Grand âge : la marche à petits pas du gouvernement

Paris, le lundi 20 novembre 2023 – Le gouvernement a présenté son plan pour accompagner le vieillissement de la population. L’opposition et les syndicats dénoncent des mesures a minima.

La promesse n’a pas été tenue. Au début de son premier mandat en 2017, Emmanuel Macron avait promis l’élaboration d’une grande loi sur le vieillissement et le grand âge. De nombreuses réunions interministérielles s’étaient tenues sur le sujet et la loi était présentée comme l’une des plus importantes du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Mais la Covid-19 et diverses autres crises sont passées par là et le projet de loi a finalement été abandonné en rase campagne en septembre 2021. Deux ans plus tard, le gouvernement tente de réinvestir le sujet du grand âge, mais sa bonne volonté apparente suscite immanquablement la méfiance des observateurs.

La valse des ministres n’a pas non plus aidé le gouvernement à s’inscrire dans le temps long. Aurore Bergé, ministre des Solidarités depuis le 20 juillet dernier, est la quatrième à occuper ce poste depuis 2020. Elle espère réussir un passage au gouvernement plus marquant que ses prédécesseurs : ce vendredi, elle a présenté, à travers un entretien au journal La Croix la stratégie interministérielle de l’exécutif sur le « bien vieillir ».

Un tiers de la population aura plus de 60 ans en 2030

Il y a en effet urgence à prendre en compte le vieillissement de la population, sujet sociétal majeure : en 2030, un tiers de la population aura plus de 60 ans et pour la première fois, les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 15 ans. Les scandales à répétition sur les maltraitances et le manque de moyens ou de personnels dans les Ehpad nous rappellent régulièrement que notre système n’est pas prêt à prendre en charge un si grand nombre de personnes âgées en perte d’autonomie.

La stratégie présentée par Aurore Bergé consiste, pour l’essentiel, à regrouper des mesures éparses déjà annoncées ces derniers mois par l’exécutif : versement d’une prime aux personnes de plus de 70 ans pour les aider à adapter leur logement, mise en place d’une tarification au forfait (et non plus à l’heure) et d’indemnités kilométriques pour les aidants à domicile, financement de la mise en accessibilité des commerces, des gares, des enceintes sportives et des lieux de culture etc.

Si l’objectif principal de cette stratégie est de permettre aux personnes âgées de rester autonomes chez eux le plus longtemps possible, le gouvernement a également annoncé des mesures pour les Ehpad : 50 000 infirmiers et aides-soignants vont y être recrutés d’ici à 2030 (Emmanuel Macron avait déjà formulé cette promesse lors de la campagne présidentielle de 2022) et une « cartographie » des Ehpad va être réalisé pour tenter de déceler les leviers d’amélioration de la prise en charge des personnes âgées les plus fragiles.

La stratégie du gouvernement passe également par l’adoption d’une proposition de loi sur le « bien vieillir ». Elaborée par des députés de la majorité, cette loi vise à compenser l’abandon de la loi grand âge. Elle comprend tout une batterie de mesures, comme l’amélioration du statut des aidants, une aide financière de l’Etat aux départements qui gèrent l’aide à domicile et diverses dispositions pour lutter contre l’isolement des personnes âgées. L’examen du texte, qui a commencé en avril avant d’être repoussé à de multiples reprises, doit reprendre ce lundi.

L’opposition dénonce une « tactique des petits pas »

« Je mettrai toute mon énergie à ce que cette loi puisse être adoptée à l’Assemblée puis au Sénat » a promis Aurore Bergé, qui assure que cette loi protégera également le droit de visite des résidents d’Ehpad, comme l’a suggéré un récent rapport qui a mis en lumière le cas des personnes âgées qui sont mortes dans la solitude durant les confinements de 2020.

Enfin, la ministre des Solidarités a promis l’élaboration d’une « loi de programmation sur le grand âge ». « La loi fixera un cadre, des objectifs à atteindre d’ici à 2030 et des modalités de financement, elle permettra de redonner de la visibilité et de la cohérence à l’action politique » promet Aurore Bergé, qui espère que ces diverses annonces suffiront à faire taire les critiques persistantes sur l’abandon de la loi sur le grand âge.

Mais le volontarisme affiché par le gouvernement ne devrait a priori pas suffire à mettre fin au scepticisme des syndicats et de l’opposition. Les acteurs du secteur ont ainsi eu des réactions contrastées face aux annonces de l’exécutif. Si le Synerpa, le principal syndicat des Ehpad privés, se réjouit d’ « annonces prometteuses » qui montrent que « les pouvoirs publics ont enfin pris la mesure du vieillissement de la population », l’association des Petits frères des pauvres regrette le manque de mesures concrètes pour les « deux millions de personnes âgées souffrant d’isolement ». Quant à l’opposition, elle continue de fustiger ce qu’elle qualifie de « tactique des petits pas ». Les annonces du gouvernement ne sont ainsi qu’un « catalogue imprécis de mesures déjà existantes pour la plupart sans financement nouveau » pour le député socialiste Jérôme Guedj, lui-même auteur d’une contreproposition de loi sur le grand âge.  

Quentin Haroche

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