Grève des libéraux : Borne et Fatôme contre-attaquent

Paris, le mercredi 4 janvier 2023 – La Première Ministre Elisabeth Borne juge “pas responsable” la grève des médecins libéraux alors que le DG de la CNAM Thomas Fatôme qualifie d’”extravagante” la revendication des grévistes.

Après l’annonce ce lundi par le collectif “Médecins pour demain” de la reconduction de la grève des médecins libéraux pour une nouvelle semaine jusqu’au 8 janvier, on attendait la réaction des autorités. Déjà lors de la première semaine de grève, le ministre de la Santé François Braun avait qualifié le mouvement de “particulièrement malvenue” dans un contexte de saturation des services des urgences, miné par des problèmes systémiques et par la triple épidémie (bronchiolite, grippe et Covid-19).

Cette fois, c’est la Première Ministre Elisabeth Borne en personne qui est monté au créneau pour critiquer la grève. “Je peux entendre que les médecins peuvent rencontrer des difficultés, qu’ils peuvent souhaiter des améliorations, mais ce n’est vraiment pas responsable de faire grève, notamment dans cette période des fêtes, où ça a augmenté les tensions sur l’hôpital” a ainsi lancé la cheffe du gouvernement sur France info ce mardi.

La veille, c’était le directeur général de la Caisse nationale d’Assurance Maladie (CNAM) Thomas Fatôme qui critiquait la reconduction de la grève, toujours sur les antennes de France info. Après avoir minimisé l’importance du mouvement, indiquant que la CNAM évaluait la baisse d’activité à seulement 10 % lors de la semaine du 26 décembre (alors que Médecins pour demain parle de 70 % de grévistes), le DG a tenu le même discours qu’Elisabeth Borne, qualifiant la grève “d’incompréhensible dans la période d’épidémie que nous connaissons”.

Celui qui vient d’être fait chevalier de la Légion d’honneur en a profité pour décrier la principale revendication des grévistes, à savoir la hausse du tarif de la consultation à 50 euros. “C’est tout de même relativement extravagant, cela voudrait dire qu’on doublerait le montant de la consultation, soit une augmentation de chaque médecin généraliste de l’ordre de 100 000 euros” estime-t-il.

Mais le haut fonctionnaire n’oublie pas qu’il a également des négociations à mener avec les syndicats, en vue de l’élaboration de la prochaine convention médicale, dont la prochaine réunion plénière doit avoir lieu mercredi prochain. Il a donc rapidement tempéré ses propos. “Je comprends que les médecins généralistes sont confrontés à des situations où ils ont plus de patients et moins de collègues, on va donc revaloriser les actes, on veut aussi les accompagner pour qu’ils puissent prendre en charge davantage de patients et les aider à recruter des assistants médicaux pour leur faire gagner du temps” a-t-il résumé.  

Le gouvernement a bien conscience que la grève ne fait pas l’unanimité parmi les médecins libéraux et que si plusieurs organisations syndicales (UFML, FMF, SML, Jeunes Médecins) ont rejoint l’appel à la grève du collectif Médecins pour demain, d’autres comme la CSMF, MG France ou Avenir Spé ont préféré rester en retrait de ce mouvement. Selon la vieille formule “diviser pour mieux régner”, il entend donc profiter de cette désunion. “Seule une partie des organisations qui représentent les médecins ont effectivement appelé à la grève” n’a ainsi pas manqué de faire remarquer Elisabeth Borne. Même constat chez Thomas Fatôme, qui n’hésite pas à dire que “les principaux syndicats avec qui nous négocions n’ont pas appelé à la grève, ils ne portent pas cette revendication d’augmentation à 50 euros qui ne correspond pas à leur aspiration”.

Des propos qui ont été très mal reçus par le SML, syndicat particulièrement engagé dans la grève et pour la revalorisation à 50 euros du tarif de la consultation. Dans un communiqué paru ce mercredi, le syndicat dit “s’étonner des propos du DG de la CNAM” et parle même d’une “déclaration de guerre au SML qui porte cette revendication depuis le début”. Le SML accuse ainsi Thomas Fatôme “d’exclure de fait le SML des négociations” et dénonce “le mépris des pouvoirs publics à l’égard de notre profession”.  

Décidemment, la reprise des négociations conventionnelles la semaine prochaine ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.

Grégoire Griffard

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Vos réactions (2)

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    Le 04 janvier 2023

    Le tarif des actes n’est pas le principal problème, la médecine générale a besoin de reconnaissance, et de bras.
    La grève, soi-disant peu suivie, a « augmenté les tensions sur l’hôpital », étonnant non ? La médecine de ville serait donc utile, voire indispensable ?
    Le sous-effectif, organisé depuis le siècle dernier, est évident depuis longtemps, et les réponses politiques sont très timides, pour ne pas dire ridicules, nos énarques restant arc-boutés sur leur principe simpliste : moins de médecins = moins de dépenses.

    Dr J-M Malby

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    Le 05 janvier 2023

    Si "le tarif des actes n’est pas le principal problème", c'est pourtant ce point qui est mis en avant dans une énorme erreur de communication. Pas sûr que la tarification soit hors sujet dans le " Janvier noir " proposé par les biologistes libéraux.
    "Reconnaissance" comme défiance se méritent, à fortiori dans le barnum revendicatif que l'on sait avec transports, énergie, artisans, santé.
    Parler de "déclaration de guerre" est particulièrement imagé dans le contexte que l'on sait.
    Que la grève a « augmenté les tensions sur l’hôpital », que le mouvement des biologistes impacte le suivie de la pandémie : c'est un fait et il n'y a pas de quoi s'en vanter.
    L'avenir : Quel bilan place des ECN 2021 ?
    Pédiatrie : 28ème position (27ème en 2020) sur 44 spécialités, rang moyen des médecins : 3376.
    Médecine générale 39ème position (38ème en 2020), médecine d'urgence 38ème (39ème en 2020). Loin derrière la médecine nucléaire (13), devant Santé publique-Biologie médicale-Médecine du travail bons derniers en 2021 comme 2020 (42-43-44).
    Le podium 2022, 2021 était identique à celui de 2020 : Plastique-Ophtalmo-Dermato... allez savoir les vraies clefs de l’attractivité.
    L'affinité des nouveaux arrivants pour les "déserts médicaux" métropolitains (Palme : Département 93) n'est pas notoire pour des raisons que l'on sait, la régulation est tabou, le recours à l'intérim médical reste toujours acté.
    Il est désespérant et vite frustrant d'évoquer des solutions quand il n'y en a plus, énarque ou pas.
    Changement de paradigme : il appartient à la demande de s'adapter à la paucité et diversité de l'offre, en fonction de ses moyens et de ses relations. Mode dégradé durable, délégations adaptatives et pragmatiques des taches : résultats dégradés durables.
    Il restera à se convaincre que moins c'est mieux dans un grand effort de "résilience".

    Dr JP Bonnet - PH 62 ans

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