dans les rues de France contre la réforme de l’Assurance maladie du premier ministre qu’il était à l’époque. Comment en vingt ans l’hostilité si franche s’est-elle muée en une telle confiance ?

D’abord, les professionnels de santé sont-ils sans doute sensibles au changement affiché par le patriarche des Républicains. Alain Juppé n’a d’ailleurs pas manqué de formuler à plusieurs reprises ses regrets quant à la façon dont sa réforme avait été mise en œuvre à l’époque. « L'histoire de mes relations avec vous, médecins libéraux, n'a pas toujours été un long fleuve tranquille. C'est un doux euphémisme », avait-il ainsi lancé à la Baule au début du mois de septembre devant un parterre de praticiens avant de reconnaître ses manquements. « Nous ne nous sommes pas compris parce que je ne vous ai pas suffisamment parlé et parce que je ne vous ai pas suffisamment écoutés. Je ne reproduirai pas cette erreur ». Mais l’"enthousiasme" suscité par Alain Juppé chez les professionnels de santé ne s’explique sans doute pas uniquement par cette prise de conscience affichée par le maire de Bordeaux. Ni même par sa promesse (partagée par tous les candidats à la primaire) de supprimer le tiers payant obligatoire ou encore par sa volonté (non partagée pour sa part) de ne pas transformer la fonction publique hospitalière. Bien qu’importants, les sujets de santé, l’organisation des soins ne constituent en effet généralement pas la première des priorités dans les choix électoraux des professionnels de santé. Une enquête réalisée sur notre site au printemps 2012 avait ainsi mis en évidence que le programme santé des candidats à l’élection n'était considéré comme un déterminant essentiel de leur choix que par 39 % des professionnels de santé. C’est au-delà, comme pour la majorité des Français, le bilan fait de la situation de la France, les propositions pour son avenir et son destin qui influencent la décision finale. Et il semble qu’à l’instar d’une grande partie de ceux qui participeront fin novembre à la primaire, les professionnels de santé considèrent que le discours d’Alain Juppé est le plus cohérent et le plus séduisant.

Discours sur la méthode

Cette enquête a été réalisée sur JIM.fr du 10 au 23 octobre 2016 auprès de 740 professionnels de santé inscrits sur le site.

Les résultats sont publiés sans aucun redressement.

Les répondeurs, bien "qu’auto-désignés", sont, selon toutes nos analyses antérieures, parfaitement représentatifs de l’ensemble de notre lectorat. Par ailleurs, la "représentativité" des lecteurs du JIM par rapport à la population générale des médecins, des pharmaciens et des infirmières est certaine : plus de 311 000 professionnels de santé sont inscrits sur notre site soit plus de 2 médecins exerçant en France sur 3 et plus d'un pharmacien sur 2.

De plus, de façon empirique, la comparaison des enquêtes en ligne conduites sur notre site avec des sondages portant sur des thèmes identiques réalisés par des institut utilisant la méthode des quotas a montré des résultats très proches.

Soulignons pour finir que les sondages réalisés par Internet sont désormais de plus en plus fréquents et que ce média aujourd'hui largement utilisé par les grands instituts de sondage n'introduit plus de biais significatif dans les réponses.

La rédaction



Aurélie Haroche

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Vos réactions (7)

  • Le pire candidat !

    Le 27 octobre 2016

    Je regrette de ne pas avoir participé à ce sondage; certes, je ne l'aurais pas bouleversé, mais je l'aurais transmis à un certain nombre de mes collègues qui pensent comme moi qu'Alain Juppé, en raison de ses antécédents catastrophiques (échecs répétés sur les plans économiques et sociaux, MICA, vente de Thomson pour un euro, arrogance, guerre en Libye, profil sociétal, etc.) est de très loin le pire de tous les candidats (de gauche [dont il fait partie], du centre, et de droite).

    DR JF. Warlin

  • Désabusée comme la plupart des français

    Le 30 octobre 2016

    Je suis du même avis que la personne du message précédent en ajoutant que je me demande si dans ce pays on tient bien compte de l'avis de tous les français et pour ma part je me demande pourquoi nous votons puisque les médias nous bassinent et décident pour nous en influençant ceux qui n'ont pas d'opinion en lançant des statistiques de vote à tout va.
    Pourquoi voter pour un président d'un âge avancé (71 ans) et posons nous la question sur sa santé. De plus je suis inquiète de savoir qu'une mosquée sera construite à Bordeaux alors que les problèmes économiques des communes voir des régions sont pas des moindres.

    Je suis désabusée comme la plupart des français par l'incohérence du gouvernement actuel et des futurs candidats qui ne nous sécurisent pas tant au niveau du chômage, de l'économie et surtout sur la santé dont je suis le témoin de la dégradation de la prise en charge des soins et des suites. Je suis entourée d'amis, de voisins, de la famille et bizarrement ils pensent comme moi, alors les statistiques !

    Signée une infirmière en soins après intervention ne sachant ce que va être son avenir professionnel et de citoyenne.

    Dominique Th.

  • Voilà un vrai programme pour redresser la France !

    Le 30 octobre 2016

    Grandement d'accord avec mes deux confères, Juppé est responsable du numérus clausus et du MICA, avec les conséquences de désertifications médicales qui font l'actualité.
    Ses faits de politique étrangère ne sont pas meilleurs, avec les conséquences que l'on constate de sa décision de fermer l'ambassade de France en Syrie.
    Quand à son programme politique de candidat, "l'amour triomphera des ténèbres et de la haine", voilà un Vrai programme pour redresser la France!

    Dr M. Lamarlère

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