Foyer de botulisme : 15 cas suspects, un mort et une enquête ouverte

Bordeaux, le lundi 18 septembre 2023 – 15 cas suspects de botulisme ont été recensés chez les clients d’un restaurant bordelais. Une enquête préliminaire a été ouverte.

Cinq jours après le signalement des premiers cas suspects de botulisme alimentaire chez des clients du Tchin Tchin Wine Bar, un bar à vin de Bordeaux, le parquet de la cité girondine a ouvert ce vendredi une enquête préliminaire pour blessures et homicide involontaires, ainsi que pour des infractions aux règles d’hygiène alimentaire. Pour ces faits, le restaurateur, qui a lui-même préparé les sardines en conserve qui seraient à l’origine de ce foyer de botulisme, risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Ce sont au total quinze personnes qui auraient contracté le botulisme, une maladie neurologique rare mais extrêmement grave (entre 5 et 10 % de mortalité) après avoir consommé des sardines en conserve au Tchin Tchin Wine Bar entre le 4 et le 10 septembre dernier. Le Centre nationale de référence du botulisme de l’Institut Pasteur a pu confirmer le diagnostic de botulisme de type B chez plusieurs patients et la bactérie Clostridium botulinum, qui produit la toxine botulique à l’origine de la maladie, a été retrouvée dans les aliments suspectés.

Quinze cas dont un mort, tous de nationalité étrangère

Une femme de 32 ans atteinte de botulisme après avoir fréquenté cet établissement est décédée mardi soir dernier alors qu’elle était hospitalisée dans un hôpital francilien. Parmi les quatorze autres cas de botulisme, onze sont encore hospitalisés (huit en France, deux en Angleterre, un en Espagne) et six sont toujours en réanimation au CHU de Bordeaux. Ce bar à vin était particulièrement prisé par la clientèle anglo-saxonne et l’intégralité des personnes contaminées sont de nationalité étrangère. On compte notamment trois Canadiens et deux Américains parmi les victimes.

La période d’incubation du botulisme étant de huit jours au maximum et le lot de sardines contaminées n’étant plus distribué depuis le 10 septembre, aucun nouveau cas ne devrait a priori être découvert. Santé Publique France (SPF) continue cependant d’appeler toutes les personnes ayant consommé des sardines dans cet établissement entre le 4 et le 10 septembre et présentant des symptômes à contacter immédiatement un médecin ou à se rendre rapidement aux urgences. Un message qui a été relayé par plusieurs agences de santé publique à travers le monde, notamment en Irlande, au Canada et aux Etats-Unis.

Le restaurateur dans le viseur des enquêteurs

L’enquête ouverte ce vendredi a été confiée à l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la direction départementale de la protection des populations (DDPP). Une première inspection menée au sein du restaurant, qui n’avait jamais fait l’objet d’aucun signalement pour manquement aux règles d’hygiène, a conclu à « un défaut de fabrication » des sardines en conserve faites maison, la DDPP estimant que le restaurateur avait « un mode opératoire très artisanal qui n’était pas maitrisé ».

Ce dernier a d’ailleurs reconnu dans la presse régionale qu’il avait acheté « un lot de sardines stérilisées et qu’à l’ouverture, j’ai dû en jeter certaines qui avaient une forte odeur ». Son avocat rejette cependant toute faute de son client et affirme que ce dernier a « suivi les recommandations du fournisseur ». « A ce stade, je pense qu’il est trop tôt pour parler d’une démonstration scientifique d’un non-respect des règles d’hygiène » commente Maitre Stéphane Guitard, qui assure que son client collaborera « sans réserve » aux investigations.

Les cas de botulisme alimentaire, dus à une mauvaise conservation des aliments, sont extrêmement rares en France, puisqu’on ne compte qu’entre 20 et 30 cas par an. Le foyer survenu à Bordeaux est donc d’une ampleur exceptionnelle.

Quentin Haroche

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