Grippe : quand l’exceptionnel se répète

Paris, le lundi 8 janvier 2018 – Beaucoup d’amants et d’amantes pourraient lui envier un tel pouvoir. Sans rien réellement modifier, si ce n’est sa souche, mais en piochant dans un éventail bien connu, sans toujours se montrer plus intense, elle sait pourtant créer la surprise et est régulièrement accueillie comme un événement exceptionnel. Elle fait tourner les têtes, peut même créer des vertiges, provoque des attroupements, tout en étant pourtant parfaitement attendue : la grippe !

Des données pas si alarmantes

L’année 2018 s’inscrit dans une tradition désormais bien ancrée : l’épidémie de grippe est considérée comme "exceptionnelle". Le mot a été employé par le ministre de la Santé, Agnès Buzyn dans un communiqué publié à la fin de la semaine dernière. Faut-il y voir un nombre de cas plus élevé que les années précédentes ? L’année dernière à la même époque, le Réseau Sentinelles recensait 784 000 personnes ayant consulté un médecin pour un syndrome grippal en quatre semaines. Les chiffres sont similaires cette année avec 704 000 consultations enregistrées après une période un peu plus courte.

La gravité de l’épidémie justifie-t-elle l’utilisation de ce terme "d’exceptionnel" ? L’année dernière a été marquée par un excès de mortalité qui a atteint 14 400 décès au cours de l’hiver, en grande partie probablement lié à la grippe. Deux ans plus tôt déjà, durant l’hiver 2015, des chiffres similaires (18 000 décès) étaient déplorés.
Doit-on redouter une hécatombe semblable en 2018 ? Peut-être pas. D’abord, parce que les observations en la matière sont rassurantes. « Les tableaux cliniques rapportés par les médecins Sentinelles ne présentaient pas de signe particulier de gravité : le pourcentage d’hospitalisation a été estimé à 0,2 % (IC 95% [0,0 ; 0,6 %]) », indique le dernier bulletin publié sur le site du Réseau. Par ailleurs, cette année voit en Europe et en France la souche A (H1N1) principalement représentée. « Les virus détectés depuis le début de la surveillance sont répartis de la façon suivante :186 (24,5 %) virus de type A(H1N1)pdm09, 34 (4,5 %) virus de type A(H3N2), 32 (4,2 %) virus de type A non sous-typés, 1 (0,1 %) virus de type B lignage Victoria, 48 (6,3 %) virus de type B lignage Yamagata, 27 (3,6 %) virus de type B lignage non déterminé », détaille le Réseau Sentinelles. Cette spécificité fait des jeunes les cibles privilégiées de l’épidémie, comme l’illustre bien le fait que 49 % des passages aux urgences pour syndrome grippal concernent des moins de 15 ans. Si ce tableau épidémiologique doit inciter à la vigilance, il présage une mortalité plus faible, la grippe provoquant généralement ses plus grands ravages chez les plus âgés. Par ailleurs, le vaccin de cette année est bien adapté à la souche la plus souvent retrouvée, ce qui n’était pas le cas l’année dernière. En Amérique du Nord, où la situation est inversée, le nombre de morts pourrait être plus élevé.

Des hôpitaux comme toujours surchargés

Alors quoi d’exceptionnel dans cette épidémie ? Des hôpitaux mieux préparés, des patients évitant les urgences face à des symptômes peu inquiétants ? Sans doute pas. Comme tous les ans depuis le début du nouveau millénaire (de mémoire de journaliste médical plus si jeune !), les urgences des services hospitaliers sont souvent débordées par l’afflux de patients. Les engorgements ont notamment été importants au cours des deux dernières semaines en raison de la fermeture de nombreux cabinets médicaux en ville, vacances scolaires obligent. Dans des établissements déjà sous tension, la grippe a donc comme au cours des années précédentes entraîné des poussées de fièvre, avec des patients devant longuement attendre dans des couloirs et des interventions déprogrammées. Tous les hôpitaux sont concernés, y compris ceux de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui a déployé ponctuellement les différentes séries de mesure prévues pour faire face au pic d’activité : sorties anticipées de patients, déprogrammation d’hospitalisations, regroupement des malades atteints d’infections respiratoires ou encore réouverture de lits.

