France : le nombre de victimes de violences conjugales recensées en hausse en 2022

Paris, le lundi 20 novembre 2023 – Le ministre de l’Intérieur a annoncé que plus de 244 000 victimes de violences conjugables avaient été recensées en 2022, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente.

Le Service statistique de la sécurité intérieure (SSMSI) indique que cette augmentation annuelle de 15 % est « proche du taux d’évolution annuel moyen constaté depuis 2019 ». Selon l’administration publique, le nombre de victimes rapportant des faits de violences de la part de leur partenaire ou ex-partenaire a « plus que doublé depuis 2016 ».

Cependant, aussi bien le ministère que les associations se veulent rassurants : la tendance s’expliquerait plutôt par la libération de la parole des femmes et un meilleur accompagnement de la part des forces de l’ordre plutôt que par une recrudescence du phénomène.

86 % des victimes sont des femmes

Dans le détail, le ministère rapporte que 86 % des victimes sont des femmes et les mis en cause sont à 87 % des hommes. Environ 30 % des violences signalées sont d’ordre verbal ou psychologique (harcèlement moral, menaces, atteintes à la vie privée, diffamation) et 5 % sont d’ordre sexuel, ce qui inclut également les viols conjugaux.

Concernant ces violences à caractère sexuel, Ernestine Ronai, présidente de l’Observatoire des violences envers les femmes de Seine–Saint-Denis, pense que le chiffre de 5 % est « très en dessous de la réalité », affirmant que « ce type de violence est peu révélé et peu questionné par les forces de l’ordre ».

Les violences physiques criminelles (homicides, tortures, actes de barbarie), quant à elles, sont à un niveau très faible et restent donc heureusement rares, avec moins de 1 % des cas rapportés. Néanmoins, en 2022, cela représente tout de même 145 meurtres conjugaux, dont 118 féminicides, à peine 4 de moins qu’en 2021.

Le ministère de l’Intérieur précise, par ailleurs, que ces statistiques publiées cette semaine ne sont pas représentatives du phénomène des violences conjugales dans sa globalité, notamment car certains faits ne sont jamais signalés ou le sont plus tardivement.

Des réactions positives du côté des associations, mais qui en attendent plus

« Les femmes continuent d’être toujours plus nombreuses à se signaler et c’est une bonne chose », a déclaré la Fondation des femmes en réaction. L’association a tout de même tenu à rappeler que la partie était loin d’être gagnée en la matière. « Les femmes ont fait leur part du travail en allant plus porter plainte, et ça continue, mais il faut être bien plus efficace dans l’accompagnement et la protection [des victimes] », a souligné Anne-Cécile Mailfert, présidente de la fondation.

Surtout, pour cette dernière, l’État doit en faire davantage pour épauler les nombreuses associations de terrain, qui sont « submergées de demandes », à tel que point que certaines sont en faillite. « Elles ne parviennent plus à proposer aux victimes un accompagnement et un hébergement et attendent désespérément le soutien financier de l’État ou des collectivités locales », a-t-elle déclaré auprès de nos confrères de l’AFP.

Enfin, pour Françoise Brié, présidente de la Fédération nationale Solidarités Femmes (FNSF), qui gère la ligne d’écoute 3919, il faut voir au-delà des seuls chiffres communiqués par le ministère. « La question qui se pose derrière ces chiffres, ce sont les suites judiciaires à ces dépôts de plainte », explique-t-elle. « On espère que les pôles spécialisés vont être renforcés pour assurer une réponse à tous ces signalements ».

Raphaël Lichten

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