Exclusif : Les professionnels toujours très partagés sur l’obligation vaccinale contre la Covid-19

Paris, le mercredi 23 novembre 2022 – A une très courte majorité (52 %), nos lecteurs souhaitent le maintien de l’obligation vaccinale contre la Covid-19 pour les soignants.

Réintégrer ou ne pas réintégrer les soignants non-vaccinés contre la Covid-19, telle est l’épineuse question qui occupe depuis plus d’un an désormais la santé publique et où les postures sont bien souvent plus idéologiques que scientifiques. Récemment, le débat a été relancé par la décision du ministre de la Santé François Braun (personnellement opposé à la réintégration) de saisir la Haute Autorité de Santé (HAS) et le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour avis et par une proposition de loi de la LFI (rejeté en commission) visant à réintégrer les soignants non-vaccinés.

Un vaccin moins efficace que prévu contre les contaminations


Les termes du débat sont bien connus. D’un côté, les partisans de la réintégration rappellent que le vaccin est bien moins efficace contre les contaminations qu’on pouvait l’espérer lors de son élaboration et que dans un contexte de pénurie de soignants, l’hôpital ne peut pas se permettre de se passer des quelques milliers de médecins et d’infirmiers qui ont refusé de se faire vacciner. Ils appellent ainsi à prendre exemple sur l’Italie, qui vient récemment d’abandonner l’obligation vaccinale des soignants (et qui pourrait bientôt être suivi par l’Allemagne).

De l’autre, ceux qui souhaitent maintenir l’obligation vaccinale avancent que le vaccin diminue bel et bien le risque de contamination et que réintégrer les soignants suspendus, qui ne représentent qu’une goutte d’eau parmi l’ensemble des professionnels de santé, ne changerait rien à la crise de l’hôpital. Surtout, ils considèrent qu’en refusant de se faire administrer un vaccin sûr et efficace, ces soignants ont commis une faute éthique impardonnable.

Sondage réalisé sur JIM.fr du 5 novembre au 23 novembre 2022

Difficile de trancher entre ces différentes positions et l’inextricabilité de la situation se ressent dans le résultat de notre sondage, réalisé sur JIM entre le 5 et le 21 novembre. C’est ainsi à une très courte majorité (52 %) que nos lecteurs souhaitent le maintien de l’obligation vaccinale pour les soignants, tandis que 48 % souhaitent sa levée.

70 % des infirmiers favorables à la levée de l’obligation vaccinale


Une très nette divergence d’opinion apparait cependant entre les différents types de professionnels de santé sur la question. Ainsi, les médecins et les pharmaciens sont assez largement favorables au maintien de l’obligation vaccinale pour les soignants, à respectivement 60 % et 59 %. En revanche, chez les infirmiers, la volonté d’en finir avec cette obligation mise en place en septembre 2021 est assez massive : 70 % de nos répondants souhaitent l’abandonner et réintégrer les soignants non-vaccinés. Peut-être l’expression d’une solidarité professionnelle, car même si l’on ignore avec précision le nombre et le profil de ces soignants suspendus en raison de leur refus de se faire vacciner, on compterait parmi eux une forte proportion d’infirmiers (environ 500 selon la FHF).

La question de la réintégration divise jusque chez les pontes de la médecine hospitalière. Pour le Pr Djilali Annane, chef du service de réanimation à l’hôpital Raymond Poincaré à Garches, « continuer de stigmatiser la poignée de soignants qui refusent de se faire vacciner ne tient plus la route d’un point de vue médical, car on sait bien que les vaccinés qui n’ont pas fait leur rappel, qui n’est pas obligatoire, ne sont pas forcément mieux protégés que ceux qui ne sont pas du tout vaccinés ».

A l’inverse, le Pr Philippe Juvin, chef du service des urgences à l’hôpital Georges Pompidou et député LR, estime que « la réintégration des non-vaccinés serait une faute (…) il y a moins de 1 000 infirmiers suspendus, ce n’est évidemment pas ça qui va sauver l’hôpital public, l’état de décrépitude de notre hôpital ne doit pas nous pousser à accepter l’inacceptable ».

De l’art de poser des questions


Notons enfin que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le passage du temps et la banalisation progressive de l’épidémie ne poussent pas les professionnels de santé à plus d’indulgence envers les non-vaccinés, bien au contraire. Dans un sondage similaire réalisé en juin 2022, 54 % de nos lecteurs étaient favorable à la réintégration des soignants non-vaccinés, soit 6 points de plus qu’aujourd’hui.

Sans doute la formulation de la question a joué sur les résultats du sondage. En effet, alors que nous demandions en juin à nos lecteurs s’il fallait « réintégrer les soignants non-vaccinés suspendus », nous les interrogions cette fois sur une éventuelle « levée de l’obligation de la vaccination des soignants ». On en apprend donc presque autant sur l’opinion des professionnels de santé que sur l’art de rédiger des questions de sondage.

