Guyane : l’effet papillon

« Vole, vole, joli papillon ! ». Voilà une comptine que l’on n’est pas très enclins à chanter en ce moment dans certains coins de France ultra-marine : une période de pullulation du papillon cendre, responsable d’épidémies d’éruptions cutanées, vient en effet de débuter en Guyane.

Connue depuis plusieurs siècles, la papillonite (lépidoptérisme cutané pour les puristes) touche plu-sieurs pays d’Amérique du sud, notamment la Guyane et le Venezuela, lieux historiques de trois "attaques" de bateaux par des vols d’Hylesia metabus.

Jeu de fléchettes

Plus au sud (Argentine, Brésil), un autre Hylesia provoque le même phénomène, retrouvé aussi en Afrique (Gabon, Centrafrique) avec un papillon du colatier. En Guyane c’est surtout la mangrove qui est concernée car la chenille du papillon cendre se développe préférentiellement sur les palétuviers. La conquête des mangroves par les humains augmente ainsi leur risque de papillonite et la pollution lumineuse qui l’accompagne n’arrange rien car le lépidoptère est nocturne et, à ce titre, attiré par la lumière. C’est pour protéger ses œufs des prédateurs qu’il (elle plutôt, car il s’agit de la femelle) libère dans l’air pendant son vol nocturne des milliers de fléchettes urticantes microscopiques provoquant chez l’humain des réactions cutanées très prurigineuses. Aucune atteinte grave n’a été décrite mais les lésions, allant jusqu’à l’œdème, peuvent perdurer plusieurs semaines et se surinfecter.

Couvre feu 

Le cycle de développement d’Hylesia est de trois mois mais les flambées de papillonite sont imprévisibles. Kourou, Sinnamary, Iracoubo sont les principales zones guyanaises concernées. L’ARS rappelle comment éviter ces attaques aériennes : fuir les zones à risque la nuit, remplacer la lumière blanche, qui attire les papillons, par des tons jaunes orangés, laver régulièrement les surfaces et ha-bits qui pourraient porter des fléchettes. En cas de papillonite, le grattage doit être évité car tout contact avec les fléchettes augmente la libération des substances urticantes.

Une douche très chaude peut être utile car la toxine est thermolabile.

Surtout, oublier la chasse au papillon, le massacre à la tapette à mouche et le bombardement d’insecticide : la dispersion des fléchettes qui s’en suivrait serait totalement contre-productive ! Seul le canon à eau neutralise proprement les indésirables. Certaines communes décrètent un couvre-feu. Bref, c’est la guerre ; espérons pour les guyanais qu’elle ne durera pas longtemps.

Dr Blandine Esquerre

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