Infirmière assassinée : l’émotion et les questions

Reims, le mercredi 24 mai 2023 – Deux jours après l’assassinat d’une infirmière du CHU de Reims par un malade psychiatrique, l’émotion est encore très vive au sein des hospitaliers.

L’ensemble du monde hospitalier a exprimé sa douleur et son émotion ce midi, en respectant, dans tous les hôpitaux de France, une minute de silence en hommage à Carène Mezino, infirmière de 37 ans exerçant au CHU de Reims et assassinée ce lundi. Cette mère de deux enfants de 8 et 11 ans a été attaquée à coups de couteau par un homme de 57 ans au sein de l’unité de médecine du travail de l’hôpital et est décédée dans la nuit de lundi à mardi. Une secrétaire médicale de 56 ans a également été frappée de cinq coups de couteaux mais a pu être opérée avec succès et est désormais hors de danger.

Signe que l’émotion dépasse le cadre du monde hospitalier, une minute de silence a également été respectée à l’Assemblée Nationale ce mardi. La Première Ministre Elisabeth Borne et le ministre de la Santé François Braun se sont rendus ce midi à l’hôpital Georges Pompidou à Paris pour participer à cette minute de silence et exprimer la solidarité de l’exécutif. La cheffe du gouvernement a évoqué un « terrible drame » et a assuré que « tout le pays avait le cœur serré » tandis que le ministre de la Santé a parlé d’une « émotion certaine pour ce qu’il s’est passé qui est absolument horrible, inqualifiable ».

L’agresseur avait déjà commis une attaque similaire en 2017

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenu ce matin, le procureur de la République de Reims a fait le point sur l’enquête qu’il dirige. Il a confirmé que l’agresseur, qui a été arrêté tout de suite après les faits, est un « suspect paranoïaque et schizophrène » âgé de 59 ans suivi pour des troubles psychiatriques graves depuis près de 40 ans. L’homme, qui semble avoir agi sans mobile apparent (il n’avait pas rendez-vous dans le service) a indiqué projeter son attaque depuis plusieurs mois et en vouloir « au milieu hospitalier, aux blouses blanches et à la psychiatrie ». Au cours de sa garde à vue, que le magistrat a qualifié de difficile en raison de l’agitation du suspect, ce dernier n’a exprimé « aucun regret ni empathie ».

Le procureur de la République a également indiqué que le suspect s’était rendu coupable de faits similaires il y a six ans. Le 20 juin 2017, alors qu’il se trouvait dans un centre d’accueil pour malades psychiatres, il a attaqué à coup de couteau quatre membres du personnel, faisant un blessé grave. Après cinq ans d’enquête, le juge d’instruction chargé de l’affaire avait estimé en 2022 que l’individu devait être déclaré irresponsable pénalement pour trouble mental. Hasard funeste du calendrier, la chambre d’instruction doit se prononcer sur ce dossier ce vendredi (l’audience n’a pour le moment pas été repoussée). Depuis ce premier acte violent, l’agresseur n’était soumis à aucun contrôle judiciaire mais était placé sous curatelle renforcée.

Le gouvernement se mobilise sur la sécurité des soignants

Au-delà de l’émotion suscitée, cette horrible affaire suscite des interrogations avec, comme souvent dans ce genre de drame, une question lancinante : ce meurtre aurait-il pu être évité ? Depuis que les circonstances de l’affaire sont connues, les commentaires sur la lenteur et le supposé laxisme de la justice, ainsi que sur la notion controversée d’irresponsabilité pénale, sont légion.

Sans se limiter à ce drame en particulier, c’est toute la question de la sécurité des soignants qui a été mis en lumière par ce meurtre. La mort de cette infirmière est survenue le jour même où le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) publiait son baromètre annuel des violences et vols contre les médecins, notant une augmentation de 23 % de ce type d’incidents sur un an.

Depuis l’attaque de Reims, le gouvernement multiplie les annonces pour assurer les soignants qu’il prend au sérieux la question de leur sécurité. Ce mardi, la ministre des Professionnels de santé Agnès Firmin Le Bodo a rappelé qu’un rapport sur la question doit lui être remis d’ici le 1er juin, ce qui permettrait d’amorcer une série de mesures sur la sécurisation des hôpitaux et l’amélioration de la réponse judiciaire.

Interrogé ce matin sur la question sur BFM TV, le ministre de la Santé François Braun a annoncé qu’un audit allait être mené dès la semaine prochaine dans tous les établissements hospitaliers afin de vérifier l’état des systèmes de sécurité et les remplacer si besoin est, tout en veillant à ce que l’hôpital reste « un lieu ouvert et ne devienne pas une forteresse ». Une réunion sur la question avec les syndicats aura lieu dès ce jeudi. Lui-même ancien urgentiste, le ministre a raconté au cours de cet interview avoir un jour été menacé au sein de l’hôpital par un individu armé d’une batte de baseball.

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Violence envers les soignants

    Le 24 mai 2023

    Il y a une différence entre la violence montante sociétale et le passage à l'acte d'un malade mental visiblement en rechute s'il soliloquait.
    Si ce n'est pas un paranoïaque mijotant son acte en secret mais un grand délirant, comment se fait-il que personne n'ait vu, compte tenu de ses antécédents, qu'il rechutait ou avait un délire actif. Cette hypothèse est la seule qui aurait pu être prévisible.

    Dr M-H Braudo

  • Ruptures de soins opérants

    Le 25 mai 2023

    Ces ruptures de soins opérants deviennent de plus en plus récurrentes, tant le soin psychiatrique est en manque de moyens depuis des décennies : hôpital psychiatrique (asile au sens premier) abandonné à une "mathématique d'externalisation" abusive, faute de lits et de moyens en personnels.
    Dès lors qu'une expertise dévoile l'agresseur-insensé (en très grande majorité du "genre masculin"), il devrait être orienté systématiquement en UMD à défaut d'être soigné en prison...
    Puis, sans ambiguïté il conviendra de le soumettre à une "véritable définition inclusive" au soin psychiatrique avec notamment une chimiothérapie adaptée à "l'individualité du sujet".
    Car on le sait, "l'agresseur-insensé" redevient potentiellement agresseur s'il est en rupture de soin chimiothérapique : cela tient à son dysfonctionnement mental, c'est-à-dire "neural" (comme lors de tumeurs cérébrales non encore décelées ou non opérables)...
    La psychiatrie ne se réduit pas à la violence actée mais, la violence actée est très fréquemment en lien avec un dysfonctionnement neural, le plus souvent traitable.
    Encore faudrait-il que le "désir soignant" soit habilité à s'exprimer pleinement, avec un individu très souvent peu enclin à s'y configurer...
    Ainsi, pourrait s'appliquer peut-être la contrainte au soin au très long cours (sorties d'essai à vie ?).

    Je précise que nous sommes là en face d'agresseurs-criminels-insensés (sans attendre qu'ils se définissent en récidivistes).

    Dr F Lascoutounax

  • Et alors ?

    Le 29 mai 2023

    "Lui-même ancien urgentiste, le ministre a raconté au cours de cet interview avoir un jour été menacé au sein de l’hôpital par un individu armé d’une batte de baseball".
    Et alors ?
    Ceci n'explique pas cela.
    Ne justifie pas cela.
    Ne relève d'aucune proposition cohérente.
    On dirait du Jérôme Salomon pendant la pandémie.
    Décidément, quand un soignant devient un politique, il se met à la seule langue inopérable : la langue de bois.

    Dr J-F Michel

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