Face à la « guerre », une organisation des soins militaire

Paris, le mercredi 25 mars 2020 – L’hôpital de campagne, dont l’installation dans le Grand-Est avait été annoncée par Emmanuel Macron le 16 mars, est désormais opérationnel à Mulhouse. Ce dispositif qui compte 30 lits grâce au déploiement d’un élément militaire de réanimation reçoit cet après midi la visite d’Emmanuel Macron. Si ce déplacement suscite quelques interrogations (si certains considèrent qu’en tant que « chef de guerre » le Président de la République doit être le premier au front, d’autres jugent qu’il devrait donner l’exemple en respectant le plus possible le confinement), il témoigne de la gravité de l’épidémie dans cette région française, dont la flambée a été provoqué par un rassemblement évangéliste.

Ainsi, le Grand-Est a recensé 407 morts : plus d’un décès français sur trois (1 100 ont été comptabilisés selon le dernier bilan du directeur général de la Santé) est survenu dans la région, qui abrite seulement 8 % de la population de notre pays.

Médecine de catastrophe

Cette situation explosive a conduit on le sait à un dépassement critique des capacités des services de réanimation des établissements de la région. Aussi, des mesures chocs ont été déployées. Outre l’installation d’un hôpital de campagne, de multiples évacuations vers d’autres régions françaises et européennes ont été réalisées ces derniers jours, grâce aux moyens de l’armée. Dans ce cadre, pour la première fois demain, un TGV médicalisé va réaliser le transfert de trente patients des établissements de Strasbourg et Mulhouse vers d’autres villes françaises moins touchées. S’il s’agit d’une première, un tel dispositif avait été testé lors d’un exercice de médecine de catastrophe dans la nuit du 21 au 22 mai 2019.

Des applications pour trier les patients et suivre à domicile les cas les moins graves

Si de telles opérations témoignent d’une importante capacité de réaction, elles symbolisent également l’extrême tension des hôpitaux du Grand-Est. Afin d’éviter de telles ruptures, les régions qui parviennent encore sans difficultés majeures à faire face à l’afflux de patients préparent de façon militaire leurs équipes. De multiples dispositifs sont ainsi déployés. Plusieurs établissements ont ainsi mis en place des applications de "pré-tri" destinées aux patients afin d’éviter l’engorgement des services d’urgences, de pouvoir repérer plus rapidement les sujets à risque et de suivre à domicile les cas les moins graves. Ces logiciels qui existent de Paris à Marseille en passant par le Mans et plusieurs autres villes reposent sur les réponses à un court questionnaire sur son état de santé antérieur, son état civil et ses symptômes ; tandis que le suivi à domicile suppose de renseigner l’évolution de son atteinte régulièrement.

Des centres spécial Covid-19 à Toulouse

Les établissements ne se reposent pas uniquement sur les outils offerts par les nouvelles technologies. Outre la constitution de renforts, en s’appuyant sur le concours des étudiants (souvent chargés de prêter main forte aux régulateurs du SAMU) et des professionnels retraités, des filières sont également déployées. Ainsi, à Toulouse, quinze centres de consultation entièrement dédiés à la prise en charge de cas suspects de Covid-19 ont été ouverts ce lundi 23 mars. Cette structuration est le fruit d’une initiative de l’Ordre des médecins qui a pu être mise en œuvre grâce à un partenariat fructueux entre l’Agence régionale de santé (ARS), l’Union régionale des professionnels de santé libéraux (URPS), l’Ordre des infirmiers et la Mairie de Toulouse.

Appel solennel de Martin Hirsch

Pour certaines régions, cette phase préparatoire est dépassée. Ainsi, en Ile-de-France, le patron de l’Assistance publique / Hôpitaux de Paris (AP-HP) a lancé un message solennel ce matin, énumérant les garanties nécessaires essentielles pour permettre aux équipes d’affronter la crise qui s’annonce de plus en plus imminente. Il attend une mise à disposition optimale de respirateurs, alors que les recensements conduits par les équipes sur place ne sont pas parfaitement rassurants, une augmentation du nombre de soignants au sein des établissements, afin de prévenir l’épuisement, une reconnaissance de l’effort des personnels et enfin la garantie d’un approvisionnement sans faille en médicaments. « On peut y arriver, mais il faut que ces assurances soient là. C'est plus qu'un appel à l'aide. Je le dis avec solennité : jusqu'à présent, on tient, encore une fois. Il y a quelques temps, je pouvais dire : je vois ce qui va se passer dans un délai d'une semaine. Là, on est mercredi. Je sais que pendant les trois jours qui viennent, ça devrait aller. Mais je ne veux pas me retrouver ce week-end avec toutes celles et tous ceux qui font des efforts surhumains, à leur dire : on n'a pas tout fait, la France n'a pas tout fait, les moyens de vous soutenir, de vous aider et de vous donner des assurances n'ont pas été suffisants. On peut le faire ! » a-t-il lancé ce matin interrogé par France-Info.

Des cellules éthiques

Cette préparation « militaire » est destinée à limiter le plus possible les situations dans lesquelles, au-delà des critères habituels d’entrée en réanimation, des choix éthiquement difficilement supportables devraient être faits. Cependant, d’ores et déjà, pour soutenir les équipes face à des questionnements inévitables, plusieurs établissements ont constitué des cellules éthiques, comme le recommandait dans son avis du 13 mars le Comité consultatif national d'éthique. « Nous ne sommes pas un SOS éthique : nous ne sommes pas là pour donner des règles ni prendre la décision à la place des médecins qui seuls, ont connaissance du contexte », insiste à Marseille le responsable de l’espace éthique de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) cité par le Quotidien du médecin. « Nous sommes plutôt un lieu de formalisation des questionnements ; un regard extérieur bienveillant par rapport à l'équipe médicale, au patient, à la famille, qui permet de faire miroir, d'expliciter un dilemme, en l'éclairant si besoin par les principes généraux », ajoute encore le philosophe Pierre Le Coz.

Aurélie Haroche

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