Exclusif : la moitié des professionnels de santé favorables à un maintien en l’état du passe sanitaire

Paris, le jeudi 28 octobre 2021 – La prolongation de la possibilité de recourir au passe sanitaire fait l’objet aujourd’hui d’un débat en séance plénière au Sénat. Les discussions, nous l’avons déjà évoqué hier, devraient être vives. Elles ont ainsi débuté par cette affirmation de la sénatrice socialiste Marie-Pierre de la Gontrie qui, s’exprimant au nom de son groupe, a considéré que le passe sanitaire « n’a plus de raison d’être en métropole ». Cette déclaration fait écho à la remarque hier du sénateur Bernard Jomier, qui en commission des affaires sociales a interrogé le ministre de la Santé « On a du mal à comprendre ce que vous attendez de la prolongation du passe sanitaire ». Or, parallèlement à la constatation faite par beaucoup (dont le Conseil scientifique) de l’épuisement des effets sanitaires du dispositif (notamment sur le taux de vaccination), certains invitent à ne pas complètement sous-estimer son impact sur les libertés publiques. Ainsi, la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) met en garde contre un « risque d’accoutumance ».

Moins de 30 % des professionnels veulent abolir le passe

Pourtant, Olivier Véran a hier fermement défendu le passe. « Nous n’avons pas suffisamment de recul à ce stade pour pouvoir nous priver d’un outil qui est fonctionnel et qui est très bien accepté par les gens », a-t-il ainsi lancé. L’acceptation du dispositif semble en effet établie (tout au moins chez les professionnels de santé), ainsi que la conviction de la nécessité de laisser disponible cet outil face à l’incertitude des semaines et des mois à venir, qu’il s’agisse d’une reprise épidémique liée à l’hiver ou de l’arrivée d’un nouveau variant.

Tels sont les enseignements du sondage réalisé sur notre site du 11 au 26 octobre. Ainsi, 50 % des professionnels de santé considèrent que face à une situation épidémique inchangée par rapport au 10 octobre (où le nombre de cas quotidien ne dépassait pas 5000) d’ici le 15 novembre (qui était la date butoir initiale), le passe sanitaire devrait être maintenu en l’état.

Sondage réalisé sur le site JIM.fr du 11 au 26 octobre 2021

A contrario, 29 % des professionnels se prononcent en faveur d’une abolition de cet outil, quand 8 % préconisaient sa suspension (se réservant sans soute la possibilité d’une réactivation en cas de flambée) et 13 % un assouplissement (soit territorial, soit en fonction des lieux visés).

Plus inquiets par l’épidémie que par le recul des libertés publiques ?

A l’instar d’Olivier Véran, il est probable que la moitié de professionnels de santé favorables au maintien du passe soit soucieux de pouvoir maintenir différentes mesures de contrôle, alors que l’avenir épidémique demeure (par nature) incertain. Mais s’ajoute sans doute également la conviction que contrairement à ce qu’une grande partie des opposants à la prolongation du passe assure, ce dernier n’a pas pour seule utilité l’incitation à la vaccination (objectif qui paraît aujourd’hui atteint, tandis que le passe n’a certainement que peu d’influence sur les derniers réticents et récalcitrants). Ainsi, Olivier Véran assure : « Nous estimons que le passe sanitaire et les mesures de jauges et de gestion qui sont encore en vigueur nous permettent de réduire de 30 % la circulation du virus. Sans ça nous serions bien au-delà de 5 000 cas par jour ». L’affirmation apparaît difficile à vérifier et des preuves scientifiques seraient sans doute nécessaires pour étayer ce chiffre de 30 %. En tout état de cause, les failles du passe sur la limitation de la circulation du virus sont nombreuses : les personnes vaccinées peuvent en effet elles aussi être infectées et transmettre le virus, tandis qu’un test valable pendant 48 heures pour obtenir le sésame laisse également une fenêtre importante de contagiosité possible pour les personnes testées négatives à un instant T. Néanmoins, outre cette éventuelle efficacité, même modérée, vis-à-vis de la circulation du virus, il n’est pas exclu que les lecteurs répondant à notre sondage, à l’instar du gouvernement, voient dans le passe un outil contribuant à maintenir la vigilance des populations et à rappeler l’existence d’une situation épidémique. La faible part de professionnels de santé plaidant pour un assouplissement, qui peut-être entendu comme une adaptation à la réalité territoriale épidémique et au niveau de vaccination, pourrait confirmer l’importance du rôle psychologique accordé en sous texte au passe sanitaire.

Les résultats de ce sondage révèlent enfin que les professionnels de santé pourraient n’être qu’une minorité à s’inquiéter des conséquences sur les libertés publiques de la prolongation d’un outil de contrôle des comportements, en se basant principalement sur l’argument du principe de précaution. On y lira certainement l’ampleur de la préoccupation des professionnels de santé vis-à-vis de crise sanitaire, qu’ils ont été les premiers à affronter. Mais certains y verront également une forme de confiance dans la solidité de nos institutions tandis que d’autres y liront un excès de naïveté, voire une renonciation consciente à une certaine conception de la liberté, sans y déceler de possibles risques pour la santé publique.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (10)

  • Propagande !

    Le 29 octobre 2021

    Votre sondage est scientifiquement biaisé, très orienté et présenté dans le titre de façon malhonnête comme une réalité, une vérité !
    On voit qu'il est là pour soutenir l'article qui appuie la position du gouvernement !
    Le sondage est effectué sur VOTRE site donc non représentatif du profil de tous les soignants. Il n'y a aucun descriptif quantitatif et qualitatif de l'échantillonnage.

    Du point de vue qualitatif, qui sont vos lecteurs et QUI a répondu à votre sondage? Comment a t il été fait ? QUI a eu intérêt à y répondre ? Rien ne laisse penser que votre panel est représentatif de la population soignante, voir même de vos lecteurs !
    Non content de manquer de rigueur scientifique, ou tout au moins de préciser que ce sondage ne prétend pas être représentatif, vous manquez aussi de finesse dans votre objectif: la propagande !
    Décevant !

    Shaâdya Hassenjee (IDE)

  • Orienté, vous avez dit orienté et partisan !

    Le 31 octobre 2021

    Vous ne pouvez admettre d’autre point de vue que le vôtre. Ce n’est pas ce qui attendu pour une ou un soignant.

    Dr Bernard Stéfani

  • Fadaises

    Le 31 octobre 2021

    Le principe de précaution est l'un des héritages maléfiques de la catastrophique duodécennie du malfaisant chirac. Si ce pernicieux président avait accédé au pouvoir cinq ans plus tôt, son principe (le sien serait plutôt celui de Peter avec un niveau d'incompétence atteint à l'âge de 8 ans), son principe, dis-je, aurait empêché l'essor de la coeliochirurgie, du moins en France où elle a été inventée par le Dr Mouret. Alors, s'il faut aller chercher de telles fadaises pour défendre la politique du gouvernement, c'est pitoyable.

    Dr JF Warlin

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