Un ministre attentif

Et si ce qui était exceptionnel était l’attention des pouvoirs publics ? Chaque année, le ministère de la Santé et ses agences ne ménagent pas leur peine pour délivrer les messages indispensables pour limiter la propagation de l’épidémie en insistant sur les mesures barrières les plus simples et notamment le lavage des mains. Cette année, le discours connaît cependant un renouveau, avec en cette rentrée des classes un accent supplémentaire mis sur la nécessité de ne pas envoyer à l’école les enfants atteints de symptômes évocateurs d’une grippe. Par ailleurs, on perçoit une attention redoublée du ministre de la Santé, qui à la différence peut-être de son prédécesseur, n’a pas attendu l’alerte des établissements de santé pour réagir et pour évoquer l’importance de la vaccination des professionnels de santé. Rien d’exceptionnel, considéreront néanmoins certains !

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • La grippe cette année, "pas si grave" ?

    Le 08 janvier 2018

    Médecin urgentiste dans un gros CHG, mes confrères réanimateurs me font part de la gravité de la grippe cette année, la moitié des lits ayant été pris à un moment donné pour des cas de grippe en ventilation mécanique voire ecmo (ou eccor), ce qui ne s'était jamais vu de mémoire de réanimateur. De plus j'ai été impressionné par le nombre de personnes non vaccinées y compris des personnes âgées. Quelques personnes (les familles de personnes âgées) interrogées sur la raison de cette non vaccination m'ont fait part des remarques ironiques faites par certains médecins homéopathes sur la vaccination. Dans notre hôpital (à chiffrer) : majorité de grippe B chez les personnes âgées, plus de grippe A chez les jeunes (donc plus de grippe B puisque beaucoup plus de personnes âgées reçues que de personnes jeunes) et à signaler deux cas de grippe A+B.

    Dans notre hôpital, il y a à ce jour en réanimation (pas de sécurité mais avec traitement invasif Vm et 1 en ECMO) 14 cas de grippe sur les 24 lits du service. On déplore à ce jour 7 décès depuis le commencement de l'épidémie. Ceci est le premier reflet de la Réanimation à ce jour, sachant qu'exerçant aux urgences-SAMU actuellement en fin de carrière (j'ai commencé par le SAMU en 79 et je suis médecin réanimateur) je n'ai jamais vu autant de cas graves de grippe.

    La seconde donnée est que sur ces 14 cas il y a 7A 5B et deux en cours d'identification. Au laboratoire de notre établissement, les cas de grippe B (à chiffrer et affiner) sont majoritaires, car les plus touchées sont les personnes âgée et elles sont majoritairement atteintes par la grippe B, les jeunes moins nombreux à venir au SAU présentent plus souvent la grippe A. A noter deux cas de grippe A+B. Il y a trop de personnes ou familles des personnes âgées qui interrogées qui déclarent l'absence de vaccination. Il y a dans le lot deux personnes qui ont déclaré également ne pas s'être faites vacciner du fait de l'ironie que le mot vaccin a occasionné d'un médecin homéopathe (la première des sagesses en médecine est l'humilité, à bientôt 65 ans je le ré apprends tous les jours). Enfin, comment avoir des statistiques fiables pour "tout ça". Un confrère m'a avoué l'impossibilité de déclarer les cas qui affluent et donc la majorité des grippes reçues ne sont pas déclarées, et cela se comprend. J'ai compté jusqu'à 60 personnes en attente dans nos urgences pour trois médecins seniors, donc on soigne, on soigne, on soigne... et on n'a pas le temps de déclarer, ni nous ni ceux qui comme nous sont dans les services pris dans l'engrenage de devoir libérer des lits et gérer les flux au mieux. Demandez vous si notre profession est ainsi attractive.

