Faut-il changer la politique de traçage ?

Paris, le mercredi 14 octobre 2020 - L’augmentation du nombre de personnes testées positives oblige l’Assurance maladie et l’ensemble des acteurs responsables des opérations de traçage des patients et de leurs cas contacts à une intensification de leur activité. Dans un bilan diffusé hier, l’Assurance maladie donne tous les gages de sa capacité à répondre à ce nouveau défi. Ainsi, les taux de personnes contactés présentés sont très élevés : 95 % pour les patients positifs et 92 % pour les sujets en lien avec ces derniers. De la même manière, l’Assurance maladie indique que 96 % des patients zéros et 81% des sujets contacts sont appelés dans les 24 heures qui suivent la confirmation du diagnostic des premiers.

Des partenaires multiples

Ces bons résultats sont le fruit d’une mobilisation sept jours sur sept, grâce notamment au recrutement de 8 750 équivalents temps plein et au soutien de différents partenaires (Mutuelle sociale agricole, Cramif, régime des Mines, Caisse des militaires, Service de santé des armées…).

Par ailleurs, l’Assurance maladie précise qu’elle s’appuie sur d’autres canaux d’informations (sms en amont de l’appel des personnes concernées, site internet…) afin de pouvoir gagner du temps et privilégier les communications plus longues avec les personnes les plus inquiètes et les plus fragiles.

Colère des médecins généralistes

L’Assurance maladie n’oublie pas dans ce bilan de rappeler le rôle incontournable des médecins généralistes et des professionnels de santé.

Pourtant, du côté des omnipraticiens, la tonalité est très différente et le satisfecit moins dithyrambique. « Depuis que les cas de Covid se multiplient de nouveau, nous alertons l'Assurance Maladie : ce système ne marche pas, les médecins généralistes traitants ne peuvent pas accéder aux fiches contact-Covid de leurs patients. Une fois créées par les cellules covid des CPAM, ces fiches sont en effet verrouillées. On ne peut pourtant y accéder que par Ameli Pro, portail sécurisé réservé aux professionnels de santé. Ce verrouillage des fiches contact-Covid ne sert donc à rien. À rien d'autre que nous empêcher de faire notre travail » tonne MG France dans un communiqué diffusé lundi qui tranche considérablement avec les messages de l’Assurance maladie.

Et si le traçage rétrospectif était plus efficace

Par ailleurs, les données de l’Assurance maladie ne permettent pas de réellement apprécier l’efficacité de ce traçage sur la réduction de la circulation du virus. Pour certains spécialistes, la pertinence de ce traçage prospectif pourrait être discutée alors que certains pays ont fait le choix d’un traçage rétrospectif. « Le fondement théorique vient du paramètre de dispersion, élevé pour la grippe (de dynamique homogène) et faible pour le #SARSCoV2 dont la dynamique est hétérogène, émerge en clusters et en événements super-propagateurs : 10 à 20 % des contaminations drivent toute la pandémie. Si 80/90 % des cas contaminent 0 ou 1 cas, on n’a pas à se fatiguer à travers leurs contacts. (…) En revanche, il faut tout mettre en œuvre pour stopper la propagation causée par les 10 ou 20 % restants (…). Comment faire ? Si je détecte un cas en routine, j’ai très peu de chance d’avoir affaire à un super propagateur. En revanche, la probabilité est plus élevée pour celui qui a contaminé mon cas. Surtout s’il l’a contaminé dans un lieu clos, bondé, mal ventilé, sans distance physique. Si le suspect est positif (…), vous convoquez tout le petit monde qui a côtoyé le cas index suspecté : quarantaines strictes, tests et si positifs, isolement (…). Seulement il faut aller vite », résume Antoine Flahault, spécialiste de la modélisation mathématique des maladies transmissibles (Genève). Cette méthode aurait par ailleurs pour avantage d’un repérage reposant sur des critères diagnostics et non pas seulement sur la positivité d’un test qui n’est pas toujours synonyme de contagiosité. Ce système, déployé par exemple au Japon, est par ailleurs plus réaliste en période d’augmentation du nombre de cas pour éviter un débordement des services de traçage.

Entendre de tels arguments supposerait cependant un total changement de paradigme et surtout d’accepter une plus large utilisation des tests de détection rapides, alors qu’on le sait sur ce point, la France reste timorée.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Bravo

    Le 14 octobre 2020

    La citation que vous faites d'Antoine Flahaut (qui ne m'a pas semblé avoir été aussi lucide précédemment) devrait être affichée dans les rues !
    Néanmoins, j'apporterais volontiers un petite modification à sa conclusion, en remplaçant " tests et si positifs, isolement" par : "isolement immédiat, puis libération si test négatif" !

    Dr Pierre Rimbaud

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