Exclusif : la majorité des professionnels de santé pense partir à la retraite après 66 ans

Paris, le mercredi 28 août 2019 – La complexité et la sensibilité de la réforme des retraites que prépare actuellement le gouvernement s’illustrent par la diversité des orientations qui semble retenir l’attention des responsables de l’État. Ainsi, les digressions et réflexions autour de la question de la durée de cotisations et celle de l’âge "pivot" révèlent une probable hésitation de l'Olympe sur la méthode à suivre afin qu’elle soit (ou en tout cas paraisse) la plus juste et la plus indolore. 

Des soignants en dehors de la norme

Même si elle n’est pas unique, la détermination de l’âge du départ à la retraite reste centrale. Aujourd’hui, selon les statistiques de la Caisse nationale de vieillesse, l’âge moyen lors du début de la retraite est de 62,7 ans pour l’ensemble des Français. On le sait, la situation est très différente chez les médecins et au-delà pour l’ensemble des professionnels de santé, notamment ceux exerçant en libéral. Selon la Direction de la recherche des études de l’évaluation des statistiques (DREES), l’âge moyen de départ à la retraite des médecins est ainsi de 67 ans.

Une donnée parfaitement confirmée par les résultats d’un sondage conduit sur le JIM du 23 juillet au 19 août auquel a participé un nombre record de lecteurs (1 518).

A un âge proche de Mathusalem…

Selon cette enquête en ligne, plus de la moitié des professionnels de santé, 53 %, envisagent de se déclarer à la retraite après 66 ans. Les résultats laissent apparaître que l’indécision est assez rare en dépit d’un sujet soumis à de nombreux aléas (conditions de travail, de pensions, de santé, motivation…) : seuls 6 % des participants ont indiqué ne pas savoir à quel moment ils choisiront de mettre fin à leur exercice. On observe par ailleurs que seuls 10 % des professionnels de santé projettent de se conformer à la situation de la majorité des Français en s’octroyant leur retraite à 62 ans. De la même manière, les prévisions de départs précoces sont très rares : 5 % seulement pensent ne plus travailler dès avant 60 ans (3 %) ou à 60 ans (2 %).

Sondage réalisé sur JIM entre le 23 juillet et le 20 août sur JIM

Plus d’un médecin sur deux portera encore une blouse à 66 ans

Ces chiffres globaux masquent des disparités entre les professions. C’est sans surprise chez les médecins que l’on retrouve la plus importante proportion, 57 %, de professionnels envisageant la fin de leur activité après 66 ans. En outre, seuls 2 % des médecins projettent de ne plus travailler avant 60 ans (1 %) ou à 60 ans (1 %). On ne compte de la même manière que 8 % de praticiens qui devraient être à la retraite au même âge moyen (62 ans) que leurs patients.

Des infirmières plus proches de la moyenne des Français

La situation n’est pas parfaitement semblable chez les infirmières. La majorité de ces professionnelles (26 %) vise en effet un départ à la retraite au même moment que les Français (62 ans). En outre, 20 % des infirmières envisagent la fin de leur vie professionnelle avant 60 ans (5 %) ou à 60 ans (15 %). Néanmoins, la proportion d’infirmières qui pensent que la retraite sonnera après 66 ans est élevée puisqu’elle atteint 22 %. Ainsi, on compte quasiment la même proportion d’infirmières prévoyant un départ à 62 ans et avant (46 %), qu’après 62 ans (45 %). Les pharmaciens se situent sur cette question à mi-chemin entre les infirmières et les médecins. On retrouve comme chez les praticiens une majorité de candidats à une retraite tardive (après 66 ans pour 38 % des répondeurs). Cependant, la proportion de pharmaciens qui pourraient quitter la blouse à 60 ans (4 %) ou avant (7 %) est nettement plus élevée que chez les médecins.

Nos résultats semblent par ailleurs confirmer qu’outre la profession, le mode d’exercice a une influence sur la prévision de l’âge du départ à la retraite. Nos données (bien que parcellaires) le confirment. Ainsi, sur les 413 professionnels ayant indiqué qu’ils envisageaient de prendre leur retraite après 66 ans ayant renseigné un mode d’exercice unique (soit ville, soit hôpital), 35 % exerçaient à l’hôpital et 65 % en libéral.

Cœur ou raison ?

L’ensemble de ces données est une nouvelle démonstration d’une part des différences importantes entre les professionnels de santé et le reste de la population et d’autre part de la diversité des situations qui existent chez les soignants. La mise en évidence de cette hétérogénéité est un signal de la complexité d’une réforme à visée unificatrice et permet de comprendre les inquiétudes et les réticences des professionnels de santé. Enfin, cette enquête ne permet pas de connaître les raisons qui poussent les médecins et dans une moindre mesure les pharmaciens et les infirmiers à être si nombreux à envisager une fin d’exercice si tardive. Faut-il y voir le refus d’abandonner un métier qui demeure pour beaucoup une passion ? Ou au contraire une décision contrainte liée aux problématiques de désertification médicale ou à une inquiétude quant à la différence de revenus entre la vie active et la retraite ? Autant de questions qu’une réforme ne doit pas éluder.

En tout état de cause, elles seront probablement exprimées en filigrane lors de la manifestation du 16 septembre à laquelle un nombre croissant de professionnels de santé libéraux a prévu de prendre part.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • Motif d’une telle différence libéraux-salariés

    Le 28 août 2019

    Si nous voulons comprendre les raisons de l’écart entre l´âge de départ en retraite des libéraux versus celui des salariés il faut s’intéresser à la face cachée de cette décision.

    Entré tardivement dans le monde du travail dignement rémunéré (les années de facultés n’étant pas à proprement parler rémunératrices mais simplement compensatrices du temps consacré) le praticien construit sa vie de famille entre 30 et 45 ans (achat de la maison, voitures, descendance...) ce qui nous amène benoîtement à devoir encore payer les traites à 65 balaies et assurer la fac du petit dernier à un âge canonique. Je ne vois dans ce départ tardif aucune abnégation ou sens du sacrifice, mais le logique tribut d’études longues et d’une décote sévère et brutale entre nos rentrées financières libérales et la retraite promise qui divise par 5 nos revenus en général. J’en connais même qui envisagent de mourir en scène dans une ultime prise de tension pour ne jamais avoir à manger de salsifis en salade ou nouilles à l’eau.

    Dr Luc Caniggia

  • Genre des mots ?

    Le 29 août 2019

    Au mot "médecin" est sous entendu les hommes et les femmes médecins?
    Au mot "infirmière": est-ce aussi le cas ? pourquoi ne pas avoir écrit infirmier(e)s?

    Valérie Ghyselen

  • En catimini

    Le 29 août 2019

    On est en train de nous préparer à une retraite à 70 ans sans compensation. Pourquoi pas 70 ans; mais nous avons cotisé suffisamment pour partir décemment à 65 ans. La logique voudrait qu’on la touche à 65 ans et que la poursuite de l’exercice augmente la rente en fonction des cotisations générées, pas pour combler le déficit généré par les régimes spéciaux en faisant main basse (à la Delevoye) sur notre épargne (Carmf) et nous obliger ainsi à souscrire des fonds de pension (enrichir les assureurs) qui ont l’opportunité, eux, de faire faillite sans respecter leurs engagements (cf USA).
    Ne pas céder et réagir!

    Dr Jean-Pierre Barbieux

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