Harcèlement scolaire : quel rôle pour les médecins ?

Poissy, le lundi 18 septembre 2023 – Alors que l’Education Nationale ne parvient pas à faire face au fléau du harcèlement scolaire, les professionnels de santé ont un rôle à jouer dans la lutte contre ce phénomène.

Face au harcèlement scolaire, « nous ne sommes toujours pas à la hauteur ». Ce constat d’échec provient du ministre de l’Education Nationale Gabriel Attal lui-même, qui réagissait ainsi au suicide du jeune Nicolas, lycéen de 15 ans scolarisé à Poissy dans les Yvelines, qui s’est donné la mort le 5 septembre dernier. Bien que les causes du suicide n’aient pas encore été déterminées avec certitude, le jeune homme s’était plaint à plusieurs reprises auprès de l’administration d’être victime depuis plusieurs mois de harcèlement scolaire. Or, non seulement l’Education Nationale n’avait pas pris la moindre mesure pour protéger le jeune homme, mais le rectorat de Versailles avait même menacé par courrier ses parents de poursuites judiciaires a-t-on appris ce samedi. Un courrier qualifié de « honteux » par Gabriel Attal.

Un rôle encore à définir

Le suicide du jeune Nicolas et celui d’autres victimes de harcèlement scolaire, comme la jeune Lindsay en mai dernier, rappellent l’impuissance de l’Education Nationale à faire face à ce phénomène, qui a pris une nouvelle ampleur avec l’apparition des réseaux sociaux. L’ancien ministre Pap Ndiaye avait déjà évoqué un « échec collectif » face à l’inefficacité des diverses mesures prises ces dernières années.

Si l’Education Nationale n’est pour le moment pas capable de faire face à ce fléau et d’éviter des drames, les médecins doivent sans doute prendre leur part. Interlocuteur privilégié des familles, ils sont parfois les premiers et les plus à mêmes de pouvoir déceler les signes d’un harcèlement scolaire et ses conséquences psychologiques sur l’enfant. Plusieurs médecins appellent donc leur confrères à endosser pleinement ce rôle de sentinelle, comme ils peuvent le faire pour les violences intrafamiliales ou sexuelles.

C’est le cas notamment du Dr Imane Hafssa, jeune médecin de 31 ans qui a décidé de faire de la lutte contre le harcèlement scolaire son cheval de bataille. Pour son travail de thèse, la généraliste a interrogé divers professionnels de santé de l’enfant (généralistes, pédiatres, médecins scolaires, pédopsychiatres…) pour tenter de déterminer le rôle que les soignants pourraient endosser dans ce combat contre le harcèlement scolaire et les pistes d’amélioration éventuels. Elle appelle notamment à renforcer la formation des médecins à ce sujet pour faciliter le repérage des symptômes de harcèlement scolaire.

Des médecins engagés contre le harcèlement scolaire

« Parmi les signes qui peuvent alerter les professionnels de santé, il y a des signes somatiques et psychiques ainsi que le comportement de l’enfant à l’école, il faut également être attentif aux signes non verbaux comme les tics en consultation ou l’attitude renfermée dès qu’on parle de l’école » explique le Dr Hafssa. Elle appelle également à « renforcer la prévention avec des interventions en classe » et surtout à « améliorer la coordination entre la médecine de ville et la médecine scolaire car actuellement, le lien est hélas quasi inexistant ».

Le Dr David Gourion, psychiatre à Paris, appelle également à renforcer le rôle des médecins dans la lutte contre le harcèlement scolaire et plus globalement à faire de la santé mentale des enfants, des adolescents et des étudiants, qui ont fortement souffert psychologiquement des années de pandémie, « une priorité nationale ». 

Dans une tribune publiée le 8 septembre dernier dans le journal Le Monde, le psychiatre avance plusieurs pistes pour faire reculer le harcèlement scolaire et propose notamment que « les écoles nouent des partenariats solides avec les professionnels de la santé mentale et d’autres acteurs de la société civile pour mettre en œuvre des initiatives de prévention et d’intervention plus efficaces ». « La lutte contre le harcèlement scolaire nécessite la mobilisation de toute la société et un changement profond de mentalité » défend le psychiatre.

Quentin Haroche

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Vos réactions (2)

  • Dès l'école primaire

    Le 19 septembre 2023

    Il y a 10 ans alors que mon fils subissait un harcèlement à l'école primaire depuis plus d'un an, nous avons été reçu par la directrice de son école qui nous a tenu exactement le même discours que le rectorat a tenu dans sa lettre adressée aux parent de Nicolas. On nous a mis la pression, écrit sur le bulletin scolaire que c'était un affabulateur alors qu'il y avait déjà eu des coup et des menaces physiques. En 10 ans rien n'a changé ! Il y a du matériel éducatif, de la prévention, mais le discours et le déni des professeurs est resté le même ! Le problème ne commence pas au collège, les codes sociaux entre élèves commencent dès le CE1 dans la cours de l'école : " untel on lui doit le respect parce qu'il est le plus vieux de la classe, ou le plus fort au foot ; etc... on doit lui obéir , quand il est là mes copains me tournent le dos", voilà ce que m'a expliqué mon cadet 10 ans plus tard. Dans la cours d'école, il n'y a personne pour expliquer que ce n'est pas comme ça qu'il faut agir, pour expliquer ce qu'est le respect mutuel entre élèves, pour défaire les premiers comportements de groupe autour d'un couple "harceleur-harcelé". Oui mon fils avait des problèmes de sommeil, des tics, et c'est une professionnelle de santé qui nous a révélé tout ce qui se passait dans la cours de l'école à l'insu des enseignants, mais cela n'a pas suffit. Le pire n'est pas le harcèlement, c'est le discours du corps enseignant qui minimise les faits, traite les enfants de menteurs, arrivés au collège ils n'arrivent plus à donner leur confiance, idem dans la vie d'adulte, comment aider quelqu'un qui n'a plus confiance en personne ? Les dégâts sont là mais les professeurs continuent dans leur ignorance à tenir les même propos. Certains enfants sont plus fragiles que d'autre, c'est un fait, mais ils devraient pouvoir être instruits dans un cadre rassurant, pas aller en cours la boule au ventre !

    S. Leroy

  • Quels professionnels contre le harcèlement?

    Le 19 septembre 2023

    Il fut un temps où des Psychologues intervenaient dans des situations signalées comme inquiétantes par enseignants et / ou autres acteurs de la vie quotidienne des établissements scolaires, telles un trouble du comportement récent ou autres signaux de malaises (repli, pleurs, isolement, plaintes, baisse soudaine des résultats, ...).
    Mais que sont donc devenus ces professionnels Psychologues (scolaires ou cliniciens) largement formés au repérage des situations "à risque" ?

    C. Loeve

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