    Dr Jean-Claude Layre

  • Exceptionnel retour de h1n1pdm09

    Le 08 janvier 2018

    Exceptionnel car la grippe menace à nouveau les plus jeunes c'est à dire en particulier ceux qui n'ont pas connu celle de 1947 mais en plus 8 ans apres les personnes âgées qui avaient résisté en 2009 sont plus âgées et au profil plus fragile.
    Enfin les jeunes qui présentent des défaillances immunitaires surtout par réaction humorale exagérée peuvent être en grave détresse respiratoire.
    Le nombre de mort sera certainement plus faible que si il s'était agit du H3n2 comme l'an dernier mais si l'on compte non pas en nombre de morts mais en années de vies perdues l'épidémie de cette année sera d'une exceptionnelle gravité c'est à dire plus dangereuse que l'an dernier, peut être pas de la gravité 30 fois supérieure de 2009 et 15 fois en 2010 mais peut être trois fois supérieure à 2016 par exemple !

    Il ne faut pas compter en excès de décès hivernal sur la courbe de serfling mais en excès de décès dans le registre cepidc dans les causes de décès : grippe, pneumonie, asthme et si quelqu'un faisait la courbe de ces 6 dernières années on y verrait cette année 17/18 compte tenu de l'âge des patients décédés et donc du nombre d'année totales de vie perdues.

    Ce en quoi encore une fois cette ministre est particulièrement compétente prévenante et intelligente et cela contraste avec les précédents (sauf Mme Bachelot qui avait le mérite de suivre les conseils parfois peu avisés de ses collaborateurs). Il faudrait remonter à Simone Veil pour retrouver autant de talent sans oublier Mme Barzach et M Mattei.

    Mais l'ensemble des autres ont brillé par une soumission aux diktats financiers de Bercy et une incompétence réelle sur des dossiers courants y compris lorsque certains d'entre eux etaient pourtant medecins comme Hubert ou Douste dans ce cas michel Cymes n'aurait eu aucun mal à les remplacer ... et lorsqu ils n'étaient pas medecin comme Marisol Touraine ou Xavier Bertrand ils avaient le défaut d'être trop idéologiques politiques et dénués de bon sens et de pragmatisme cela nous a conduit à de longues années de blocages .

    Franchement Agnes buzyn excelle presque dans toutes les situations soit par anticipation soit en corrigeant les insuffisances. Je forme des vœux pour qu'elle soit à l'initiative d'une réforme de la sécurité sociale pour aller au delà de son rôle déjà fort bien tenu et qu'elle mette fin à l'arnaque que constitue les mutuelles bancaires qui ne sont là que pour nuire à l'équité du système, favorisant l'égoïsme au détriment de la nécessaire solidarité.

    Développer sur tout le territoire francais la situation rêvée d'Alsace Lorraine avec ticket modérateur vraiment modérateur puisqu'incompressible à 5% et mécanisme pour compenser socialement un éventuel reste à charge final excessif et investir les 20% perdus dans la pub et le pillage de certains mutualistes qui maintiennent la gabegie généralisée des mutuelles. 300 lunettes cassées, ostéopathes et autres situations de remboursement discutables tant la thérapie est aléatoire mais également le scandaleux coupe file par l'argent d'inacceptables attentes tandis qu'en certains endroits le secteur 2 ou meme 3 permet un accès rapide qui repousse d'autant le citoyen lambda vulgum pecus tout juste bon à payer le principal sur ses cotisations mais laisser aux plus riches cet accès de dernière minute pour quelques dollars de plus d'une mutuelle 300% et hop le professeur est vu trois fois plus vite que ceux qui attendent encore pour voir leurs assistants chefs de clinique.

    Ainsi va l'accès très inégal aux soins et chaque ARS de se mettre pour but absolu de réduire cette inégalité faute de prise sur le nerf de ce scandale : les cotisations, les impôts ...

    Je forme le vœu qu'enfin le ministre de l'économie écoute et aide la ministre de la santé au lieu de l'inverse jusqu'ici subit
    Si Jupiter pouvait l'exaucer...

    Dr François Roche

  • Que le système se dégrippe !

    Le 09 janvier 2018

    Ah vous faites rêver la citoyenne lambda vulgum pecus que je suis avec votre programme Dr Roche... Espérons qu'elle sache aussi résister aux sirènes de la logique toute financière de notre président ultra libéraliste... tout n'est pas gagné.

    Charlaine Durand

    C.D.

Réagir à cet article