Grève: la souffrance au travail au cœur de la mobilisation des soignants

Paris, le mardi 10 octobre 2017 – L’ensemble de la fonction publique hospitalière est appelé aujourd’hui à une très large mobilisation. Objectif : dénoncer la politique impulsée par le gouvernement d’Edouard Philippe qui semble totalement méconnaître les attentes des fonctionnaires. Les syndicats dénoncent ainsi le gel du point d’indice, l’absence de compensation de la hausse de la CSG, le rétablissement du jour de carence et les "menaces" sur les retraites.

Quand les médecins se lancent dans la bataille, l’heure est grave !

Les agents hospitaliers sont comme les autres fonctionnaires invités à se mobiliser aujourd’hui. Mais fait rare, les grandes centrales syndicales ne sont pas les seules à les appeler à faire grève et à manifester : plusieurs organisations d’infirmières et de médecins, soutenues par les internes, ont rejoint le mouvement. La participation des praticiens hospitaliers est notamment, nous l’avons déjà dit, un phénomène plutôt exceptionnel qui témoigne du niveau d’insatisfaction au sein des établissements de santé.

Une hausse de la CSG non compensée et des modalités de calcul des retraites discutables

Infirmières et médecins partagent tout d’abord la plupart des revendications défendues par les centrales syndicales. Concernant par exemple l’augmentation de la CSG, les médecins hospitaliers ont déjà sonné l’alerte. En effet, la baisse des cotisations chômage, censée compenser cette hausse n’aura aucune efficacité pour les praticiens hospitaliers, puisqu’ils n’y sont pas assujettis ! Résultat, une baisse des salaires nets est à prévoir, qui compte tenu du gel du point d’indice irrite au plus haut point. Si le gouvernement a tenté à plusieurs reprises de se montrer rassurant sur le fait qu’aucune catégorie de travailleurs ne serait lésée, les praticiens hospitaliers qui n’ont toujours pas été reçus pour évoquer ce point s’impatientent.

Le rétablissement du jour de carence, s’il est plébiscité par les directions hospitalières qui y voient un bon mye de lutte contre l’absentéisme, ulcère également les praticiens. « Les médecins ne s’arrêtent déjà pas assez.  Quand ils s’arrêtent c’est parce qu’ils ont fait un infarctus, un cancer ou qu’ils se sont cassé une jambe.  Alors nous retenir un jour de salaire quand on s’arrête, c’est dégueulasse » résume Max-André Doppia, président d’Avenir Hospitalier, dans les colonnes d’Egora. Enfin, les nouvelles modalités de calcul des retraites demeurent un sujet de crispation. En effet, « Les cotisations Ircantec, y compris la part patronale, ne sont plus perçues sur le paiement des jours épargnées sur le compte épargne-temps, pénalisant les collègues qui ne peuvent pas prendre tous leurs congés » explique Action Praticiens Hôpital dans un communiqué listant les différents motifs de protestation des médecins. Là encore, les discussions avec le gouvernement n’ont pas encore eu lieu.

Désorganisation des services et absence de reconnaissance…

Mais au-delà de ces revendications techniques, le choix des praticiens et des infirmiers d’appeler à une mobilisation massive, quand ils se montrent habituellement en retrait vis-à-vis de ce type de mouvement, repose sur l’enracinement d’une souffrance et d’un malaise profonds. Toujours, les mêmes inquiétudes reviennent concernant la désorganisation des services que ne feront qu’accentuer les nouveaux objectifs du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). « Il est prévu (…) un plan de restrictions de 4,2 milliards sur la santé et les hôpitaux, qui va se traduire par de nouvelles fermetures de lits et d’établissements, ainsi que par des suppressions de postes, alors que la charge de travail est déjà monstrueuse et débouche sur une incroyable souffrance au travail des soignants et hospitaliers » dénonce ainsi le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). De nouvelles données confirment le caractère généralisé de cette "souffrance". Ainsi, un Observatoire de la Souffrance au travail (OSAT) a été mis en place fin 2009 par le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHAR-E), désormais pris en charge par APH. Les chiffres récemment collectés par cet observatoire montrent que toutes les spécialités sont concernées. Les témoignages recueillis ne mettent pas principalement l’accent sur la surcharge de travail mais signalent également « la surcharge émotionnelle, la désorganisation du service, le dialogue impossible avec la hiérarchie, la direction et une absence de reconnaissance des investissements consentis » énumère le dernier numéro de la lettre Avenir Hospitalier.

…  face à l’immobilisme des pouvoirs publics

Ces constats ont été répétés ces derniers mois, mais ne semblent toujours pas avoir provoqué le déclic attendu chez les responsables. Ainsi, la réaction de "déni" de l’Assistance publique/Hôpitaux de Paris (AP-HP) au lendemain de la diffusion la semaine dernière d’un documentaire sur les situations de conflit et de souffrance au sein du bloc opératoire de l’hôpital Saint Louis a révolté. Le Syndicat national des infirmiers de bloc opératoire (SNIBO) qui avait été à l’origine l’année dernière d’une grande manifestation sur le malaise des infirmières dénonce plus globalement « une inertie inquiétante malgré le changement de gouvernement. Rien n’a changé, les conditions de travail sont toujours déplorables et le personnel soignant soumis à des amplitudes horaires pour garantir la continuité des soins trop souvent "hors" droit du travail » alerte le syndicat.

Des patients maltraités

Au-delà des conséquences délétères pour la santé psychique et somatique des soignants (l’OSAT relève que 28 % des déclarations qu’il a reçues font également état de symptômes physiques accompagnant la détresse psychologique), les préoccupations concernent la qualité de l’accueil et des soins. « L’hôpital est désorganisé, déshumanisé. Il n’y a plus de réel suivi des patients. Nous sommes des pions (…). Je suis scandalisé. Je vois des patients en fin de vie qui sont obligés d'avoir des boules Quiès et prendre de la morphine pour pouvoir partir tranquillement parce qu'il y a des travaux juste en dessous. Pas plus tard qu'hier, j'ai une mamie adorable qui me disait qu'elle était en soins intensifs et qu'elle n'avait pas pu dormir pendant 3 jours à cause des travaux. Je suis scandalisé de la façon dont on traite les patients aujourd'hui dans l'hôpital public » a par exemple témoigné sur BFM William, infirmier de 27 ans.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Assez de cette émotion qui barbouille tout

    Le 10 octobre 2017

    Quel drôle d'article! Il concerne la souffrance au travail des hospitaliers et articule les causes de la souffrance : 1°/ Par l'augmentation de la CSG et le calcul de la retraite ? 2°/ Par l'absence de reconnaissance financière ? car l'image des personnels hospitaliers est excellente en France ! Et aussi, à cause de la désorganisation de l'Hopital ? ou des métiers hospitaliers ? Durant des années l'hôpital a dépensé sans compter. Les exemples abondent. Economiser ne veut pas toujours dire baisser la qualité des soins. Les soignants entendus regrettent tous le bon vieux temps. C'est certain, les métiers ont changé. Il n'y a qu'à voir le nombre d'aides soignants demandant à devenir administratifs car dépassés par la technique. 3°/Maltraitance des Patients ? Mais par qui ? Par les soignants ? Non ce n'est pas possible ! Ou alors la responsabilité et le respect de la dignité ont disparu ? Et "ça" c'est la faute des autres ? Des malades ? Ou des bien portants ? L'Etat ?

    La raison a t-elle disparue ? Assez de cette émotion qui barbouille tout et de ces folles rumeurs trop médiatisées.

    Dr Lucien Duclaud

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