Exclusif : une majorité des professionnels pour une vaccination obligatoire contre la grippe des soignants et sujets à risque

Paris, le mercredi 4 novembre 2020 – C’est un succès sans précédent dont les conséquences sont presque inquiétantes. Souvent boudée par les Français, y compris par les personnes à risque qui font l’objet de recommandations spécifiques et qui peuvent y avoir accès gratuitement, la vaccination contre la grippe est cette année très largement plébiscitée. A tel point que l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine estime que 80 % des officines sont aujourd’hui en rupture de stocks ! Ces chiffres sont bien loin de ceux avancés par le gouvernement, qui évoque pour sa part 18 à 20 % de pharmacies dans cette situation. La différence abyssale est sans doute à rechercher dans une prise en considération différente des livraisons programmées prochainement. Les pouvoirs publics semblent considérer qu’elles sont le gage d’une absence de rupture, quand l’USPO préfère ne pas les inclure dans son recensement, s’inquiétant notamment que les commandes passées ne soient pas suffisantes pour répondre aux demandes. Seul point d’accord entre l’USPO et le ministère de la Santé, les Français ont été très nombreux à répondre aux appels qui se sont multipliés pour que la couverture vaccinale dépasse très largement celle des années précédentes. « Nous avons vacciné en l'espace de quelques jours plus de Français que ce qu'on vaccine habituellement en plus d'un mois » a ainsi détaillé hier sur RTL, le ministre de la Santé Olivier Véran. Avec un tel rythme, les autorités pourraient peut-être remplir leur objectif d’une vaccination de 75 % des sujets à risque ciblés par les recommandations, alors qu’en 2019-2020, leur couverture vaccinale n’a pas dépassé 47,8 % (52 % pour les plus de 65 ans mais 30 % pour les personnes de moins de 65 ans présentant un sur-risque en cas de forme grave).

Les professionnels de santé toujours largement favorables à leur propre vaccination

Ainsi, il semble qu’en dépit de l’absence d’obligation, qui avait pourtant été souhaitée par certaines voix, notamment celles de l’Académie de médecine, la mise en garde quant aux risques que pourrait faire peser sur le système de santé la concomitance d’afflux de patients atteints de grippe et de Covid d’autre part a été entendue. La pertinence d’une obligation pour cette année reste soutenue par une majorité de professionnels de santé comme le révèle un sondage réalisé sur notre site en octobre et qui a compté 1 155 participants (un chiffre élevé qui témoigne de l’importance du sujet pour nos lecteurs).

Sondage réalisée sur JIM du 6 au 25 octobre

 

46 % des professionnels de santé se déclarent favorables à une vaccination antigrippale obligatoire de tous les soignants et de tous les sujets à risque (tandis que 2 % estiment que cette obligation devrait se limiter aux soignants exerçant en gériatrie et en EHPAD, 9 % à tous les soignants et 4 % seulement aux seuls sujets à risque). A contrario, l’idée d’une vaccination obligatoire de toute la population ne séduit que 20 % des professionnels de santé (alors que dans certains pays, notamment en Grande-Bretagne, la vaccination ne cible pas uniquement les professionnels et les sujets à risque mais aussi les enfants, afin d’obtenir une limitation de la circulation des virus grippaux).

Ainsi, en France, les professionnels de santé semblent plutôt considérer que le premier objectif de la vaccination doit être une protection individuelle, avant d’être épidémiologique. Néanmoins, on observe un niveau de conscience élevé des professionnels quant à leur risque de transmission aux plus fragiles, alors que jusqu’à aujourd’hui la couverture vaccinale des soignants contre la grippe restait restreinte (pour la saison 2018-2019 leur taux de couverture était estimé à seulement 35 %, avec des variations selon les professions, médecin : 67 %, sage-femme : 48 %, infirmier(e) : 36 %, aide-soignant(e) : 21 %). Pour autant, en dépit de ces taux relativement limités, les professionnels ne se sont pas convertis récemment à l’idée d’obligation les concernant. Un sondage réalisé sur notre site en janvier 2017 révélait ainsi que 64 % étaient favorables à une obligation de la vaccination antigrippale pour tous les soignants (notre sondage actuel établit cette proportion autour de 75 % quand elle s’applique à tous les soignants sans distinction).

Pas tort de faire confiance et de ne pas plaider le tout injonctif ?

Enfin, on notera que 18 % de professionnels restent hostiles à une vaccination antigrippale obligatoire quelle que soit sa cible. Doutes sur l’efficacité du vaccin, refus philosophique de la notion d’obligation, inquiétude quant aux conséquences d’une vaccination sur le maintien des autres mesures de prévention, les raisons d’une telle réticence sont nombreuses. Mais alors que la campagne semble rencontrer un succès inédit, en dépit de l’absence d’obligation, la réalité pourrait donner raison à ceux demeurant en retrait vis-à-vis des mesures impératives et qui préféraient faire confiance aux sens des responsabilités des professionnels de santé et des Français. Une leçon pour d’autres situations ?

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Preuves fragiles

    Le 06 novembre 2020

    La majorité des soignants est favorable à une vaccination obligatoire. Sur quels arguments ?

    Pour la revue "Prescrire" les preuves de l'efficacité de la vaccination grippale sont "fragiles".
    Sur 71 000 adultes en bonne santé vaccinées, la fréquence des grippes a été de 1% contre 2,3% pour les non vaccinés, sans incidence sur la fréquence des hospitalisations et complications.
    C'est un peu mince comme bénéfice. Avec le confinement actuel et les gestes barrières, une épidémie devrait être logiquement discrète.

    Toujours d'après "Prescrire" les effets secondaires du vaccin (fièvre, céphalées, myalgies) peuvent en imposer pour une Covid.
    Une raison pour ne pas se précipiter?

    Dr Jean-Jacques Perret

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