Il ne peut y avoir 400 000 morts par la Covid 19 en France : pourquoi ?

A l’occasion de son discours annonçant la mise en place d’un nouveau confinement pour faire face à la circulation difficilement contrôlable de SARS-CoV-2, le Président de la République a présenté les différentes options qui pourraient être envisagées face à l’épidémie. Il a notamment considéré que l’idée de vouloir s’appuyer sur l’immunité collective de la population entrainerait un nombre de décès bien trop important pour être acceptable et a avancé le chiffre de 400 000 morts. Ce dernier n’est pas issu d’une évaluation directe du Conseil scientifique comme l’a indiqué Emmanuel Macron mais d’une modélisation réalisée par deux de ses membres, épidémiologistes, Arnaud Fontanet et Simon Cauchemez publiée dans la revue Nature. Ces travaux établissaient une fourchette prédisant entre 100 000 et 450 000 morts. Outre le fait que le Président de la République a probablement délibérément choisi de retenir la fourchette haute, sans doute pour renforcer le caractère inenvisageable d’une telle option, beaucoup se sont interrogés sur la pertinence de ces 400 000 décès, compte tenu de la mortalité actuelle de la Covid.

C’est par exemple le cas du professeur Dominique Baudon, Médecin général inspecteur du Service de santé des armées, spécialiste de Santé publique et de maladies infectieuses qui nous adresse cette lumineuse démonstration.

Par le Pr Dominique Baudon

Des messages alarmistes laissent supposer que si le deuxième confinement n’avait pas été fait, on risquerait d’avoir près de 400 000 morts par la Covid 19. Cela a été relayé par plusieurs médias.

Je vais essayer de montrer que cette affirmation est fausse compte tenu des connaissances actuelles sur le virus, et en particulier sur celle de la létalité « naturelle » du virus.

Je rappelle que la létalité naturelle d’une maladie est le pourcentage de décès parmi les sujets ayant été infectés ; dans le cas de la Covid 19 il s’agit des sujets RT PCR positifs, qui regroupent les porteurs asymptomatiques (les plus fréquents) et les malades (alors que la létalité réelle ou observée est le pourcentage de décès parmi les malades).

Il y a un consensus des épidémiologistes pour estimer que la létalité naturelle de la Covid 19 est de 0,5 %.

Au 2 novembre 2020, selon les chiffres officiels (Santé publique France), il y avait 1 466 423 cas cumulés de sujets testés RT PCR+ depuis le début de l’épidémie, avec 37 435 décès.

Avec 37 435 décès et une létalité estimée à 0,5 %, un simple calcul permet de conclure que cela correspond à 7 487 000 sujets RT PCR + pour une population de 67 millions.

Ainsi on peut estimer que 11 % de la population a été infectée depuis le début de l’épidémie ; à noter que ce chiffre qui n’est issu d’aucune modélisation ou enquête épidémiologique, se rapproche des estimations de nombre de sujets ayant été infectés depuis le début de l’épidémie (estimation de 5 à 7 % en mai- enquête de l’Institut Pasteur, et 7 à 10 % probablement aujourd’hui)

Cette préalable « démonstration » me permet de présenter ma réponse au risque d’avoir 400 000 morts.

Si l’on accepte le consensus de létalité égale à 0,5 %, 400 000 morts correspondrait à 80 millions de sujets infectés!!! (400 000 / 0,005). La population française est de 67 millions.

L’immunité collective serait atteinte bien avant ces 400 000 morts.

La seule hypothèse permettant de prévoir 400 000 morts serait une mutation soudaine du virus entraînant une virulence très importante et en conséquence une létalité beaucoup plus forte.

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Vos réactions (20)

  • Taux de létalité

    Le 07 novembre 2020

    En cas de système de santé dépassé, ce taux de létalité ne va-t-il pas augmenter ?

    Dr B. Lanson

  • Foire-exposition aux egos surdimensionnés

    Le 07 novembre 2020

    Certes, ce chiffre de 400 000 décès "possibles" en cas de non maîtrise de l'épidémie dans notre pays peut être surévalué, mais ne négligeons pas l'impact - déjà sensible - de la saturation des lits et services hospitaliers par les patients COVID-19, entraînant le retard ou l'impossibilité de prise en charge en temps utile d'autres pathologies. Les services hospitaliers étaient déjà sous tension, notamment en hiver, et les dé-programmations itératives compliquent sérieusement la tâche. Il sera possible, ultérieurement, de mesurer l'impact global de la pandémie sur les chiffres de surmortalité mais, dans l'immédiat, concentrons-nous sur le message vital de prudence, respect des consignes sanitaires, et solidarité.
    Que cette pandémie ne devienne pas la foire-exposition aux egos surdimensionnés pendant que les personnes qui luttent, sur le terrain, contre ce fléau terrible mais révélateur, sont submergées, mais aussi effrayées par l'inconscience et la désinvolture d'une partie de la population !

  • Mortalité collatérale

    Le 07 novembre 2020

    Ces calculs ne s’appliquent que pour la mortalité directe de la COVID-19 en supposant que les réanimations sont extensibles de façon illimitée. Or si l’épidémie progresse et que le nombre de patients sévères s’accroît, le nombre total de patients pris en charge en réanimation va être atteint (10.000 au maximum avec la création de réa « éphémères »). Tous les malades sévères qui n’auront pas de place en réanimation vont probablement mourir, ce qui fera monter la mortalité naturelle du virus. Tout ceci sans compter les autres patients qui ne sont pas atteints de COVID : les infarctus du myocarde, les AVC, les chocs septiques, les dissections aortiques ne vont pas disparaître pendant la période de pandémie. Donc attention à ne pas trop modéliser et simplifier les hypothèses sans tenir compte du reste.

    André Ly

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