Français, comment allez-vous ?

Paris, le mercredi 21 septembre 2022 – Après deux ans de pandémie (et avant celle-ci), comment vont les Français ? La question, particulièrement complexe, est posée par un long rapport de la Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques (DREES).

Une surmortalité liée à la Covid inférieure au nombre de décès associés à cette maladie !

Ce travail signale tout d’abord les conséquences de la Covid. « La période particulière de crise sanitaire due à l’épidémie de Covid-19 a entraîné une surmortalité estimée à 95 000 décès supplémentaires de mars 2020 à décembre 2021 ». On notera cependant que cet excès de mortalité est inférieur aux nombres de morts associés à la Covid recensés par Santé publique France (151 000) ce qui d’une part conforte dans l’idée, évoquée régulièrement, qu’une partie des décès est survenue chez des sujets pour lesquels la Covid n’a probablement pas été l’unique cause de la mort et d’autre part rappelle que la France est probablement un des pays dont le recensement des décès liés à la Covid a été le plus exhaustif (quand d’autres états présentent probablement une sous-évaluation). Par ailleurs, « les espérances de vie à la naissance et à 65 ans continuent de croître, malgré une baisse conjoncturelle en 2020 du fait de l’épidémie de Covid-19 ». On constate néanmoins que cette progression ralentit.  

Des troubles dépressifs en progression avec l’épidémie

Au-delà des décès, la DREES met l’accent sur « l’impact psychologique » de l’épidémie et des mesures qui ont été prises pour tenter de la maîtriser. Elle qualifie cet impact « d’important notamment chez les adolescents et les jeunes adultes, avec des syndromes dépressifs atteignant 22 % des 15-24 ans à la fin du premier confinement. Si les hospitalisations pour tentatives de suicide ou violences auto-infligées ont globalement diminué en 2020, on observe une très forte augmentation de ces hospitalisations en 2021 chez les filles et les jeunes femmes », note la DREES. Avant même la pandémie, les problèmes de santé mentale connaissaient une forte prévalence dans notre pays, avec une personne sur dix concernée par des symptômes évocateurs de troubles dépressifs. Toujours concernant les conséquences de la Covid sur la santé publique, la DREES suggère que la baisse de la consommation de tabac, qui est toujours en France la première cause de mortalité évitable, a connu un « coût d’arrêt » en 2020 « dans un contexte de crise sanitaire ».

Riches ou pauvres : les différences ont un poids avant même la naissance

Mais au-delà des répercussions de l’épidémie, la principale observation de la DREES concerne la persistance d’importantes inégalités sociales : les plus pauvres sont souvent les plus à risque différentes pathologies et d’avoir des comportements à risque. Les écarts s’observent avant même la naissance. Ainsi, on retrouve plus de tabagisme et d’obésité chez les femmes enceintes des milieux précaires que chez celles aux revenus les plus confortables ; ce qui peut expliquer en partie une plus forte prévalence de la prématurité et des petits poids de naissance (non compensée par un âge maternel souvent moins élevé).

Le cas en apparence paradoxal de certains cancers frappant plus les riches

L’enfance et l’adolescence voient ces écarts se creuser : 12 % et 3 % des enfants dont les parents sont cadres souffrent respectivement de surpoids et d’obésité en classe de troisième, contre 24 et 8 % des fils et filles d’ouvriers. Des inégalités s’observent également en ce qui concerne la santé bucco-dentaire (même si la tendance générale est à l’amélioration avec une progression de 12 points en 8 ans de la proportion d’adolescents indemnes de carries) avec 59 % d’enfants de milieu modeste sans caries, contre 77 % chez enfants des familles les plus aisées. Des habitudes de vie (notamment alimentaires) moins favorables au maintien d’une bonne santé prises dès l’enfance expliquent que ce sont chez les moins fortunés que l’on trouve les plus hautes prévalences de diabète, d’hépatites ou de pancréatites. La désertification médicale pénalise par ailleurs plus souvent les plus précaires. « Ainsi, dans les zones de faible densité médicale, le risque de renoncement aux soins est accru pour les personnes les plus défavorisées ; de même, l’accès aux unités neurovasculaires en cas d’AVC est moins fréquent pour les plus modestes et les différences d’accès entre les plus modestes et les plus aisés sont plus fortes dans les départements faiblement dotés en lits dans ces unités ». Cependant, pour certains cancers (sein et prostate notamment), on relève une plus forte prévalence chez les plus fortunés, ce qui pourrait être en partie liée à des dépistages moins fréquents chez les plus précaires : ainsi, 24 % des femmes de plus de 50 ans les plus riches n'ont jamais réalisé de mammographie (ou il y a plus de deux ans) contre 39 % des femmes les plus pauvres. On notera enfin que les inégalités sociales recoupent en partie des différences territoriales (avec une espérance de vie par exemple plus faible au nord de l’hexagone et des indicateurs souvent moins favorables dans les départements et territoires d’outre-mer qui sont par exemple les localités où la consommation de fruits et légumes est la moins importante).

Et toujours, l’alcool

Il apparaît donc que les grands enjeux des politiques de santé publique de ces prochaines années devront être une amélioration de la prise en charge des problèmes de santé mentale, une réduction des inégalités, une attention forte au vieillissement de la population et enfin encore et toujours une action forte contre l’alcool (qui n’a pas été éclatante ces dernières années !). En effet, « la France demeure dans le groupe de pays européens les plus consommateurs d’alcool. Même si la consommation continue de baisser, les alcoolisations ponctuelles importantes (API) augmentent, et concernent en France métropolitaine 26,5 % des femmes et 50,1 % des hommes de 15 ans ou plus en 2019, contre 16,5 % et 42,0 % en 2014 ».

Aurélie Haroche

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