Il n'en perd pas son latin

Marseille, le mercredi 26 août 2020 - Certains le pensaient dans les cordes. Sonné par une avalanche de critiques de la part de collègues du monde entier sur "son" traitement de la Covid-19 par une association hydroxychloroquine-azithromycine (HDC-AT). Mais c'était mal le connaître.

Après quelques jours de repos, Didier Raoult a repris micro et plume pour fustiger ses adversaires. Et après le Français et l'Anglais, il empoigne une dernière arme, le latin.

Dans un "pre-print" mis en ligne sur le site de l'IHU (qu'il dirige), il s'adresse directement à ses contempteurs, les éditeurs du New England Journal of Medicine (NEJM) en leur destinant une "Expression of Concern" sobrement intitulé : "Quousque tandem abutere, patientia nostra" *. Reprenant les accents de Cicéron face à la conjuration de Catilina il invective les éditeurs de la prestigieuse revue de Boston (tout en soumettant son texte à leur publication !).

Dans ce brûlot de quelques lignes bien enlevées (en anglais heureusement), il dénonce ce qu'il estime être une dérive du NEJM qui se serait éloigné des standards de rigueur minimum exigés aujourd'hui d'un étudiant de 3ème année de médecine. Il y reproche,  pêle-mêle, au NEJM d'avoir publié des études (négatives) sur l'HCQ-AT en prophylaxie en y incluant des sujets pour lesquels la preuve biologique d'une infection par le SARS-CoV-2 n'avait pas été faite, d'avoir accepté un travail sur le remdesivir ayant regroupé effets secondaires mineurs (insomnie, constipation) et majeurs (insuffisance rénale) dans le but évident de minimiser la toxicité du produit, d'avoir relayé l'étude randomisée RECOVERY (qui a démontré l'efficacité de la dexaméthasone dans les Covid sévères) alors que, selon lui, il n'était pas éthique de s'abstenir de corticoïdes dans les syndromes de détresse respiratoire. Bref, pour le directeur de l'IHU, il s'agit d'une attitude partiale plus proche des Marx Brothers que de Science qui autorise de mettre le NEJM dans le même sac que le Lancet, discrédité à ses yeux par le LancetGate.

Est-il utile de préciser que le NEJM a refusé de publier ce texte accusateur.

* Pour ceux qui n'auraient pas (ou plus) de souvenir de version latine : "Combien de temps allez-vous abuser de notre patience ?"

Marcus Tullius Cicero, Premier discours contre L Catilina.

Dr AR

Référence
Raoult D et coll. : Quousque tandem abutere, patientia nostra. Article publié sur le site de preprint de l'IHU le 21 août 2020 et refusé par le NEJM.

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Vos réactions (14)

  • Un spasme probablement

    Le 26 août 2020

    "Quousque tandem abutere, patientia nostra" = "Jusqu'à quand, (Catilina), abuseras-tu de notre patience?"
    Il devient interdit de poser la question, non plus à Catilina, mais à Didier Raoult.
    Je la pose donc quand même ...

    Dr JP Bonnet

  • Quand l'hôpital se fout de la charité

    Le 26 août 2020

    Dr Paul Roth

  • Peut-on combattre de mauvais travaux antérieurs par d'autres mauvais travaux ?

    Le 26 août 2020

    Il est vrai que Boulware et Coll. s'étaient proposé d'étudier une population de soignants au contact de COVID : étude randomisée en double aveugle pour tester les vertus supposées préventives de la chloroquine vs placebo (A Randomized Trial of Hydroxychloroquine as Postexposure Prophylaxis for Covid-19.
    Boulware DR et Coll, N Engl J Med. 2020 Aug 6;383(6):517-525. doi: 10.1056/NEJMoa2016638. Epub 2020 Jun 3).

    Par manque de tests PCR (USA, 1ere puissance économique du monde !), les auteurs n'ont sélectionné les agents supposés atteints de covid qu'en se fondant essentiellement sur des critères cliniques (très, très peu de tests PCR réalisés). Ces auteurs concluent qu'ils ne peuvent rien conclure quant à l'efficacité ou l'inefficacité de la chloroquine : il font bien car seule leur conclusion, à mon avis, est juste. En effet je me suis amusé à appliquer leurs critères cliniques à une population (données personnelles) avec des symptômes compatibles avec la Covid : avec une petite approximation, 63 % de cliniquement supposés Covid sont en fait PCR négatifs. Certes, la PCR n'est pas le gold standard, mais quand même...quand les 2/3 d'une population sont mal classés, comment une revue telle que le NEJM a-t-elle pu laisser publier un tel travail ? Les auteurs auraient pu se rattraper un peu plus tard en faisant des sérologies...Mais non...Peut-on combattre de mauvais travaux antérieurs par d'autres mauvais travaux ?

    Dr Gilbert Bouteiller

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