Quentin Haroche

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Vos réactions (2)

  • Et maintenant mainstream ?

    Le 26 novembre 2022

    Après les autorisations d'exercice professionnel conditionnées à l'adhésion aux dogmes religieux, voire des conformités à des doctrines politiques, arrivons-nous à la conformité au mainstream ?

    Dr J Hambura

  • Quand le ver est dans le fruit qui mange le fruit ?

    Le 27 novembre 2022

    1- Sur le plan scientifique : le maintien de l’obligation vaccinale des soignants n’a plus aucun substratum scientifique. Ceci peut expliquer le résultat équilibré 50/50, les avis divergeant exprimés : faute d’argumentaire factuel pour ou contre.
    • Bon courage à la HAS sollicitée pour en trouver un : nouvelle délégation de tache que l’on pourrait assimiler à une balle en touche. Prise d’avis légitime ou plutôt dilution des responsabilités ?
    On attend impatiemment ou redoute le résultat et surtout l’argumentaire attenant.
    • La question de l’impact vaccinal sur la transmission, si difficile à évaluer, non étudié dans les études pivots, est réglée en 2022 : faible ou nul
    • Le bénéfice individuel en termes de formes graves (objectif primaire) après 50-60 ans ou en cas de comorbidité(s) est établi. Le nier relève de l’inculture ou de l’idéologie.
    Force est de reconnaitre que ce point reste non établi rétrospectivement pour tous les autres, faute de stratification per ou post-hoc.
    • Constater la large implication des soignants dans n études partout dans le monde, biaisant au passage l’extrapolation des conclusions dans la population générale.
    2- Le substratum logistique ne résiste pas à l’ampleur des besoins humains en regard de la paucité des personnels concernés. Tout ceci est bien laborieux à chiffrer d’ailleurs.
    3- Le substratum « médecine du travail » argumentant de la protection des non vaccinés est hypocrite et fuyant.
    4- Un autre radio-crochet pourrait être informatif car il renvoie au seul problème, individuel et subjectif, HAS ou pas : « Accepteriez-vous de travailler avec un soignant non vacciné réintégré » : personnellement non, 2 ans et surtout quelques variants après. 2 ans, tout le temps de la réflexion puis des choix pour tous.
    Quand le ver est dans le fruit qui mange le fruit ?
    Qualifier d’« anti-vax » les réticences initiales était tout aussi stupide que de valider une stratégie vaccinale avant même la publication des 3 randomisations pivots (Dec 2020–Janv 2021).
    L’épreuve du temps était censée faire la différence entre les inquiets et les forcenés.
    • Par devoir de mémoire, je ne suis pas prêt à travailler avec les idéologues têtes de gondole et les quelques adeptes du Barnum : les « expérimenteux et génomeux ». Ceux qui dénonçaient la « dictature sanitaire ». Ceux qui évoquaient « les camps ». Ceux qui consultent France-Soir. Ceux qui ont tourné le dos à la science et aux faits en tentant de légitimer chaos et désobéissance civile. Les alternatifs acharnés de plan B, C ou D initialement séduisants. Ceux qui ont nié la réalité de la pandémie et de son impact.
    • La pédagogie a été faite, la littérature est pléthorique : ceux qui était censés être les conseilleurs ne peuvent se plaindre de ne pas avoir été conseillés, fusse par la « Doxa ». Triste exemplarité. Les territoires ultra-marins en ont été la caricature dramatique.
    Un retour à un exercice qui se situerait idéologiquement hors littérature, hors HAS, hors tout et tous est un gouffre même à grand renfort de « bienveillance » et « d’empathie ».
    L’acceptation du risque et sa gestion font partie du métier : risque de la maladie, du vaccin mais aussi … de son refus.
    • Par prise en compte du risque pour la cohésion, déjà très sollicitée, des équipes.
    • L’hypothèque du prosélytisme ne relève pas de la fiction mais renvoie à l’activisme potentiel.
    Ainsi la reconversion des professionnel(le)s concerné(e)s devrait être encouragée et accompagnée : au prix d’une couche de frustration supplémentaire, regrettable mais prévisible.
    5- Le substratum politique : il n’a, théoriquement, pas sa place ici ni en soins. Je peux supposer que celui qui a validé l’exclusion (à juste titre alors à mon avis) en temps que ministre de la Santé, n’est pas pressé pour annoncer la réintégration ou rentrer à Grenoble.
    NB : Q Haroche , évoquer "les pontes de la médecine hospitalière" est très tendance mais aussi très agaçant.

    Dr JP Bonnet, PH

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